Les relations de voyage
Relation du naufrage d'Occum Chamnan, mandarin siamois,
au cap des Aiguilles, à l'extrémité méridionale
de l'Afrique, en 1686. Présentation
Dans le cours de la navigation sur les côtes de l'extrémité de l'Afrique, la vue du cap des Aiguilles arracha des soupirs et des larmes à ce mandarin. Il se rappelait le naufrage qu'il y avait fait quelques années auparavant dans un vaisseau portugais. La singularité de ses aventures, dont le père Tachard avait entendu parler, lui fit désirer de les apprendre d'Ok-khun Chamnan lui-même. Il les écrivit, à mesure qu'il les racontait. Dans la suite, ayant eu l'occasion de connaître plusieurs Portugais dignes de foi, qui avaient fait le même voyage que lui, il trouva dans la conformité de leur témoignage, une parfaite confirmation de ce récit intéressant. Le P. Tachard s'est persuadé avec raison qu'il était digne de la curiosité du public. Ce motif le lui a fait insérer dans la relation de son second voyage à Siam. Le roi de Portugal ayant envoyé au roi de Siam une célèbre ambassade, pour renouveler leurs anciennes alliances, et aussi pour des vues de commerce, le monarque siamois se crut obligé de répondre à cette marque extraordinaire de considération, en faisant partir trois grands mandarins revêtus de la qualité de ses ambassadeurs, et six autres d'un ordre inférieur pour se rendre à la cour de Portugal. Ils s'embarquèrent pour Goa vers la fin du mois de mars 1684, sur une frégate siamoise commandée par un capitaine portugais. Quoi que Goa ne soit pas fort éloigné de Siam, ils employèrent plus de cinq mois dans cette route ; soit défaut d'habileté dans les officiers et les pilotes, soit opiniâtreté des vents, ils ne purent y arriver qu'après le départ de la flotte portugaise. Ainsi leur navigation vers l'Europe fut différée d'une année presque entière. Les ambassadeurs furent dans la nécessité de passer onze mois à Goa, pour attendre la flotte qui devait revenir de Lisbonne. Cependant ils trouvèrent l'intervalle assez court, parce qu'ils l'employèrent agréablement. La beauté des édifices qu'ils virent dans cette ville, fut pour eux un spectacle nouveau, qui les surprit extraordinairement. Ce grand nombre de palais, de monastères et de somptueuses églises occupa beaucoup leur curiosité. Comme ils n'étaient jamais sortis de leur pays, ils furent étonnés de voir qu'il y eût dans le monde une plus belle ville que Siam. Le vice-roi les fit loger magnifiquement ; il fournit aussi à leur subsistance de la part du roi du Portugal. Les mandarins s'embarquèrent enfin pour l'Europe, dans un vaisseau portugais de 150 hommes d'équipage, et de 30 pièces de canon. Outre les ambassadeurs et leur suite, il s'y trouvait aussi plusieurs religieux de divers ordres, et un grand nombre de passagers, Créoles, Indiens, et Portugais. On mit à la voile de la rade de Goa le 27 janvier 1686. La navigation fut heureuse jusqu'au 27 avril. Nous laisserons dans la bouche d'Ok-khun Chamnan lui-même, l'intéressante relation de son naufrage, à l'exemple du Père Tachard, qui assure qu'il la rapporte exactement jusque dans les moindres réflexions. » (Histoire des naufrages ou recueil Des Relations les plus intéressantes des Naufrages, Hivernemens, Délaissemens, Incendies, Famines, & autres Evènemens funestes sur Mer ; qui ont été publiées depuis le quinzième siècle jusqu'à présent Par M. D , Avocat - Tome troisième.)
Né vers 1654 à Ayutthaya, Ok-khun Chamnan fera partie de l'ambassade siamoise qui quittera le royaume le 3 janvier 1688 sur le "Gaillard" pour se rendre en France. Les deux autres ambassadeurs seront Ok-khun Wiset Puban et Ok-muen Pipith Raja. Tous trois, accompagnés du père Tachard, débarquerontà Brest le 25 juillet de la même année. Arrivés à Paris le 14 septembre, ils en repartiront le 5 novembre pour se rendre à Rome afin d'y avoir audience avec le Pape. Ce périple les fera passer par Lyon, Canne, Monaco, puis San Remo, Savona, Genoa, Livorno. Le pape Innocent XI les recevra le 23 décembre. Ils s'en retourneront ensuite vers Paris, via Marseille, et auront audience avec Louis XIV dans le courant du mois de février. Ils quitteront la France le 25 février 1690, toujours à bord du vaisseau le Gaillard. A cette époque, les nouvelles de la révolution de Siam sont déjà parvenues en France. Ils arriveront à Ayutthaya dans le courant de l'année 1691, mais à deux seulement : Ok-muen Pipith Raja, le troisième ambassadeur, décède en effet pendant le voyage, le 10 mars 1690. Pour accéder au texte, cliquez
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