La deuxième Les mémoires de Bénigne Vachet
Nous avons volontairement passé les péripéties
(peu nombreuses) du voyage ainsi que les difficultés administratives
et politiques rencontrées par la délégation
en Angleterre, pour faire commencer ces mémoires au moment
où les deux envoyés siamois et M. Vachet débarquent
sur le sol français.
Enfin, après avoir traversé les plus belles rues de Paris, nous vînmes descendre à l'hôtel de Taranne, proche de la Charité, dans le faubourg Saint Germain (8). De tous les hôtels de Paris, on ne pouvait en choisir un qui nous accommodât mieux ; car pour le quartier, c'est l'un des plus agréables de cette grande ville, et assez proche de notre Séminaire, ce qui était ce que nous avions souhaité et demandé. Rien de plus commode que cette maison. Notre appartement consistait en une jolie salle d'entrée ; une autre beaucoup plus grande et bien parée qui donnait sur la rue, et où nous mangeâmes toujours ; une autre petite à côté ; puis deux grandes chambres ornées de miroirs de première grandeur, bordés d'argent et de beau vermeil, de buffets et de tables damasquinés. La deuxième était encore plus riante que la première, et ce furent les deux endroits destinés à nos envoyés. Nous avions, outre cela, deux autres chambres tendues de damas rouge, avec des ameublements non moins considérables que dans les deux précédentes : les unes et les autres communiquaient par une petite galerie peinte et enjolivée de plusieurs curiosités. Outre cela deux officiers et deux valets de la maison de M. de Seignelay, qu'on attacha à notre service, étaient aussi très bien logés, ainsi que M. le maître et son commis, et un valet ; le chef d'office et son second ; l'écuyer et deux autres cuisiniers, deux autres valets et un portier, tout cela sans compter l'appartement de deux Flamands que j'avais amenés à Paris d'un homme d'affaire qui se donna à nous, de nos quatre écoliers (9), de notre interprète, et de nos serviteurs. La table fut réglée à douze couverts et fut toujours servie avec abondance aux dépens du roi qui était pour lors à Fontainebleau. Nous avions un carrosse entretenu. Quelques jours après notre arrivée à Paris, MM. Fermanel et de Brisacier m'engagèrent d'entrer en conférence avec M. l'abbé de Choisy, auquel je fis par leur ordre un détail sincère de toutes les affaires que nous avions à négocier. Je m'appliquai particulièrement à lui faire l'histoire des commencements, du progrès, et de la fin, non seulement de notre envoi, mais encore de ce que l'on attendait du voyage des premiers ambassadeurs. L'on ne peut assez exprimer combien l'on reçoit de lumières des personnes qui, comme M. l'abbé de Choisy, ont toute leur vie pratiqué la cour ; aussi, j'en reçus des avis sur lesquels ont roulé la plus grande partie des choses où l'on a réussi. Je fais expressément cette remarque, pour que ceux qui seront employés dans ces sortes de négociations ne manquent pas de se conformer aux circonstances suivantes : 1° Il est très nécessaire qu'ils ouvrent le fond de leurs coeurs, sans se rien réserver, à quelques personnes intelligentes et qui soient d'expérience ; 2° Que ce ne soit qu'à ceux que Messieurs du Séminaire leur indiqueront, et sans avoir égard à leurs propres lumières, qui ne s'accordent pas toujours avec celles des autres. Il ne faut qu'une démarche faite mal à propos, ou qui parte d'un zèle indiscret, pour retarder ou plutôt ruiner des affaires qui se font facilement, lorsqu'on les traite par le conseil d'un homme sage et prudent.
- « Je pense, me dit M. de Seignelay, que vous persuaderez que le roi doit envoyer un ambassadeur. En voilà assez pour aujourd'hui. Retournez-vous en à petit bruit comme vous êtes venu ; je vous ferai savoir la résolution du roi ; je vais de ce pas l'instruire de tout ce que vous venez de m'apprendre. » Je me trouvais embarrassé, car comme je ne savais pas que le roi avait chargé M. de Seignelay de notre négociation, qui de droit appartenait à M. de Croissy, son oncle, comme ministre des Affaires étrangères, j'appréhendais d'un côté, que si je l'allais voir, M. de Seignelay ne le trouvât mauvais, m'ayant dit de me retirer à petit bruit ; d'autre part, je craignais de choquer M. de Croissy, étant à Fontainebleau, de ne l'avoir pas été saluer. Entre ces deux extrémités, je fus chez M. de Croissy, qui avait déjà entendu parler de moi, et je lui dis que, si je n'étais pas venu chez lui le premier, je le priais de m'excuser, parce que M. de Seignelay m'avait écrit de la part du roi, de le venir trouver sans faire d'éclat. M. de Croissy me rassura aussitôt, car il me dit : « La chose ne me regarde pas comme M. de Seignelay, puisque le roi l'en a chargé expressément. »
A ces paroles, le P. Verjus se récria contre moi, en me disant que ce que j'avançais n'était pas possible, puisque toutes les lettres qu'il recevait des Indes lui disaient le contraire. Le P. de la Chaise m'exempta de la peine de lui répondre, car, se tournant de son côté, il lui dit : « Prétendez-vous, mon Père, canoniser tous nos Pères des Indes ; vous savez encore mieux que moi ce que l'on en écrit. Si ce que Monsieur me dit vous déplaît, vous pouvez ne le pas entendre et nous laisser seuls ; car il me fait plaisir, et il me semble que je découvre la vérité toute simple, comme si je la voyais moi-même. » Le P. Verjus prit le parti de se retirer, ce qui me donna plus de liberté qu'auparavant. Nous fûmes bien encore une bonne heure ensemble, et le P. de la Chaise me témoigna tant d'amitié et de reconnaissance que, non content de m'embrasser très tendrement, il me pria de lui promettre que dorénavant je lui écrirais comme à un ami, sans lui rien déguiser.
Ces sortes de repas étaient des occasions de continuelles mortifications que nos envoyés nous ont causées, je ne dis pas à moi seul, mais à MM. De Brisacier et Fermanel, qui assez souvent étaient priés par des amis de la mission de les y amener. Ils trouvaient dans nos envoyés des difficultés quasi insurmontables, parce que bien qu'ils se fussent engagés le soir auparavant de manger en public, l'heure du dîner étant venue, l'un feignait un mal de tête, et l'autre de ventre ; ils se tenaient clos et fermés dans leurs chambres, et plus d'une fois il a fallu renvoyer des compagnies très considérables, qui n'étaient chez nous que pour leur faire honneur et civilité. Les Français sont autant curieux que civils ; si l'on ne correspond ni à l'un ni à l'autre, il faut se résoudre de passer pour des magots (15). Je pèse d'autant plus sur ce point, que le roi, Monsieur et les ministres m'en ont parlé, et m'ont enjoint plusieurs fois de donner à entendre aux envoyés que tous ceux qui allaient à l'hôtel Taranne n'y portaient qu'un esprit de respect et d'honneur pour eux. Je sais bien qu'à ce sujet-là, j'ai été plus de dix fois en grosse colère, et que leurs excuses n'étaient autres que des brutalités, alléguant pour prétexte que le roi de Siam ne leur avait pas ordonné de se trouver dans les compagnies. Le roi étant pour lors à Fontainebleau, l'on jugea à propos de nous faire visiter les places les plus importantes de la Flandre. M. de Seignelay me le fit savoir par un mot d'écrit, et l'on disposait toutes choses à ce voyage, lorsque nos envoyés, bien plus contents de rester sur un lit que d'admirer les plus belles forteresses du monde, cherchèrent tant d'anicroches, qu'on se vit contraints de rompre ce voyage. Pour sauver au moins l'apparence, nous représentâmes que nous ne les croyions pas en état de souffrir l'hiver de Flandre ; que le voyage ne pouvait qu'être extrêmement pénible, et que nos envoyés avaient besoin de repos ; que cependant, pour ne pas perdre le temps, nous ne laisserions écouler aucun bon jour, sans leur faire voir tout ce qui fait l'admiration des étrangers, soit au-dedans, soit au dehors de Paris. C'était en avancer plus que nous n'en exécutâmes. Oh ! que ces gens sont propres à faire le métier de fainéant ! Je présume qu'il n'y a pas tant de difficultés à entrer chez les Capucins, qu'à les faire sortir de leurs chambres. Aussi, je n'ai pas l'âme de la maison. Il me fallait porter toutes les incivilités, lâchetés, impatiences, et pour tout dire en un mot, toutes les impertinences des Siamois. Mais ce qui est pire, c'est qu'il me fallait continuellement chercher des prétextes pour couvrir leurs défauts et les excuser.
Il importe de remarquer que nous avions seulement trois points capitaux sur lesquels roulèrent toutes nos harangues : le premier, pour s'informer des Siamois partis en 1680 ; le deuxième, de prier Messieurs les ministres de congratuler sa Majesté, de la part du roi de Siam, sur la naissance de M. le duc de Bourgogne ; le troisième, d'engager les mêmes ministres à s'appliquer de découvrir les voies les plus courtes et les plus solides pour lier une ferme amitié et correspondance entre les deux couronnes. C'est sur ce dernier qu'on a fait un plus grand fond. Messieurs de Seignelay et de Croissy, qui en avaient déjà conféré avec le roi sur les mémoires dont on les avaient prévenus, s'attachèrent spécialement à leur faire bien goûter et entendre, que le plus assuré de tous les moyens consistait dans l'unité de religion, qui ferait un lien indissoluble, et sur lequel ni l'éloignement des royaumes, ni la jalousie des autres nations ne pouvaient aucunement apporter d'altération. Non seulement ils ne se contentèrent pas d'être fort clairs à l'explication qu'ils en firent, mais aussi ils m'enjoignirent très expressément de m'en entretenir plusieurs fois en notre particulier avec eux. Quoiqu'il ne fût encore que dix heures du matin, on servit une table très splendide, parce que l'on était convenu qu'on nous présenterait au roi allant à la messe, et que les mandarins auraient l'honneur de voir dîner sa Majesté.
Ces mots achevés, je fis une révérence profonde. Le roi eut la bonté de me dire : « Assurez ces Messieurs que je suis ravi de les avoir vus, et que je ferai pour le roi de Siam, mon frère, même avec beaucoup de plaisir, ce qu'il pourra désirer de moi. » Ensuite de quoi, il continua son chemin pour aller à la messe.
Les Siamois, qui ne savaient pas que le rang d'en-bas fût le plus noble et le plus commode, furent se placer au plus haut pour n'avoir personne sur leur tête (20). A peine fûmes-nous assis, que les gardes s'aperçurent de leur erreur, et se mirent en devoir de nous faire passer plus haut. Les Siamois crurent qu'on leur faisait affront, et sans vouloir m'écouter, ils furent à pied comme des brutaux à l'hôtellerie où les carrosses nous attendaient, et revinrent à Paris, malgré toutes les remontrances, et les avis, et les menaces que je leur fis. Le roi n'était pas encore entré, mais au moment qu'il se fut placé, il s'informa des Siamois, et on lui dit qu'ils s'en étaient retournés ; d'où il conclut qu'il fallait qu'on leur eût fait quelque peine. Je ne pus jamais joindre M. de Seignelay pour l'en avertir ; mais après l'opéra où je n'assistai pas pour cette fois, je fus le trouver et lui racontai les choses comme elles s'étaient passées. Ce ministre prévit bien que l'affaire n'était pas indifférente, et, pour se justifier, il rapporta au roi ce qu'il voulut, lequel témoigna un esprit d'indignation contre les gardes et qu'il saurait bien les châtier. Monsieur, qui était présent, crut que je pourrais trouver quelque tempérament pour apaiser le roi ; mais je n'étais plus à Versailles ; car la colère où j'étais me fit aussitôt revenir à Paris, où Dieu sait ce que je dis ou ne dis pas à ces Siamois, qui croyaient avoir fait une grande merveille. Je les menaçai que je m'en plaindrais au roi de Siam ; mais ils hochèrent la tête en me disant : « Que pourra-t-il nous faire ? Au pis aller, il nous condamnera à la mort : notre vie nous est moins chère que l'honneur. » Dès le lendemain, Monsieur m'envoya l'un de ses gentilshommes pour me prier de sa part de l'aller trouver à Saint-Cloud. Ce prince me dit que le roi était beaucoup en colère, et que si je ne trouvais quelque moyen de l'adoucir, certainement quelques-uns des gardes pourraient bien perdre la vie et d'autres être condamnés aux galères. Il faut que je fasse ma confession. Je répliquai à Monsieur qu'il ne m'en venait qu'un seul dans la pensée : c'était de supposer que l'un des deux s'était trouvé pressé par une incommodité qui l'avait obligé de sortir promptement.
Son Altesse royale trouva que cet expédient pouvait avoir son prix ; mais elle m'ajouta qu'il faudrait les disposer à venir une autre fois à l'opéra. Je lui dis que je n'en pouvais pas répondre, puisqu'ils m'avaient témoigné que si le roi lui-même ne les envoyait inviter à ces sortes d'actions, qui que ce soit ne pourrait les y obliger ; que si pourtant l'on jugeait cela nécessaire, j'avais besoin d'un peu de temps pour les y résoudre. Effectivement, Monsieur s'en expliqua avec le roi, qui ne jugea pas à propos de se commettre avec des gens si peu raisonnables, et sa Majesté eut la bonté de dire à son frère, qu'il me fallait abandonner cette négociation et qu'il espérait que j'en viendrais à bout.
Voici le lieu de faire quelques réflexions pour ne pas agir en clerc, car il faut garder de grandes mesures dans ces sortes de visites, et bien prévoir que les respects que l'on rend à un frère d'un roi, sont différents de ceux qu'on rend à un souverain. Il faut encore se munir contre un autre défaut. Comme les princes sont ravis d'entendre jargonner une langue où ils ne comprennent rien, cela n'empêche pas qu'on doive leur parler comme si c'était de leur langue naturelle dont on se servit. C'est ce qu'il faut inculquer fortement aux Siamois, autrement ils se rendent ridicules par une chose qui arrive toujours : au lieu de s'adresser à la personne à qui ils ont affaire, on les voit continuellement tournés du côté d'un interprète, sans jamais jeter les yeux sur celui à qui ils parlent. A la rencontre de Monsieur, je fis prosterner nos envoyés selon leur coutume siamoise, et ne les fis relever qu'après trois ou quatre fois que Monsieur l'eût ordonné. Il faut bien connaître ce grand prince pour juger de ses bontés. Il nous dit mille honnêtetés en faveur du roi de Siam ; il nous engagea à lui faire ses civilités bien en particulier, et que ce serait avec une joie extrême qu'il ferait naître l'occasion de les lui témoigner par quelques services. Ensuite, il nous convia d'aller voir sa belle maison de Saint-Cloud, où il s'allait rendre à cause de nous, toutes choses étant préparées pour nous y bien régaler. En effet, nous suivîmes son Altesse Royale de près, car nous ne donnâmes pas le temps au carrosse qu'il envoyait au-devant de nous de passer par la grand porte où le nôtre le joignit. Le palais nous parut enchanteur. Tout y est grand et magnifique. L'azur, l'or, la peinture, les statues, l'argent, les fontaines, la maison, le jardin, l'orangerie, passent toutes les idées des personnes qui n'en ont lu que des relations, ou qui n'en sont informées que par des ouï-dire (22). Nous descendîmes d'abord dans l'appartement de M. de Chartres, fils unique de Monsieur. Je ne veux pas taire une circonstance qui s'y passa. Notre vieux mandarin, qui se trouva un peu harassé du voyage et qui était accoutumé à fumer, donna quelque petit signe qu'une pipe de tabac lui serait bien agréable. Monsieur ne l'eut pas plut tôt appris, que l'on mit dans notre chambre les plus nobles officiers, qui avec des pipes, qui avec du tabac, qui avec des flambeaux ; et pour exciter les mandarins à prendre cette liberté, ils fumèrent tous les premiers, les uns sans jamais avoir pris du tabac, et les autres en étant désaccoutumés depuis un temps considérable. L'on nous servit une petite collation avant le dîner, et après nous être bien chauffés et reposés, l'on fut aiguiser l'appétit dans un petit, mais très agréable jardin, où jamais n'entrent ni carrosses, ni chevaux. Le festin du dîner correspondait entièrement à la grandeur du prince qui nous le donnait ; il n'y eut que les principaux officiers qui mangèrent avec nous, et parce qu'il ne s'ensuivait aucune conséquence, l'on nous servit avec plus d'honneurs qu'on n'avait fait même à plusieurs princes. Nous ne sortîmes de table que pour monter dans les carrosses de Monsieur, qui nous conduisit par tous les plus beaux endroits de son parc et de ses jardins. Qui donc ne demeurerait surpris de voir jaillir plus de trois mille jets d'eau, dont quelques-uns montent jusqu'à soixante pieds de hauteur ; de remarquer la subtilité de l'ouvrier et de la nature ; de faire au naturel avec de l'eau des figures qui coûtent tant de peine à un sculpteur. J'avoue pour moi que je me trouvais si surpris, que je doutais quasi de ce que je touchais du doigt ; il me semblait être au mois de juin, et novembre s'achevait. Je maniais des fruits et des fleurs comme si j'eusse été au milieu du printemps ; toujours de nouveaux objets se présentaient à nos admirations. Les cabinets de verdure, les grottes, les labyrinthes, les cascades, les perspectives, et mille autres curiosités nous firent passer cinq heures, plus vite que cinq minutes.
Je ne sais où mes Siamois avaient marché ce jour-là, ou plutôt si quelques vins et liqueurs qu'on avait servis, et qu'ils trouvèrent très bons, ne leur avaient pas réjoui la tête, car il est certain qu'ils me parurent tout autres que je ne les avais encore vus (23) ; la joie se peignait sur leurs visages ; ils admiraient tout ce qu'on leur montrait ; ils relevaient les moindres choses au-dessus de tout ce qu'ils avaient vu à Versailles ; en un mot, ils payèrent de leur personne au-delà de toutes mes espérances. On leur fit quelques présents. Puis on les reconduisit à Paris dans les carrosses de Monsieur et avec ses gardes pour les accompagner.
Je me gardai bien de leur en parler, et supposai que j'allais à Versailles pour conclure nos affaires et accélérer notre retour à Siam ; ce fut la plus heureuse nouvelle qu'on pouvait leur donner ; aussi m'en surent-ils si bon gré qu'ils se jetèrent à mon col en me priant d'agir de mon mieux, et qu'en cela je leur rendrais le plus grand service qu'ils pouvaient attendre de moi. Pour venir à mes fins, je proposai à MM. de Seignelay et de Croissy, de nous donner notre audience de congé le matin du lendemain qu'on devrait jouer l'opéra ; que je les amènerais ce jour-là coucher à Versailles, où nous n'arriverions que vers les quatre heures du soir ; qu'on nous tint prêt à souper, et que vers la fin du repas, c'est-à-dire dans le temps qu'on allait commencer l'opéra, l'on envoyât dans notre hôtellerie un officier avec six gardes du corps ; qu'il y eût à la porte trois chaises à porteurs, et qu'on nous préparât un balcon, qui était quasi de front avec la place du roi, et par conséquent d'où l'on voyait tout ce qui se passait sur le théâtre, et où facilement tous les assistants pourraient nous voir. Toutes choses ainsi disposées, le dit officier et ses gardes entrèrent assez brusquement dans notre chambre et m'adressant la parole, ils me dirent qu'ils venaient de la part du roi convier les mandarins siamois pour se rendre à l'opéra, qui allait commencer, et où le roi entrerait un moment après eux. J'avais eu la précaution de leur faire conserver leurs habits de parade durant le repas, sous prétexte que Monsieur les ministres nous enverraient peut-être avertir ou du moins visiter.
Aussitôt je me levai de table et les fis lever, en leur disant : « Allons Messieurs, promptement, pour prévenir le roi qui va entrer à l'opéra et qui vous fait l'honneur de vous y convier par ces Messieurs, qui sont de la garde de son corps » ; et, sans leur donner le temps de réfléchir et de me répondre, je fis signe aux gardes de faire ce dont nous étions convenus. Alors, les six garde, comme si c'eût été une civilité en France, nous prirent par dessous les bras, nous mirent dans les trois chaises, et nous conduisirent de la sorte dans le balcon, à la porte duquel l'officier et ses gardes demeurèrent.
Comme l'interprète vint expliquer leur dessein, et qu'ils étaient persuadés que l'audience de congé dont je les avais flattés n'était qu'une pure fiction, je fus obligé, pour les désabuser, de prendre un air fort sérieux, et je ne craignis point de leur reprocher la mauvaise disposition de leur coeur à mon égard. Je tâchai de leur faire sentir qu'ils me prenaient pour un insigne fourbe, s'il était vrai qu'ils fussent persuadés que je les abusais, pour les avoir assurés que le lendemain nous devions avoir notre audience de congé, puisque, si j'en avais imposé à des ministre d'État, disant d'eux ce qui n'était pas, il n'en faudrait pas davantage pour me perdre de réputation et pour anéantir tout ce que le roi de Siam désirait avec tant d'ardeur ; que je ne doutais pas que, si une fois ce prince apprenait quels avaient été les sentiments qu'ils avaient eus de moi, il ne leur fit ressentir les effets de sa juste indignation ; qu'au reste étant aussi déraisonnables qu'ils le faisaient paraître, j'étais résolu de les abandonner, et que je balançais si je les accompagnerais chez MM. de Seignelay et de Croissy. Ces dernières paroles les effrayèrent et ils se jetèrent à mes pieds pour me demander pardon.
L'on donna les ordres pour préparer deux vaisseaux, un grand et un médiocre, et l'on disposa tous les présents qu'on devait envoyer tant pour le roi de Siam, que pour le barcalon et M. Constance. Ceux pour le roi étaient magnifiques, mais ils furent quasi tous gâtés par le roulis et l'eau de mer, pour ne les avoir pas bien placés dans le navire (26). Il y eut deux grands tapis de pieds, qu'on avait fabriqués à la Savonnerie qui ne furent pas endommagés. Ils coûtèrent près de quatre mille livres à cause de la longueur et largeur ; c'était pour mettre dans deux salles d'audience, dont j'avais apporté les mesures et les dimensions. Ce qui souffrit davantage, ce furent plusieurs pièces de brocart, les plus belles et les plus riches qu'on put trouver ; quatre pièces d'écarlate et plusieurs pièces de toile de Hollande et six douzaines de chapeaux de castor de diverses couleurs. Le Séminaire fit la dépense au nom du roi de Siam pour dix-huit mille livres de glaces fines, pour mettre dans les appartements du palais. Il n'y en eut pas une seule de fêlée et elles arrivèrent toutes à bon port. Les pendules et les montres de poche, qui étaient très curieuses et richement enchâssées, se retrouvèrent en bon état. Entre ces pendules, il y en avait une dont je donnai le modèle à M. Martineau, fameux horloger, qui marquait et sonnait les heures à la manière de Siam. Outre cela il y avait encore des armes à feu d'un prix considérable, des sabres et des épées dont la garde était garnie de pierreries ; de petits miroirs de toutes les sortes avec des bordures d'or et d'argent. Mais l'une des pièces qui fit le plus de plaisir au prince, fut une belle lunette de deux pieds, qui distinguait les objets de deux lieues de distance. Toute la boîte était d'or et émaillée (27). Pour le présent particulier de Messieurs du Séminaire, une personne de leur connaissance leur fit deux représentations en relief sur du carton. La première représentait toute la maison du roi à cheval. Les figures, tant des hommes que des chevaux, étaient d'émail, de la hauteur d'un pouce et demi, avec les habits et harnais d'ordonnance, le tout en bataille sur un carré large de six pieds et de quatre de hauteur, dans un pied et demi d'enfoncement, sur un cadre d'or, avec une seule glace qui renfermait le tout. La seconde, égale en longueur et largeur et profondeur, représentait en perfection tout ce qui se voit à Paris, lorsqu'on est au milieu du Pont-Royal et qu'on regarde les tours de Notre-Dame, en sorte que tous les quais, les maisons apparentes, comme les Tuileries, le Louvre et celles qui sont du côté des théâtres, aussi bien que le Pont-Neuf et le Pont-au-Change, y étaient disposés et reliés sans qu'il y manquât ni une porte, ni une fenêtre. Par-dessus, paraissaient les tours de Notre-Dame, la Sainte-Chapelle et plusieurs autres clochers, dômes et pyramides, et la Seine en bas avec une infinité de grands et de petits bateaux avec leurs mariniers. On regarda à Siam comme une merveille que, dans un voyage de sept mille lieues, il ne se trouvât pas une seule figure de déplacée de son lieu. Il y avait encore bien d'autres curiosités, que la mémoire ne me fournit plus. Quoiqu'il en soit, on estima en France que ces présents pouvaient se monter à la somme de quatre cents mille livres.
Deux jours avant la sortie de nos mandarins, on leur en apporta de particuliers pour eux, de la part des ministres ; ils passèrent 2000 écus de valeurs ; 500 pour l'interprète et 50 écus pour chacun des valets.
La seconde pièce était un globe terrestre, qui avait les mêmes dimensions que la première. Entre toutes les parties du monde qui y étaient parfaitement représentées, on y voyait le flux et le reflux de la mer, et jusqu'à quel point elle montait dans l'endroit, au jour et à l'heure qu'on assignait. Il faut l'avoir vu pour le croire.
« Ces Messieurs ne disconviendront pas que le chemin des Indes nous est aussi connu qu'aux Hollandais ; que nos pilotes ne doivent rien aux leurs. Or je soutiens que les Hollandais ne font partir leur flotte du printemps que vers la fin de février. Quand ils passent devant nos côtes, le mois de mars est déjà avancé, et néanmoins c'est l'ordinaire qu'ils arrivent au cap de Bonne-Espérance en trois mois tout au plus, et que après avoir pris quelques rafraîchissements durant quinze jours ou trois semaines, ceux qui sont pour Batavia s'y rendent en moins de deux mois, et de Batavia à Siam il n'y a que quatre cents lieues, et jamais on ne met un mois à les faire. Pourquoi ne pourrions-nous pas faire ce que les Hollandais et les Anglais font, si l'on nous fait partir dans la véritable saison, telle que je l'ai indiquée. Voilà pour notre arrivée à Siam, où j'espère me trouver au mois de septembre prochain. Il nous reste octobre, novembre et décembre pour en partir. Votre Majesté sait mieux que personne, qu'il ne faut que ces trois mois pour achever les négociations qu'elle a commises à son ambassadeur. Ainsi je persiste dans le sentiment que les navires de Votre Majesté seront de retour dans le mois de juillet de l'année prochaine. » Je ne savais pas que l'ambassadeur de Hollande était présent. Je n'eus pas achevé ce discours qu'il prit la parole pour confirmer tout ce que j'avais dit, ajoutant qu'on devait bien s'en rapporter à lui ; qu'il avait fait deux fois le voyage à Batavia, et qu'il n'y avait mis que le temps que je venais d'indiquer. Il faut dire par avance que le 15 de juin de l'année suivante nous étions de retour dans le port de Brest, et lorsque j'eus l'honneur de saluer le roi, il me dit en souriant : « Vous avez payé vos dettes plus tôt que vous ne vous étiez engagé. »
J'insiste souvent sur ces sortes d'amertumes, pour que l'on s'en explique nettement, si l'on se voit obligé une autre fois d'accompagner les officiers du roi de Siam. L'éloignement qu'ils ont témoigné pour tout ce qui regarde la religion n'est pas moins considérable. Sitôt qu'on leur parlait de visiter des églises, ou des couvents, cet éloignement allait au-delà de tout ce qu'on en peut dire. Pour ne pas rapporter tout ce qui s'est passé, il suffit d'avancer que Mademoiselle (31) nous avait donné rendez-vous chez les Carmélites, dont l'église était disposée comme si c'eût été le jour de la fête de Sainte Thérèse. Cette princesse voulut leur parler à la grande grille du choeur ; le jeune mandarin s'y opposa formellement, et le vieux ne l'accorda qu'avec des postures qui ne prouvèrent que trop combien ils avaient d'oppositions pour nos autels.
Je suis las de leurs bizarreries ; je passe sous silence un millions d'actions de cette nature pour les faire sortir de Paris. Je fis encore cinq voyages à Versailles ; je passe au dernier, qui fut celui où je pris congé du roi. Je priai M. de Seignelay de m'accorder la même grâce de me présenter à la sortie, comme il avait fait à mon arrivée ; il me répondit en riant que je n'en avais plus besoin ; que je n'avais qu'à me montrer, et qu'on ne me chasserait pas. J'y fus, et c'était au souper du roi : Monsieur qui accompagnait sa Majesté, mais qui ne mangeait pas, m'aperçut entre Messeigneurs les évêques de Langres et de Troyes. Le roi en fut aussitôt averti et me fit signe d'avancer. Je mis un genou à terre, et baisant sa main, je luis fis mon petit compliment. Le roi, d'une bonté qui passe tout ce qu'on l'on s'en peut imaginer, posant le couteau et la fourchette qu'il tenait, me jeta les deux mains sur les épaules : « Vous voulez donc partir, M. Vachet, me dit-il. Allez, je prie Notre-Seigneur de donner un heureux succès à tous nos desseins ; je sais qu'ils sont bons, et j'espère que nous nous reverrons encore. » Je me relevai, fis une profonde inclination, et d'un ton assuré et trop libre : « Sire, répliquai-je, je m'y attends bien ; mais s'il plaît à Dieu, ce sera dans le paradis, et non dans votre royaume. » Un discours de cette nature surprend d'autant plus qu'il n'est point usité dans les cours. Je me retirai aussitôt, et l'on eut beau m'appeler, je continuai mon chemin.
NOTES :
1 - Louis-Armand de Béthune, duc de Charost (1640-1717) retour 2 - Charles III d'Elboeuf, duc d'Elboeuf (1620-1692) retour 3 - dans le sens de « venir chercher des ordres » retour 4 - Le pauvre Bénigne Vachet, comme on le verra, n'était pas au bout de ses peines. La muflerie, la grossièreté, l'indolence et la mauvaise volonté des premiers ambassadeurs siamois furent unanimement remarquées et condamnées. L'abbé de Choisy lui-même note dans sa relation du 26 septembre 1685 : « je ne comprends pas qu'ils eussent choisi la crasse de leur pays pour l'envoyer montrer au bout du monde. » C'est en effet d'autant plus étonnant que lors de l'ambassade suivante, Kosapan et sa suite feront l'admiration des Français par leurs bonnes manières, leur sens de la répartie et leur courtoisie à toute épreuve. Dans son article : « Rituals of majesty : France, Siam, and Court spectacle in royale image-building at Versailles in 1685 and 1686 », (Canadian Journal of History/Annales canadiennes d'histoire XXXI, August/août 1996, pp. 171-198), Ronald S. Love donne une explication intéressante de l'incompréhensible et scandaleux comportement des premiers ambassadeurs siamois : « Peut-être la cause principale de ce problème de mutuelle incompréhension réside-t-elle dans le simple fait que les mandarins étaient dénués du statut d'ambassadeur, parce que Phra Naraï ne voulait pas envoyer de nouvelle ambassade en France jusqu'à ce que le sort de la première soit découvert. En conséquence de ce point de détail, les profondes implications du protocole siamois ne furent jamais adressées à Versailles. Parce qu'ils n'avaient pas de situation officielle, les deux envoyés ne furent pas honorés de la considération que reçoivent ordinairement les ambassadeurs des monarchies étrangères. En outre, parce qu'ils étaient aussi ignorants de la langue et des coutumes françaises que les Français l'étaient, de leur côté, de presque tout ce qui concernait le Siam, il était très difficile pour les deux parties de surmonter les mauvais effets de ce choc culturel. Cela n'arrangea pas non plus les choses que le père Vachet apporte à ses pupilles aussi peu de considération, ayant même la haute main sur les tâches officielles de la mission sans leur participation. Ainsi, réduits à l'état de simples objets de curiosité à la cour de France, les deux hommes petit à petit évitèrent leurs hôtes, dont chaque manquement au protocole était perçu comme un affront personnel. Pendant ce temps, les Français condamnaient l'inexplicable comportement de leurs invités, assimilé à de la simple grossièreté. » retour 5 - Jacques-Charles de Brisacier (1641-1736) fut nommé supérieur des Missions-Etrangères en 1681. retour 6 - Le Marquis de Seignelay - Jean-Baptiste Colbert (1651-1690). Fils du grand Colbert, il devint ministre de la marine, puis ministre d’État. retour 7 - Les envoyés siamois et M. Vachet arrivèrent à Paris à la mi-octobre 1684. retour 8
- L'Hôtel de Tarannes, aujourd'hui disparu, se trouvait rue
de Taranne, dans le Quartier Saint-Germain, sur l'actuel Saint-Germain-des-Prés.
Elle allait du carrefour Saint Benoît à la rue des
Saints-Pères. « Elle a été appelée
rue de la Courtille, à cause du clos de l'Abbaye Saint-Germain,
qu'on nommé ainsi, et rue Forestier et de Tarennes, de Jean
et Christophe de Tarennes, qui étaient propriétaires
de plusieurs maisons et jardins sur cet emplacement. 9 - M. Vachet avait également pour mission d'emmener quatre jeunes Siamois en France en vue de les élever à la française. Voici ce qu'il dit dans ses mémoires : « L'on n'a pas assez tenu la main à Siam à l'idée que le roi a pris de faire passer en France quelques jeunes garçons de son pays. Ceux que l'on nous a donnés, outre qu'ils sont très mal faits et de corps et de visage, avaient l'esprit aussi assez mal tourné. Il n'y a pas de lieu dans le monde où l'on puisse mieux choisir qu'à Siam. Les pagodes regorgent de fort jolis garçons. L'on peut jeter les yeux sur ceux où l'on remarquera de meilleures dispositions, et même il ne serait pas mal de les avoir au séminaire quelque temps avant leur départ. Ce sur quoi il faut le plus s'arrêter, c'est qu'ils n'aient qu'à répondre aux missionnaires qui seront avec eux ; car tant que les mandarins envoyés auront quelque autorité sur eux, il ne faut pas s'attendre qu'on puisse leur enseigner quoi que ce soit, ni dans le voyage, ni pendant le séjour que les ambassadeurs feront en France. Mais sur toutes choses, il faut empêcher les dits mandarins de les éloigner de la religion, de les intimider et menacer sur ce sujet, ce qui est un très grand obstacle à ces jeunes gens pour être instruits de la foi. » retour 10 - Charles Colbert, marquis de Croissy (1626-1696) frère du grand Colbert, devint secrétaire d'État aux Affaires étrangères en 1679. retour 11 - Cette audience s'est tenue le 20 novembre 1684. retour 12 - Alexandre Bontemps, Premier valet de chambre du roi Louis XIV. retour 13 - Le père de La Chaise, ou Lachaise, (1624-1709) confesseur jésuite de Louis XIV à partir de 1674. retour 14 - Antoine Verjus (1632-1706) - Jésuite - Procureur des Missions du Levant. retour 15 - au sens premier, « Gros singe sans queue du genre des macaques ». Se dit aussi d'un « homme gauche et grossier dans ses manières ». (Littré) retour 16 - Cette cérémonie eut lieu le 27 novembre 1684.
17 - Il s'agit du Roland de Lully et Quinault dont la première représentation publique date du 8 janvier 1685.
18 - Louis Tronson succéda à Alexandre Le Ragois de Bretonvilliers dans cette fonction qu'il assuma de 1676 à 1700. retour 19 - L'Opéra Royal de Versailles ne fut construit que vers 1770 par l'architecte Gabriel. La Grande Écurie ne doit nullement son nom à sa superficie, mais simplement parce qu'elle était dirigée par le Grand Écuyer. Outre les chevaux, les carrosses, les deux immenses écuries construites par Jules Hardouin-Mansart abritaient aussi les écuyers, les palefreniers, les musiciens et les pages. retour 20 - C'est une règle aujourd'hui encore en Thaïlande. Les personnages les plus considérables doivent se trouver plus hauts que leurs subalternes. C'est également une tradition de politesse toujours observée que de se baisser devant quelqu'un que l'on veut honorer, de façon à se trouver plus bas que lui. Quelques années plus tard, La Loubère évoquera aussi cette hiérarchie des hauteurs dans sa Relation : « Le lieux le plus haut est tellement le plus honorable, selon eux [les Siamois], qu'ils n'osaient monter au premier étage, même pour le service de la maison, quand les envoyés du roi étaient dans la basse salle. Dans les maisons que les étrangers bâtissent de briques à plus d'un étage, ils observent que le dessous de l'escalier ne serve jamais de passage de peur que quelqu'un ne passe sous les pieds d'un autre qui montera ; mais les Siamois ne bâtissent qu'à un étage, parce que le bas leur serait inutile, personne parmi eux ne voulant ni passer ni loger sous les pieds d'un autre. Par cette raison, quoique les maisons siamoises soient élevées sur des piliers, ils ne se servent jamais du dessous, non pas même chez le roi, dont le palais étant sans plain-pied a des pièces plus élevées les unes que les autres, dont le dessous pourrait être habité. Il me souvient que quand les ambassadeurs de Siam arrivèrent à une hôtellerie de la Piçote, près de Vincennes, comme on avait logé le premier au premier étage, et les autres au second, le second ambassadeur s'étant aperçu qu'il était au-dessus de la lettre du roi son maître, que le premier ambassadeur avait près de lui, sortit bien vite de sa chambre, se lamentant de sa faute, et s'arrachant les cheveux de désespoir. » retour 21 - C'est en 1661 que Monsieur, Philippe de France, duc d'Orléans, vient habiter au Palais Royal à Paris. L'année suivante, le Palais sera définitivement donné en apanage à la famille d'Orléans.
22 - « Monsieur » aimait particulièrement son château de Saint-Cloud pour lequel il avait solllicité Le Nôtre pour les jardins, Le Paultre et Mansart pour l'architecture, et Mignard pour la décoration intérieure. Le château fut presque entièrement détruit par un obus lors de la guerre de 1870.
23 - Bénigne Vachet note par ailleurs : « L'on doit user de grandes précautions avec les Siamois dans les repas qu'ils font au-dedans et au-dehors de la maison ; l'on n'ignore pas que les vins de France sont fameux et violents ; mais comme ils sont agréables à boire, ces Messieurs, peut-être sans s'en apercevoir, en prennent plus qu'ils n'en peuvent porter. M. Fermanel m'est un témoin irréprochable, combien j'observai de mesure pour qu'il ne nous arrivât rien de fâcheux, car outre l'ordre que j'avais donné à l'hôtel Taranne de tellement baptiser leur boisson, que l'eau n'eût que la teinte du vin, je ne fis aucune difficulté dans toutes les maisons étrangères où nous avons mangé, de prévenir les maîtres d'hôtel, pour remédier à tous les sujets de scandale. Il arriva pourtant, en deux différentes fois, que leurs valets ayant pris une bouteille pour une autre, nous éprouvâmes avec beaucoup de chagrin combien cet avis est important ; toutefois ce désordre n'arriva que dans l'enceinte de notre famille, et il n'y eut que des amis de la mission qui s'en aperçurent, et qui nous en gardèrent le secret. » retour 24 - « Petit cabinet de menuiserie qu'on élève dans quelques lieux d'assemblée pour y placer des personnes qui veulent écouter sans être vues. » (Littré) retour 25 - Cette nomination fut annoncée le 16 décembre 1684 dans La Gazette. retour 26 - Voici une liste (exhaustive ?) des présents envoyés par Louis XIV à Phra Naraï. Elle est parue dans « L'ambassade de Siam au XVIIe siècle, 1 vol. in-18 ; extrait du Moniteur Universel de Juillet, août et septembre 1861 » : Deux miroirs d'argent pesant ensemble quatre-vingt
quinze marcs, Bénigne Vachet, pour sa part, évoque six douzaines de chapeaux de castor, des sabres et des épées dont la garde était garnie de pierreries, et surtout une lunette de deux pieds, « qui distinguait les objets de deux lieues de distance. » retour 27 - Bénigne Vachet note par ailleurs : « Il ne faut pas omettre de noter une faute où nous sommes tombés : de ne pas se flatter de toutes les apparences qui s'offrent, lorsque, comme nous, l'on est chargé de faire travailler à des ouvrages pour le roi de Siam. Nous passâmes près d'un mois dans l'espérance que la cour n'en aurait pas plutôt su le détail, que l'on nous déchargerait de la peine d'y travailler : en quoi nous nous sommes trompés nous-mêmes, et il n'en est arrivé autre chose, sinon une précipitation continuelle à chercher des ouvriers, et bien des allées et venues pour avoir, en deux mois, ce qui ne nous aurait pas donné beaucoup de soucis, si dès les premiers jours nous eussions fait la moitié des diligences qu'il nous fallut faire dans la suite. » retour 28 - Les six mathématiciens furent nommés par Louis XIV le 28 janvier 1685. retour 29 - Anne Hilarion de Cotentin, chevalier puis comte de Tourville (1642-1701) servit sous Duquenne à Algers et à Tripoli, battit les Anglo-Hollandais devant l'île de Wight en 1690 et vit son escadre incendiée en 1692 à la bataille de la Hougue. Il remporta la bataille du cap Saint-Vincent en 1693 et fut nommé maréchal de France. retour 30 - François-Louis de Rousselet, marquis de Chateau-Renault, (1637-1716) vainquit les Anglais à Bantry en 1689. Il devint maréchal de France. retour 31 - Mademoiselle de Montpensier. retour
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