Repères historiques
Les jésuites Au milieu du XVIIe siècle, la situation de la Compagnie de Jésus est florissante. La France et lEurope sont dotés dun très important réseau de collèges, (près de 800) qui forment des mathématiciens, des astronomes, des physiciens, des grammairiens, des latinistes de grand talent. En 1678, une lettre du père Verbiest, missionnaire flamand en Chine, appelle tous les jésuites à se rendre en Asie pour uvrer à une grande tâche dévangélisation ; en 1684 un autre missionnaire flamand, le père Couplet, renouvelle lappel du père Verbiest. Ad majorem Dei gloriam (pour la plus grande gloire de Dieu, devise de la Compagnie), le temps est venu pour les jésuites français de marcher sur les traces de saint François-Xavier. Lidée dune ambassade française
au Siam est largement défendue auprès de Louis XIV par
le père de la Chaise, son confesseur jésuite. Larrivée
en France en octobre 1684 des deux ambassadeurs du Siam Khun Pichaï
Walit et Khun Pichit Maïtri va précipiter les évènements.
La position de ces jésuites, qui a pour toile de fond la querelle de léglise gallicane, est des plus délicates. Officiellement envoyés par le roi de France, ils sont en butte à lhostilité de Rome, même si le père de la Chaise a multiplié les efforts auprès du Pape pour apaiser les tensions. Ils connaîtront de toute façon lhostilité des missionnaires portugais déjà en Chine et qui se raccrochent toujours aux lambeaux du Padroado (voir page « les missionnaires ») Ils peuvent également sattendre à être fort mal reçus par les évêques apostoliques qui se considèrent déjà comme les acteurs privilégiés de la politique diplomatique française au Siam et ne manqueront de voir dans leur arrivée une ingérence jésuite dans un domaine réservé.
Pour asseoir lautorité de ses évêques apostoliques, parfois fort contestés, Rome a exigé que tous les missionnaires de quelque nation quils soient leur prêtent un serment de fidélité avant de commencer à exercer leur ministère. Les réfractaires sont rappelés au Saint-Siège et durement sanctionnés. On voit limbroglio. Les jésuites nentendent nullement prêter serment aux évêques apostoliques, pas plus que Louis XIV nentend se plier aux exigences de Rome. Des arrangements boiteux de dernière minute sont trouvés. On pourrait sattendre à ce que la tension soit vive pendant le voyage de lOiseau entre missionnaires et jésuites. A lire la relation de labbé de Choisy il nen est rien, et si querelle il y a, elle reste fort courtoise : « Je nai point dautres nouvelles à vous dire, sinon que les jésuites et les missionnaires sont tous les jours en querelle, à qui aura le plus de soin des malades, à qui aura la dernière place à table. » (Journal du 10 mars 1685)
Illustration musicale : Ricercata du père Anastasius Kircher, jésuite allemand (1602-1680), génie visionnaire et baroque, inventeur de nombreuses orgues mécaniques et auteur de travaux sur la lumière, les mathématiques, les langues orientales, la médecine, l'astrologie, l'alchimie, la zoologie, etc. Il est également l'inventeur de la lanterne magique.
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