Repères historiques

Les jésuites

Fondée par Ignace de Loyola en 1540, la Compagnie de Jésus a dès sa création envoyé des missionnaires vers les Indes et l’Asie. En 1542, à la demande du roi du Portugal, saint François-Xavier atteignait Goa et commençait à évangéliser les populations avec un certain succès. Au Siam, c’est le père portugais Balthazar Seiquora qui s’installe le premier à Ayutthaya en 1610.

Au milieu du XVIIe siècle, la situation de la Compagnie de Jésus est florissante. La France et l’Europe sont dotés d’un très important réseau de collèges, (près de 800) qui forment des mathématiciens, des astronomes, des physiciens, des grammairiens, des latinistes de grand talent. En 1678, une lettre du père Verbiest, missionnaire flamand en Chine, appelle tous les jésuites à se rendre en Asie pour œuvrer à une grande tâche d’évangélisation ; en 1684 un autre missionnaire flamand, le père Couplet, renouvelle l’appel du père Verbiest. Ad majorem Dei gloriam (pour la plus grande gloire de Dieu, devise de la Compagnie), le temps est venu pour les jésuites français de marcher sur les traces de saint François-Xavier.

L’idée d’une ambassade française au Siam est largement défendue auprès de Louis XIV par le père de la Chaise, son confesseur jésuite. L’arrivée en France en octobre 1684 des deux ambassadeurs du Siam Khun Pichaï Walit et Khun Pichit Maïtri va précipiter les évènements.
Une ambassade de prestige est rapidement organisée pour raccompagner les deux diplomates siamois. Outre les missionnaires, elle comprend six jésuites : les pères Tachard, Le Comte, Gerbillon, Bouvet et Visdelou, placés sous l’autorité du père de Fontaney. Leur mission n’est pas de demeurer au Siam, mais de se rendre en Chine auprès de l’empereur Khang Xi comme astronomes et mathématiciens.

La position de ces jésuites, qui a pour toile de fond la querelle de l’église gallicane, est des plus délicates. Officiellement envoyés par le roi de France, ils sont en butte à l’hostilité de Rome, même si le père de la Chaise a multiplié les efforts auprès du Pape pour apaiser les tensions. Ils connaîtront de toute façon l’hostilité des missionnaires portugais déjà en Chine et qui se raccrochent toujours aux lambeaux du Padroado (voir page « les missionnaires ») Ils peuvent également s’attendre à être fort mal reçus par les évêques apostoliques qui se considèrent déjà comme les acteurs privilégiés de la politique diplomatique française au Siam et ne manqueront de voir dans leur arrivée une ingérence jésuite dans un domaine réservé.

Pour asseoir l’autorité de ses évêques apostoliques, parfois fort contestés, Rome a exigé que tous les missionnaires de quelque nation qu’ils soient leur prêtent un serment de fidélité avant de commencer à exercer leur ministère. Les réfractaires sont rappelés au Saint-Siège et durement sanctionnés. On voit l’imbroglio. Les jésuites n’entendent nullement prêter serment aux évêques apostoliques, pas plus que Louis XIV n’entend se plier aux exigences de Rome. Des arrangements boiteux de dernière minute sont trouvés. On pourrait s’attendre à ce que la tension soit vive pendant le voyage de l’Oiseau entre missionnaires et jésuites. A lire la relation de l’abbé de Choisy il n’en est rien, et si querelle il y a, elle reste fort courtoise : « Je n’ai point d’autres nouvelles à vous dire, sinon que les jésuites et les missionnaires sont tous les jours en querelle, à qui aura le plus de soin des malades, à qui aura la dernière place à table. » (Journal du 10 mars 1685)


Saint François-Xavier présentant au Christ les peuples qu'il a convertis.
Eglise Saint-François-Xavier - Paris

Illustration musicale : Ricercata du père Anastasius Kircher, jésuite allemand (1602-1680), génie visionnaire et baroque, inventeur de nombreuses orgues mécaniques et auteur de travaux sur la lumière, les mathématiques, les langues orientales, la médecine, l'astrologie, l'alchimie, la zoologie, etc. Il est également l'inventeur de la lanterne magique.

 
2 feuilles format A4


Page mise à jour le 2/1/02