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Repères historiques


Un rapide résumé des évènements…

En 1662, l'évêque apostolique Pierre Lambert de la Motte, accompagné de deux missionnaires arrive presque par hasard à Ayutthaya, capitale du royaume de Siam. Cette date marque le début des relations franco-siamoises au XVIIe siècle. Elles connaissent leur point culminant en octobre 1685, lorsque le chevalier de Chaumont à la tête d'une ambassade de prestige remet une lettre de Louis XIV au roi Naraï, et elles se terminent par un désastre en 1688, quand la révolution de Petratcha chasse les Français du royaume pour plus de cent cinquante ans.

Les premiers contacts

Lorsque les premiers Français débarquent dans le royaume de Siam, ce pays entretient ou a déjà entretenu des relations diplomatiques avec le Portugal, la Hollande et l'Angleterre, parfois depuis fort longtemps. En effet, dès 1511, le vice-roi portugais des Indes, Alfonso de Albuquerque, y envoyait une ambassade après avoir pris Malacca.

On doit aux missionnaires d'avoir tissé les premiers liens entre les deux nations. Séduits par l'accueil bienveillant de la population, ils s'installent au Siam en 1662 et s'intègrent peu à peu à la vie diplomatique du pays. De retour en France en 1668, Monseigneur Pallu, l'un des fondateurs des Missions Étrangères, est reçu par Louis XIV. Lorsqu'il retourne au Siam en 1670, il emporte avec lui deux messages destinés au roi Naraï, l'un du pape Clément IX et l'autre du roi de France. Ces deux lettres sont remises à leur destinataire le 18 octobre 1673 lors d'une audience solennelle. (pour lire ces deux lettres, cliquez ICI).

En 1678, le roi Naraï décide à son tour d'envoyer des ambassadeurs vers la France. Ils n'y arriveront jamais, le navire le Soleil d'Orient sur lequel ils s'étaient embarqués fait naufrage fin 1681 au large de Madagascar. Ayant appris ce désastre, Phra Naraï envoie une seconde ambassade. Khun Pichaï Walit et Khun Pichit Maïtri arrivent en France en 1684 et sont reçus par Louis XIV le 27 novembre de la même année.

L'ambassade de prestige du chevalier de Chaumont

Elle est organisée en 1685 pour raccompagner les ambassadeurs siamois et affiche un double objectif : religieux tout d'abord, (il s'agit ni plus ni moins que d'obtenir la conversion du roi Naraï), économique ensuite, par l'obtention de garanties pour le commerce et la Compagnie des Indes Orientales. Elle transporte également six jésuites mathématiciens et astronomes qui doivent se rendre en Chine. L'un d'entre eux, le père Tachard, jouera un rôle déterminant dans la suite des relations franco-siamoises. Chargés de présents, les vaisseaux l'Oiseau et la Maligne quittent Brest le 3 mars 1685 et arrivent au Siam le 24 septembre. Le chevalier de Chaumont est reçu en audience solennelle par Phra Naraï le 18 octobre de la même année.

Le personnage fort du régime du Siam à cette époque est le Grec Constantin Phaulkon. Ce politique habile et sans scrupule bénéficie de la confiance absolue du roi Naraï et sans avoir aucune fonction officielle, il a la haute main sur les affaires de l'État. Dans l'intérêt du royaume, Phaulkon cherche peut-être à contrebalancer la puissance grandissante des Hollandais. Plus sûrement, dans son intérêt propre, il a besoin d'alliés à même de le soutenir en cas de coup dur. Il évalue fort bien la précarité de sa situation qui ne tient qu'à la vie même du vieux roi. Phaulkon sait qu'il ne gardera son pouvoir que tant que vivra Phra Naraï. Les Français lui paraissent alors la meilleure carte stratégique à jouer.

Phaulkon va s'ingénier à persuader les Français qu'un grand avenir leur est offert au royaume de Siam. Il entretient savamment leurs doutes quant à une possible conversion de Naraï, et surtout il leur offre les clés du royaume, les places de Bangkok et de Mergui. Il ne lui reste qu'à trouver une oreille attentive à ces belles promesses, un messager qui saura convaincre Louis XIV. Le chevalier de Chaumont, trop réaliste, se montre réticent, l'abbé de Choisy, trop frivole, n'est pas un interlocuteur de confiance. C'est le père Tachard, jésuite crédule et ambitieux, qui se chargera de faire miroiter aux yeux du roi de France l'intérêt d'une expédition militaire au Siam.

L'Oiseau et la Maligne repartent du Siam le 22 décembre 1685. Les deux vaisseaux, surchargés des présents accumulés par Phaulkon, ramènent en France le père Tachard, tout gonflé de son importance diplomatique occulte, et trois ambassadeurs siamois dont Kosapan, frère de lait du roi et futur premier ministre.

Une expédition militaire :
l'ambassade Céberet et La Loubère

Pendant que les ambassadeurs siamois accomplissent en France un périple qui les mènera jusqu'en Flandre, le père Tachard s'emploie à accomplir sa mission, à convaincre Louis XIV - tout de même assez réticent à l'idée d'une nouvelle expédition militaire - d'envoyer des troupes au Siam. Il dispose pour cela de deux alliés de choix, le père de La Chaise, jésuite et confesseur du roi, et le marquis de Seignelay, fils de Colbert et ministre de la marine.

L'affaire est entendue, et le 1er mars 1687, cinq navires quittent Brest pour raccompagner les ambassadeurs siamois. Outre les deux ambassadeurs français, Simon de La Loubère et Claude Céberet du Boullay, et l'inévitable père Tachard, plus de mille trois cents personnes s'entassent à bord de l'Oiseau, du Gaillard, de la Loire, de la Normande et du Dromadaire. A voir le détail de ces passagers (six cents hommes de troupe, des charpentiers, des menuisiers, des musiciens, des peintres, un jardinier, un cordonnier, etc.) il est évident qu'on ne va plus seulement saluer un monarque ami. On va coloniser un pays. Après un voyage assez difficile (de nombreux soldats mourront du scorbut), l'ambassade arrive au Siam en ordre dispersé, en septembre et octobre 1687. Les troupes débarquent le 18 octobre. Elles se divisent en deux, une partie occupe la forteresse de Bangkok sous les ordres du général Desfarges, l'autre va investir Mergui sous les ordres de Monsieur de Bruant. Les deux ambassadeurs français sont reçus par le roi Naraï le 2 novembre 1687, ils quittent le Siam à la fin de la même année.

La révolution de Siam

Elle est déclenchée par la maladie de Phra Naraï au début de l'année 1688. Petratcha, frère de lait du roi et général en charge des éléphants devient l'homme fort du régime, bénéficiant d'un large soutien populaire et de l'appui des moines et des pairs du royaume, les mandarins. A cette occasion, Phaulkon s'aperçoit qu'il ne peut guère compter sur les Français, le général Desfarges refusant d'envoyer ses troupes à son secours. Petratcha prend le pouvoir le 18 mai 1688, il fait arrêter, puis exécuter Phaulkon, ainsi que les deux frères du roi qui pouvaient légitimement prétendre à la couronne. La garnison de M. du Bruant est contrainte d'abandonner Mergui, celle du général Desfarges est assiégée dans Bangkok. Une capitulation peu glorieuse conclut cet épisode, et les Français se couvrent de honte en refusant même d'accueillir la veuve de Phaulkon venue réclamer leur protection. Les navires l'Oriflamme, le Siam et le Louvo quittent le royaume dans la confusion le 13 novembre 1688, emportant les débris de la garnison française, et marquant ainsi la fin lamentable de ce qui aurait pu être une grande et fructueuse aventure.

 
2 feuilles format A4



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Page mise à jour le 2/1/02