Voyage de Siam Livre sixième Les moeurs et la religion des Siamois.
La ville capitale s'appelle Siam. C'est le nom que lui ont donné les Portugais. Les Siamois la nomment Crung si ayu tha ya ; et non pas Juthia ou Odia. Crung si signifie ville excellente. Leurs histoires la nomment encore Crung theppa ppra ma hà nà kon (2). Cela veut dire Ville angélique, admirable et extraordinaire ; ils l'appellent angélique, parce qu'ils la croient imprenable aux hommes. Comme toutes les nations sont bien reçues à Siam, et qu'on y laisse vivre chacun dans le libre exercice de sa religion, il n'y a presque pas une seule nation qui ne s'y trouve. Les Chinois sont ceux qui font le plus gros négoce ; outre celui de la Chine, ils font encore celui du Japon. Le roi de Siam envoie des vaisseaux à Surate, à Bengale, à Moca, et en d'autres endroits pour le commerce. Mais les Siamois n'étant pas plus habiles dans la navigation que les autres peuples d'Orient, ce sont les Européens qui en ont la conduite (3). Il a aussi plusieurs Jonkos (4) qui sont des bâtiments de la Chine, et ce sont les Chinois qui les montent. Mais quoi que cette nation se vante d'avoir, depuis plus de deux mille ans, l'usage de la boussole, il s'en faut bien que l'art de naviguer y soit aussi parfait qu'en Europe. Il n'ont point d'autres instruments pour la navigation que le plomb ou la sonde. Il font leur estime comme nous, et courent tant de temps sur un tel air de vent. Les courants, les montagnes qu'ils découvrent dans les terres, la couleur du sable, sa finesse, son mélange, et les autres expériences sont les seules règles dont ils se servent.
La persuasion où ils sont qu'il est méséant à un homme d'avoir les dents blanches comme les bêtes, leur fait prendre un grand soin de les noircir. Ils se servent pour cela d'un vernis fait exprès qu'ils renouvellent de temps en temps quand il commence à se passer. Pour donner le temps à la couleur de s'attacher ils ne mangent point pendant quelques jours, et ils se passent même de bétel et d'arec (11).
Les médecins chinois qui s'en servent le plus, assurent que c'est un remède souverain pour purifier le sang et réparer les forces affaiblies par de longues maladies ; que celui qui tient dans sa bouche de cette racine, résiste une fois plus au travail qu'un autre qui n'en a point ; que les personnes replètes et qui ont le teint blanc en peuvent prendre davantage que les personnes sèches qui ont le teint brun, et dont la physionomie marque de la chaleur ; qu'il n'en faut jamais prendre dans les maladies causées par une chaleur interne, ni quand on a la toux ou que l'on crache du sang.
La multitude et la magnificence des pagodes, les largesses qu'il font aux talapoins, sont des preuves de leur piété. On dit qu'il y a dans le royaume plus de quatorze mille pagodes et cinquante mille talapoins (16). Tout ce qui est dans ces temples est regardé comme une chose sacrée, et ceux qui y volent sont punis du dernier supplice. Il y a quelques années qu'on surprît cinq voleurs dans une pagode, qui furent rôtis tout vifs et à petit feu. On les attacha chacun à une grosse perche, ensuite ayant allumé du feu tout autour, on les fit tourner jusqu'à ce qu'il expirèrent. Dans les prières qu'ils font tous les matins, ils se souviennent de trois choses, de dieu et de la loi qu'il leur a laissée pour l'observer, de leurs parents et des bienfaits qu'ils en ont reçus, de leurs prêtres et du respect qu'ils leur doivent. Quand un missionnaire veut leur parler de notre religion, un présent lui donne libre accès chez eux, et les dispose à écouter (17).
La religion des Siamois est fort bizarre, on ne la peut parfaitement connaître que par les livres écrits en langue Balie, qui est la langue savante, et que presque personne n'entend, hors quelques-uns de leurs docteurs (22). Encore ces livres ne s'accordent-ils pas toujours entre eux. Voici ce qu'on en a pu démêler avec toute l'exactitude possible (23).
Il est exempt de passions, et ils ne ressent aucun mouvement qui puisse altérer sa tranquillité, mais ils assurent qu'avant que d'arriver à cet état, il s'est fait par l'extrême application à vaincre ses passions, un changement si prodigieux dans son corps que son sang en est devenu blanc. Il a le pouvoir de paraître quand il veut et de se rendre invisible aux yeux des hommes, et il a une agilité si surprenante, qu'en un moment il peut se trouver en quelque lieu du monde qu'il lui plaira.
Son corps est infiniment plus brillant que le soleil, il éclaire ce qu'il y a de plus caché, et à la faveur de la lumière qu'il répand, un homme ici-bas sur la terre pourrait pour me servir de leur expression, voir un grain de sénevé qu'on aurait placé au plus haut des cieux.
Ce règne de chaque divinité ne dure pas éternellement, il est fixé à un certain nombre d'années, c'est-à-dire, jusqu'à ce que le nombre des élus qui doivent se sanctifier par ses mérites soit rempli ; après quoi il ne paraît plus au monde et tombe dans un repos éternel qu'on avait cru un véritable anéantissement faute de les bien entendre. Alors un autre dieu lui succède et gouverne l'univers en sa place, ce qui n'est autre chose que d'apprendre aux hommes la vraie religion (24).
L'enfer est divisé en huit demeures, qui sont comme huit degrés de peine, ils croient même qu'il y a un feu qui brûle les damnés.
Ils soutiennent que tout ce qui arrive de bien ou de mal aux hommes, est l'effet de leurs bonnes ou de leurs mauvaises actions, et qu'on n'est jamais malheureux et innocent tout ensemble. Ainsi les richesses, les honneurs, la sainteté et la divinité sont la récompense d'une vie vertueuse, et au contraire l'infamie, la pauvreté, les maladies, la mort, l'enfer, sont la punition des péchés que l'on a commis. Et soit qu'on renaisse sous la figure humaine, ou sous la figure de quelque animal, ils attribuent les avantages avec lesquels on vient au monde, comme sont la bonté, la bonne grâce, l'esprit, la noblesse, au mérite des bonnes oeuvres, et les défauts naturels comme la laideur, la mutilation des membres, au dérèglement de cette vie ou des autres qui l'ont précédée. Toutes ces choses, disent-ils, sont autant de marques certaines qui nous font connaître quelle vie les hommes ont menée, avant que de naître en cet état, et voilà la source de cette prodigieuse diversité qui paraît dans leurs conditions, dans leurs vies, et dans leur mort. Prévenus de ces erreurs, ils méprisent ce qu'on leur dit du péché originel et de ses effets, et ils traitent de visions la désobéissance et la punition de notre premier père.
Si la faute que l'on a commise pendant la vie est légère, on peut mériter que la peine, qu'on devait souffrir dans enfer, soit remise, ou entièrement, ou du moins en partie, par le bien qu'on fait, et même par la volonté de bien faire. Mais si le péché est grief, il n'est point de bonnes uvres qui puissent l'effacer ; il fut l'expier dans l'enfer et y souffrir tout le châtiment qu'il mérite. C'est ce qui a donné lieu à cette tradition reçue parmi eux, que Dieu n'a pu et ne peut encore délivrer son frère des peines de l'enfer, auxquelles il a été condamné. Ainsi il n'y a aucune bonne action que ne soit récompensée dans le ciel, et il n'y a aucun crime qui ne soit puni dans l'enfer. De là ils concluent que lorsqu'un homme meurt sur la terre, il acquiert une nouvelle vie dans le ciel, afin d'y jouir du bonheur qui est dû à ses bonnes oeuvres ; et que le temps de sa récompense étant fini il meurt dans le ciel, pour renaître dans l'enfer, s'il est chargé de quelque péché considérable ; et s'il n'est coupable que d'une faute légère, il rentre dans le monde sous la figure de quelque animal, et ayant satisfait dans cet état à la justice, il redevient homme comme auparavant. C'est ainsi qu'ils expliquent la métempsycose, qui est un des points fondamentaux de leur religion : en sorte que la vie de l'homme se passe dans de continuelles transmigrations jusqu'à ce qu'il se soit sanctifié, ou qu'il ait mérité d'être dieu. Ils admettent des esprits, mais ces esprits ne sont autre chose que des âmes, qui informent toujours quelque corps jusqu'à ce qu'elle soient parvenues à la sainteté ou à la divinité.
Quelque différence qu'il y ait pour le visage entre les habitants de ces trois parties de la terre, on se ressemble cependant si fort dans chacune en particulier, qu'on ne pourrait s'y reconnaître, si l'on n'avait d'ailleurs un moyen pour distinguer ceux avec qui on vit. La différence des inclinations que l'on a pour les différentes personnes est la règle de ce discernement, ainsi un père distingue son fils d'avec sa femme et son ami, parce qu'il sent pour son fils un amour tout autre que celui qu'il sent pour sa femme ou pour son ami. Il y a encore cette différence entre ces trois parties du monde et la nôtre, que tous les biens abondent dans celle-là sans nul mélange de maux ; et que les choses que l'on y mange, prennent le goût que l'on veut par la vertu d'une certain arbre, qu'on invoque lorsqu'on est en quelque besoin. De là vient qu'on ne peut y exercer ni la charité ni aucune autre vertu ; et parce qu'il n'y a aucune occasion de mériter, les hommes ne peuvent y acquérir la sainteté ni y recevoir aucun châtiment ; ce qui leur fait désirer ardemment de renaître dans la partie que nous habitons, où l'on trouve plusieurs occasions de bien faire. Ils obtiennent cette grâce quand ils la demandent par les mérites du dieu, qui a parcouru ces lieux quoi qu'ils nous soient inaccessibles.
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1- Cette gravure promise ne figure pas dans notre édition du Voyage de Siam. retour 2 - Les Siamois affectaient les noms de ville interminables, ainsi le célèbre exemple de Bangkok, le nom de ville le plus long du monde, paraît-il, Krung Thep Mahanakhon Amon Rattanakosin Mahinthara Ayuthaya Mahadilok Phop Noppharat Ratchathani Burirom Udomratchaniwet Mahasathan Amon Piman Awatan Sathit Sakkathattiya Witsanukam Prasit, qui signifie à peu près Cité des créatures célestes, la grande ville, la résidence du Bouddha d'émeraude, l'imprenable Ayutthaya, cité du roi Indra, grande capitale du monde dotée de neuf joyaux précieux, la cité de la joie, abondant dans un immense palais royal qui ressemble à la résidence céleste où règne le dieu réincarné, cité donnée par Indra et offerte par Vishnukarn... Ayodhya était la cité de Rama dans le Ramayana, il s'agissait de l'ancienne province de l'Inde appelée Aoudh, aujourd'hui incorporée à l'Uttar Pradesh. Son nom complet en Thaïlande est très proche de celui de Bangkok : Krungthep Mahanakhon Bovorn Thavaravadee Sri Ayutthaya Mahadilok Phop Noppharat Ratchathani Burirom Udom Mahasathan. Les relations occidentales donnent de multiples orthographes plus ou moins fantaisistes : Iudia (Pigafetia) Odiaa (Vincent le Blanc) India (Joost Schuten) Juthia (Alexandre de Chaumont) Odia, Joudia (Forbin), Si-yo-thi-ya (La Loubère), etc. retour 3 - Ceci sera confirmé par La Loubère : A peine le roi de Siam a-t-il cinq ou six vaisseaux fort petits dont il se sert principalement pour la marchandise ; et, quelquefois, il les arme en course contre ceux de ses voisins avec qui il est en guerre. Mais les officiers et les matelots a qui il les confie sont étrangers ; et jusqu'à ces derniers temps, il les avait choisis Anglais ou Portugais : depuis peu d'années il y avait aussi employé des Français. La Loubère - Du royaume de Siam. retour 4 - Une des formes du mot jonque, qui désigne une embarcation chinoise. Pour une description plus complète de ce bateau, on se reportera sur ce site à la page consacrée aux traités franco-siamois, particulièrement la note 12 retour
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- On distinguait l'aune de Paris, l'aune d'Angleterre, l'aune
de Flandres, etc. L'encyclopédie de Diderot et d'Alembert
la définit ainsi : L'aune de Paris contient trois pieds
sept pouces huit lignes, conformément à l'étalon
qui est dans le bureau des marchands merciers, et qui par l'inscription
gravée dessus, paraît avoir été fait en
1554, sous le règne d'Henri II. Elle se divise en deux manières :
la première, en demi-aune, en tiers, en sixième et en
douzième ; et la seconde, en demi-aune, en quart, en huit
et en seize, qui est la plus petite partie de l'aune, et après
laquelle il n'y a plus de division établie dans le commerce. Littré indique pour l'aune la valeur de 3 pieds 7 pouces 10 lignes 5/6, soit 1,82 m. Trois quarts d'aune représentaient donc environ 1,36 m. retour 7 - La Loubère parle également de cette sorte d'écharpe qu'il indique être en mousseline. Selon Littré, la mousseline est une étoffe claire faite avec des fils de coton très fins entrecroisés que séparent des jours. La bétille du père Tachard est effectivement une sorte de mousseline, très souvent mentionnée dans les relations et dans les registres de marchandises de l'époque. On trouve également les termes betteela, beatelle, beatilla, beatilha, betilla, byatilhas, ect. Selon Henri Yule - HOBSON-JOBSON, A Glossary of Colloquial Anglo-Indian Words and Phrases, and of Kindred Terms, Etymological, Historical, Geographical and Discursive - qui cite Cobarruvias, ce mot semblerait être d'origine espagnole ou portugaise, et dériverait de beata, religieuse, parce que cette étoffe aurait été inventée ou utilisée par certaines religieuses. La betilla serait une sorte d'étoffe faite à Masulipatam, et également connue sous le nom d'organdi. retour 8 - La Loubère évoque ainsi ces bonnets qui ont largement contribué à la popularité des ambassadeurs : Le bonnet blanc, haut et pointu, que nous avons vu aux ambassadeurs de Siam, est une coiffure de céfémonie dont le roi de Siam et ses officiers se servent également ; mais le bonnet du roi de Siam est orné d'un cercle ou d'une couronne de pierreries, et ceux de ses officiers sont ornés de divers cercles d'or, d'argent ou de vermeil doré, pour marquer leurs dignités, ou n'ont aucun ornement. Les officiers ne les portent que devant leur roi, ou dans leurs tribunaux, ou dans quelque cérémonie. Ils les attachent avec un cordon qui passe sous le menton, et ils ne les ôtent jamais pour saluer. La Loubère - Du Royaume de Siam. On trouve également une description de ces bonnets chez Donneau de Visé : Ils mirent ensuite les bonnets qui marquent leur dignité, et dont je vous ai déjà parlé. Ils ont au bas de ces bonnets des couronnes d'or larges de deux à trois doigts, d'où sortent des fleurs faites de feuilles d'or très minces, au milieu desquelles sont quelques rubis à la place de la graine. Comme les feuilles d'or qui forment ces fleurs sont fort légères, elles ont un mouvement qui les fait paraître toujours agitées. Le troisième ambassadeur n'a point de ces fleurs autour de sa couronne, il n'a qu'un cercle d'or large de deux grands doigts et ciselé. Lorsqu'ils faisaient travailler à ces couronnes par un orfèvre de Paris, cet orfèvre leur ayant dit qu'elles étaient bien légères, le premier ambassadeur répondit qu'ils les faisaient faire pour des hommes, et que si elles étaient lourdes, il les faudrait donner à porter à des bêtes. Les huit mandarins qui accompagnent les ambassadeurs ont une pareille coiffure de mousseline, mais il n'y a point de couronne autour de leurs bonnets. Ceux à qui ces marques de dignité ont été données n'oseraient paraître devant le roi de Siam sans les avoir. Donneau de Visé - Le Voyage des ambassadeurs de Siam en France - Mercure Galant. Dans la comédie La foire de Saint Germain de Dufresny et Regnard, représentée en 1695 à l'Hôtel de Bourgogne, les marchands proposent, outre des robes de Marseilles et des chemises de Hollande, des bonnets de style siamois, ce qui prouve que, dix ans après le départ de la grande ambassade de Kosa Pan, le souvenir des Siamois était encore bien vivace dans le peuple de Paris. retour 9 - Seul un petit incident impliquant des matelots français avait marqué le séjour de l'ambassade et avait été vite réprimé. On en trouve mention dans le journal de l'abbé de Choisy du 24 novembre 1685 : M. de Forbin est allé à Siam par ordre de M. l'ambassadeur, pour faire châtier quelques Français qui ont fait des insolences, et pour les renvoyer tous au vaisseaux. On n'en a point fait de plaintes, mais M. l'ambassadeur, pour faire justice, n'attend pas qu'on se plaigne. La nature de ces insolences est révélée dans le journal du lendemain : M. de Forbin a fait justice à Siam, et a renvoyé à bord tous les Français. Ils n'avaient pas fait grand mal : seulement quelques poules plumées. Un verre de raque, qui est l'eau-de-vie du pays, enivre, et quand on est ivre, on se bat, on crie, on fait du bruit. Et les Siamois, qui sont d'une humeur paisible, croient que tout est perdu. Journal de l'abbé de Choisy des 24 et 25 novembre 1685. Quant aux gentilshommes, bien que jeunes et turbulents, ils méritèrent pour leur bonne conduite les éloges de Mgr Laneau, qui écrivit le 15 décembre 1685 aux directeurs du séminaire des Missions-Étrangères à Paris : Vous me ferez aussi un plaisir très particulier si, dans les occasions où vous trouverez quelques-uns de Messieurs les gentilshommes et autres officier de sa suite [celle du chevalier de Chaumont], vous prenez la peine de leur témoigner combien nous leur sommes obligés de leur bonne et vertueuse conduite dans ce pays ; car véritablement ils ont été ce que dit saint Paul, bonus odor Christi. On n'a point entendu parler ni de querelle, ni d'ivrognerie, ni d'impudicité, et j'espère que leur bon exemple ne nous servira pas de peu pour le bien de la regligion ; car de voir cette jeune noblesse si bien réglée, ce n'est pas une chose fort ordinaire dans les Indes. Archives des Missions-Étrangères - Vol. 859. p. 389. retour 10 - La Loubère confirme cette tradition : On m'a affirmé que les Siamois ont l'humanité de ne s'approprier rien de tout ce que la tempête jette sur leurs côtes, soit par échouement de vaisseaux, soit par naufrage. La Loubère - Du Royaume de Siam. retour 11 - Cette opération longue et délicate et ainsi décrite par Nicolas Gervaise : Ce que les dames siamoises ne peuvent souffrir en nous, c'est la blancheur de nos dents, parce qu'elles croient que le diable a les dents blanches, et qu'il est honteux à un hbomme de les avoir semblables à celles des bêtes, aussi à peine les hommes et les femmes ont-ils atteint l'âge de quatorze ou quinze ans, qu'ils travaillent à rendre les leurs noires et luisantes, et voici comment ils s'y prennent : celui qu'ils ont choisi pour leur rendre ce bon office, les fait coucher sur le dos, et les retient dans cette posture pendant les trois jours que dure l'opération, d'abord, il lui nettoie les dents avec du jus de citron, et les frotte après avec une certaine eau qui les rend rouges, puis il jette dessus une couche de poudre de coco brûlé qui les noicit : mais elles se trouvent tellement affaiblies par l'application de ces drogues, qu'elles pourraient être arrachées sans douleur, elles tomberaient même, si on voulait se hasarder à manger quelque chose de solide, aussi ne vit-on pendant ces trois jours que de bouillons froids, que l'on fait couler doucement dans le gosier, sans toucher aux dents, le moindre vent peut empêcher l'effet de cette opération ; c'est pourquoi celui qui la souffre garde le lit, et a soin de se bien couvrir, jusqu'à ce qu'il sente qu'elle est heuresement consommée par l'affermissement de ses dents et par la cessation de l'enflure de sa bouche, qui reprend son premier état. Nicolas Gervaise - Histoire naturelle et politique du royaume de Siam. retour 12 - Sur le bétel et l'arec, on pourra consulter le site de René Gallay http://www.le-betel.com/ et sur ce site le journal de l'abbé de Choisy d'août 1685, et particulièrement la note 12. retour 13 - Connu en Chine au moins depuis le IIIe siècle, et peut-être bien avant, le thé n'arriva en Europe que dans la première partie du XVIIe siècle. Dans ses Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine, le père Le Comte évoque longuement les vertus du thé : Parmi ces simples, il y en a de deux espèces particulières dont je puis parler par avance. Le premier est la feuille de thé , ou plutôt de tçha , comme on l'appelle à la Chine. On est ici fort partagé sur les propriétés qu'on lui attribue. Les uns soutiennent qu'il en a d'admirables, d'autres que c'est une imagination et un pur entêtement des Européens, qui estiment toujours les nouveautés et qui donnent du prix à tout ce qu'ils ne connaissent pas. En cela, comme en la plupart des choses où les hommes ne conviennent point, je crois qu'il y a un milieu à prendre. A la Chine on n'est sujet ni à la goutte, ni à la pierre, ni à la sciatique, et on s'imagine que le fréquent usage du thé préserve de tous ces maux. Les tartares, qui se nourrissent de chair crue, sont malades et souffrent des indigestions continuelles dès qu'ils cessent d'en boire ; et pour en avoir abondamment, ils fournissent à l'empereur presque tous les chevaux qui servent à remonter sa cavalerie. Quand on a des vertiges ou des fumées qui chargent la tête, on se sent extrêmement soulagé dès qu'on s'accoutume au thé. En France, il y a une infinité de gens qui s'en trouvent bien pour la gravelle, les indigestions, les maux de tête, et quelques-uns prétendent avoir été guéris de la goutte presque miraculeusement, tant son effet a été prompt et sensible. Tout cela prouve que le thé n'est pas une chimère et un pur entêtement. Mais aussi quelques-uns, aprés en avoir bu, en dorment mieux, ce qui prouve qu'il n'est pas propre à abattre les fumées. Il y en a qui n'en prennent jamais après le repas sans expérimenter de méchants effets ; leur digestion en est troublée et ils sentent longtemps après des crudités et une réplétion incommode. D'autres n'en sont soulagés ni dans la goutte, ni dans la sciatique. Plusieurs disent qu'il dessèche, qu'il maigrit, qu'il resserre, et que si l'on y trouve quelques bonnes qualités, la plupart des autres feuilles feraient à peu près le même effet. Ces expériences prouvent au moins que sa vertu n'est pas si universelle qu'on s'imagine. Ainsi je crois qu'il faut en parler modérément et pour le bien et pour le mal. Peut-être que l'eau chaude est toute seule un bon remède contre les maladies dont on attribue la guérison au thé : et il y a des gens qui sont exempts de beaucoup d'incommodités, parce qu'ils se sont fait une habitude de boire chaud. Cependant il est certain que le thé est corrosif de sa nature, car il attendrit les viandes dures avec lesquelles on le fait bouillir, et par conséquent qu'il est propre à la digestion, c'est-à-dire à la dissolution. Cela même prouve qu'il est contraire aux obstructions, et les liqueurs empreintes de ses particules ou de ses sels détachent et entraînent plus facilement tout ce qui s'attache aux tuniques des vaisseaux. Cette même qualité est propre à consumer les humeurs superflues, à donner du mouvement à celles qui croupissent et qui se corrompent, à évacuer les autres qui causent les douleurs de la sciatique et de la goutte. De sorte que le thé, pris avec précaution, est un fort bon remède, quoiqu'il ne soit pas si efficace ni si universel que le tempérament de certaines gens, la force du mal et certaines dispositions occultes n'en puissent souvent retarder l'effet, ou même en rendre la vertu inutile. Pour s'en servir utilement, il est bon de le connaître, car il en est de plus d'une sorte. Celui de la province de Chensi est grossier, âpre et désagréable. Les tartares en boivent ; il leur faut un dissolvant plus fort qu'aux Chinois, à cause de la viande crue dont ils se nourrissent. Il est à grand marché dans le pays et la livre n'en coûte pas trois sols. Dans cette même province on en trouve d'une espèce particulière, plus semblable à la mousse qu'aux feuilles d'un arbre. On le garde longtemps et l'on prétend que le plus vieux est excellent dans les maladies aiguës. On en donne aussi aux malades d'une troisième sorte dont les feuilles sont fort longues et fort épaisses, et il est bon à mesure qu'il est gardé, mais ce n'est pas là le thé usuel. Celui qu'on boit ordinairement à la Chine n'a point de nom particulier, parce qu'il se cueille indifféremment en divers terroirs. Il est bon, l'eau en est rougeâtre, le goût fade et un peu amer ; le peuple s'en sert indifféremment à toutes les heures du jour et c'est la boisson la plus commune. Mais les gens de qualité en usent de deux autres espèces, qui sont fort célèbres à la Chine. La première se nomme le thé soumlo ; c'est le nom du lieu où on le cueille. Les feuilles en sont un peu longues, l'eau claire et verte quand il est frais, le goût agréable ; il sent, dit-on en France, un peu la violette, mais cette odeur ne lui est point naturelle, et les Chinois m'ont souvent assuré que le bon thé ne devait avoir aucune odeur ; c'est celui qu'on présente ordinairement dans les visites, mais il est extrêmement corrosif. On ne doit pas en prendre à jeun, et à la longue on s'en trouverait incommodé. Peut-être que le sucre qu'on y mêle en France en corrige l'acrimonie, mais à la Chine, où l'on le prend pur, un trop grand usage de ce thé serait capable de gâter l'estomac. La deuxième espèce se nomme le thé voüi . Les feuilles, qui en sont petites et noirâtres, donnent à l'eau une couleur jaune. Le goût en est délicat et l'estomac le plus faible s'en accommode en tout temps. En hiver il faut en user modérément, mais en été, on n'en saurait trop boire. Il est surtout admirable dans la sueur, après un voyage, une course, ou quelqu'autre exercice violent. On en donne aussi aux malades, et ceux qui ont quelque soin de leur santé n'en boivent point d'autre. Quand j'étais à Siam, j'entendais souvent parler de la fleur de thé, du thé impérial, et de plusieurs autres sortes de thé dont le prix était encore plus extraordinaire que les propriétés qu'on leur attribuait ; mais à la Chine je n'ai rien ouï de semblable. Universellement parlant, le thé pour être excellent doit se cueillir de bonne heure, quand les feuilles en sont encore petites, tendres, et pleines de suc. On commence ordinairement à les amasser au mois de mars ou d'avril, selon que la saison est avancée. On les expose ensuite à la fumée de l'eau bouillante pour les ramollir ; dès qu'elles en sont pénétrées, on les passe sur des plaques de cuivre qu'on tient sur le feu et qui les sèchent peu à peu, jusqu'à ce qu'elles se rissolent et qu'elles se roulent d'elles-mêmes de la manière que nous les voyons. Si les Chinois étaient moins trompeurs, le thé en serait meilleur ; mais souvent ils y mêlent d'autres herbes, pour grossir le volume à peu de frais et en retirer plus d'argent. Ainsi il est rare d'en trouver qui soit parfaitement pur. Il croît ordinairement dans les vallées et au pied des montagnes. Le meilleur vient dans les terroirs pierreux. Celui qu'on plante dans les terres légères tient le second rang. Le moindre de tous se trouve dans les terres jaunes, mais en quelque endroit qu'on le cultive, il faut avoir soin de l'exposer au midi, il en a plus de force et porte trois ans après avoir été semé. Sa racine ressemble à celle du pêcher, et ses fleurs aux roses blanches et sauvages. Les arbres viennent de toute sorte de grandeur, depuis deux pieds jusqu'à cent ; et on en trouve de si gros que deux hommes auraient de la peine à les embrasser. Voilà ce qu'en dit l'herbier chinois. Pour moi voici ce que j' en ai vu. Louis le Comte - Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine. retour 14 - Le père Tachard avait déjà eu l'occasion d'évoquer le ginseng lors de son passage au Cap, à propos du kanna des Hottentots. On se reportera à la note 22 du livre second du Voyage de Siam.
15 - On trouve dans la Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l'empire de la Chine et de la Tartarie chinoise du père Jean-Baptiste du Halde, publiée en 1735, une évocation de ces nids, fleurons de la gastronomie chinoise : Ces oiseaux, qui ressemblent par le plumage aux hirondelles, font leurs nids, et les attachent aux rochers qui sont sur le bord de la mer : on ne sait pas de quelle matière ils composent ces nids, on croit que c'est de petits poissons qu'ils tirent de la mer. Ce qu'on sait certainement, c'est qu'ils jettent par le bec une humeur gluante, dont ils se servent comme de gomme, pour attacher leur nid au rocher. On les voit aussi prendre de l'écume de mer, en volant à fleur d'eau, dont ils lient ensemble toutes les parties du nid, de même que les hirondelles les lient avec de la boue. Cette matière étant desséchée, devient solide, transparente, et d'une couleur qui tire quelquefois un peu sur le vert, mais qui est toujours blanche, lorsqu'ils sont frais. Aussitôt que les petits ont quitté leurs nids, les gens du lieu s'empressent de les détacher, et en remplissent des barques entières. Ils sont de la grandeur et de la forme de la moitié d'une écorce de gros citron confit : on les mêle avec d'autres viandes, et ils en relèvent le goût. Jean-Baptiste du Halde - Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l'empire de la Chine et de la Tartarie chinoise. retour 16 - Si Nicolas Gervaise n'estime pas le nombre de wat, il donne en revanche un chiffre de 60 000 bonzes : Les Siamois appellent leurs temples et leurs monastères vat (...) Il y en a bien autant dans ce royaume, à proportion, que d'églises en France, et le nombre en augmente de jour en jour, car les grands mandarins les font bâtir à l'envi, et n'épargnent rien pour se surpasser les uns les autres, dans la richesse et la magnificence de ces édifices, en un mot ils sont en si grande quantité que plus de soixante mille talapoins sans compter les ocnenes [novices] qui ne sont pas en moindre nombre, ne suffisent pas pour les occuper tous. Histoire naturelle et politique du royaume de Siam. Dans son ouvrage sur la Thaïlande, Bernard Formoso cite les chiffres officiels pour l'année 1998 : la thaïlande comptait alors 30 102 wat, 265 956 bonzes et 87 695 novices. (Thaïlande, Bouddhisme renonçant, capitalisme triomphant, Edition La documentation Française - Paris 2000.) On ne peut bien entendu comparer que ce qui est comparable, les frontières du royaume et la population étant infiniment moindres au XVIIe siècle qu'aujourd'hui. Néanmoins, les chiffres révèlent au fil des années une lente et inexorable crise des vocations, et une baisse constante du nombre de moines.
18 - Voir le troisième livre du Voyage de Siam et plus particulièrement la note 2 retour 19 - Cette gravure ne figure pas dans notre édition du Voyage de Siam. La princesse Yotathep, fille unique du roi Naraï, a été fréquemment évoquée dans les relations occidentales, et a intrigué, voire fasciné tous les étrangers. Auréolée d'un grand mystère, souvente décrite comme cruelle et autoritaire, cette princesse qu'aucun occidental ne vit jamais fut l'objet de toutes les rumeurs et de tous les fantasmes. Elle épousa Petratcha après la révolution de 1688 et la mort de Phra Naraï. retour 20 - Ces deux frères, Chaofa Aphaïtot et Chaofa Noï, n'étaient en fait que des demi-frères du roi Naraï. L'abbé de Choisy les évoque ainsi : Il y a deux frères du roi : lun qui a trente-sept ans et est impotent, fier et capable de remuer, si son corps lui permettait dagir ; lautre qui na que vingt-sept ans est bien fait et muet. Il est vrai que lon dit quil fait le muet par politique. Ils ont chacun un palais, des jardins, des concubines, des esclaves, et ne sortent presque jamais. Journal de l'abbé de Choisy du 12 novembre 1685. Tous deux seront exécutés lors de la révolution de 1688. retour 21 - Il s'agit de Phra Pi, appelé également Prapié, Monpy, Monpi, etc. Fils d'un courtisan, ce jeune garçon fut emmené très jeune au palais pour y exercer les fonctions de page, et fut élevé par une soeur du roi Naraï. Toutes les relations s'accordent à reconnaître la tendresse quasi-paternelle que le roi lui prodiguait, et les privilèges exceptionnels dont il jouissait. Lors de la révolution de Siam en 1688, Phra Pi sera arrêté dans la chambre même du roi Naraï et décapité. Sa tête aurait parait-il été attachée pendant plusieurs jours au cou de Phaulkon soumis à la torture. retour 22 - Le pali, ou autrefois bali, est une langue indo-aryenne apparentée au sanscrit classique, et utilisée pour les textes sacrés bouddhistes. retour
24 - Selon Mgr Pallegoix, Sommona Khoddom est le quatrième bouddha : Dans notre âge il a déjà paru quatre Bouddhas, savoir Phra-Kukuson, Phra-Kônakhom, Phra-Khasop, Phra-Khôdom qui est né à Kabillaphat. Sa religion durera cinq mille ans. Ensuite paraîtra le cinquième Bouddha sous le nom de Phra-Metrai. Alors régnera l'âge d'or: il n'y aura
ni guerres, ni maladies, ni pauvreté, il n'y aura plus de voleurs,
tout le monde sera riche, il n'y aura ni polygamie ni adultère.
La terre produira sans culture des fleurs, des fruits et des moissons
en abondance. Il n'y aura ni chaleur ni froid excessifs. A chaque
angle des remparts des villes naîtront les arbres appelés
Kamaphuk, qui produiront continuellement de l'or, de l'argent,
des habits précieux, des pierres précieuses et tous
les biens selon la volonté et le désir des citoyens.
Il s'élèvera quatre-vingt quatre mille cités
opulentes ; les bêtes féroces oublieront leur férocité.
Un seul grain de blé tombant sur la terre produira seul et
de soi-même deux mille cent vingt chars de grains. Phra-Metrai
parviendra à l'âge de quatre-vingt mille ans ; il
aura une taille extraordinaire, il aura quatre-vingt-huit coudées
de hauteur. Description du royaume thaï ou Siam, comprenant
la topographie, histoire naturelle, moeurs et coutumes, législation,
commerce, langue, etc. retour
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- Les Phra Yom 26 - On trouve une similitude avec la tradition occidentale du Dieu vous bénisse, dont les origines sont suffisamment obscures pour susciter des discussions sans fin. Flaubert recommandait dans son Dictionnaire des idées reçues : Après qu'on a dit : "Dieu vous bénisse", engager une discussion sur l'origine de cet usage... Théodore de Jolimont (1787-18..) écrivit au XIXe siècle un curieux ouvrage intitulé De l'usage de saluer et d'adresser des souhaits à ceux qui éternuent.- Moulins : imprimerie de Martial Place, 1844, dont on pourra lire le texte intégral sur le remarquable site de la Médiathèque André Malraux de Lisieux. Nous en citons ici un court extrait : Mais la superstition qui de tout temps a exercé tant d'influence sur l'esprit des humains, et joué un si grand rôle dans la comédie universelle, imagina bientôt une foule de mystères cachés dans ce phénomène naturel. Les Égyptiens, les Grecs, les Latins, regardèrent l'éternuement comme une sorte d'oracle qui, dans les diverses circonstances de la vie, les avertissait du parti qu'ils avaient à prendre du bien ou du mal qui devait leur arriver. - Aristote et Cicéron rangent l'éternuement au nombre des signes auguraux : de là on conçoit qu'il doit y avoir de bons et de mauvais éternuements. Si la lune dans le signe du Taureau, du Lion, de la Balance, du Capricorne, ou des Poissons, il est bon d'éternuer ; dans les autres constellations, mauvais présage. - On a tout à craindre si l'on éternue avant midi, et surtout prenez garde si vous penchez du côté droit ou du côté gauche. - Lorsque les Romains éternuaient après leur sommeil ou leur repas, ils s'efforçaient de se rendormir ou recommençaient à manger, pour écarter, disaient-ils, les infuences du mauvais quart d'heure. - Thémistocle, offrant un sacrifice aux dieux avant de livrer bataille à Xerxès, entendit éternuer à droite ; ce fut le présage heureux de la victoire. - Xénophon haranguait un jour l'armée grecque, un soldat éternue, augure favorable, Xénophon est élu général. - Le même, dans une situation périlleuse, délibérait s'il devait combattre ; il entendit éternuer, sa résolution est bientôt prise, et l'on s'empresse de rendre à Jupiter de solennelles actions de grâces. A vos souhaits ! retour 28
- Le nireuphan 29 - Quelques pages plus loin, le père Tachard explique que la croix de Jésus évoque pour les Siamois le supplice de Thevathat, cousin et rival du Bouddha, précipité en enfer. Voir la deuxième partie du sixième livre, et plus particulièrement la note 12. Néanmoins, s'il faut en croire l'abbé de Choisy, le roi Naraï avait un crucifix dans sa chambre : Il [le roi] nous a fait entendre que M. dHéliopolis et les missionnaires nétaient entrés à la Chine que par son moyen, et cela est vrai. Il a témoigné de la joie dapprendre la réunion des missionnaires à la Chine et dans les Indes. Il fait bâtir des églises : il va accorder incessamment de grands avantages pour la religion : il a un crucifix dans sa chambre : il lit lÉvangile que M. de Métellopolis lui a donné traduit en siamois : il parle de Notre-Seigneur Jésus-Christ avec grand respect : il va avoir des conférences avec M. lévêque. Tout cela ne suffit pas pour me faire demeurer ici comme ministre du roi, mais cela suffit pour nous donner une grande consolation. Prions bien Dieu pour ce bon roi de Siam : je suis assuré que si vous laviez vu, vous laimeriez de tout votre cur. Journal de l'abbé de Choisy du 19 novembre 1685. retour 30 - La coulpe signifie au sens large la faute, et en terme de dogme, la souillure du péché qui fait perdre la grâce. retour 31
- Man 32 - Bien que les avis divergent en ce domaine, l'année 1956 fut considérée comme marquant le 2500ème anniversaire de la mort de Bouddha, à l'âge de 80 ans, selon la tradition, et non de 82 comme l'indique le père Tachard. retour 33 - Les anges sont en nombre considérable, et Mgr Pallegoix en énumère les différentes catégories : Les anges qui habitent sur les arbres et les montagnes sont appelés anges de la terre, ceux qui traversent les airs dans des palais mobiles se nomment anges de l'air ; ceux qui ont leur demeure sur le sommet de Jukhunthon ou dans la partie supérieure de l'air égale à la hauteur de cette montagne, sont appelés les quatre grands rois et anges en même temps (c'est le premier ordre des cieux proprement dits). Ceux qui habitent sur le sommet du mont Meru sont appelés anges davadung (second ordre des cieux) ; les anges jama (troisième ordre des cieux) ; les anges dusit (quatrième ordre des cieux) ; les anges nimmanaradi (cinquiéme ordre des cieux) ; les anges paranimit (sixième ordre des cieux). Description du royaume thaï ou Siam, comprenant la topographie, histoire naturelle, moeurs et coutumes, législation, commerce, langue, etc. retour
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- Le mot Thawip La terre est divisée en quatre parties égales, apellées Tavip, qui ont chacune mille lieues de tour, elles sont séparées par la même mer qui enveloppe le Cau Presomeratcha [le mont Meru], et comme elle n'est navigable dans |