Voyage de Siam Livre troisième Voyage de l'île de Java au royaume de Siam.
Le cinquième d'août nous découvrîmes une grande
côte de terre, et nous en étant approchés, nous
reconnûmes que c'était l'île de Java, dont nous nous
croyions fort éloignés.
Mais ce qu'il y a de plus surprenant, et qui marque une providence particulière de Dieu sur notre voyage, c'est que le soir même qu'on vit l'entrée du détroit de la Sonde, nous aperçûmes la Maligne, que les mauvais temps, dont j'ai déjà parlé, avaient séparé de nous, la nuit du vingt-quatrième au vingt-cinquième de juin, et que nous n'avions pas revue depuis. Quoique monsieur l'ambassadeur crut, avec plusieurs autres, que c'était là la frégate, nous ne pûmes en être assurés, parce qu'il était déjà tard, et que le temps était obscur. On ne la reconnut que huit jours après à la rade de Bantam, où nous la rejoignîmes. Les pilotes qui la menaient, ayant vu le détroit de bonne heure, donnèrent dedans, et se servant du vent favorable, ils arrivèrent au mouillage. Mais comme on passe ordinairement le détroit de la Sonde, entre l'île du Prince (1) et celle de Sumatra, le plus près que l'on peut de l'île du Prince, et que la nuit nous avait empêchés de la bien reconnaître, nous fûmes obligés de revirer de bord et de prendre le large durant la nuit. Ainsi ne pouvant nous servir du beau temps que nous avions alors, à la faveur duquel nous eussions aisément passé l'île du Prince, nous descendîmes trop bas, et nous demeurâmes le reste de la semaine dans le détroit, qui n'a guère plus de trente lieues de long, à combattre contre les courants et contre les vents contraires. Un de nos pilotes nous assura que le Soleil d'Orient, sur lequel il était, en allant aux Indes, fut trois semaines entières, sans pouvoir avancer, et qu'on fut obligé de le remorquer avec des chaloupes jusqu'à Bantam (2). Nous entrâmes donc dans le détroit de la Sonde trois jours après avoir reconnu la terre de Java. Mais comme l'île du Prince est située à l'entrée du détroit entre Java et Sumatra, et la divise en deux, nous entrâmes par la passe la plus septentrionale qui est la plus grande et la plus sûre entre l'île du Prince et Sumatra.
D'abord on avait eu dessein d'aller jusqu'à Batavia pour y prendre des rafraîchissements. Mais comme la saison était déjà fort avancée, on craignait de perdre la mousson, c'est-à-dire le temps propre pour faire le voyage de Siam. D'ailleurs le chemin de Bantam à Batavia, quoique de quatorze ou quinze lieues seulement, étant extrêmement difficile, à cause des îles, des bancs et des roches qui s'y trouvent de tous côtés, on jugea à propos de rester à la rade de Bantam, pour ne point perdre de temps et pour donner plus promptement du soulagement aux malades, dont la plupart étaient dans un état pitoyable. C'est pourquoi M. l'ambassadeur résolut d'envoyer dès le lendemain à Bantam vers celui qui commandait dans le fort pour les Hollandais, lui demander permission d'y prendre quelques rafraîchissements, et d'y mettre nos malades à terre.
Toutes ces nouvelles firent prendre le parti au chevalier de Forbin de s'en retourner à bord de l'Oiseau, pour en informer M. l'ambassadeur avant que de passe outre. Il prit dans son canot le sieur du Tertre, lieutenant de la frégate, qui raconta lui-même toutes ces choses à M. l'ambassadeur en notre présence. Il ajouta qu'on l'avait assuréque la mousson n'était pas encore fort avancée, et qu'on pouvait ne partir pour Siam que dans trois semaines ou un mois. M. l'ambassadeur s'étonna fort de cette conduite, il ne laissa pas d'envoyer à Bantam demander la permission de faire de l'eau et du bois, dans la pensée que le gouverneur du fort, aurait d'autres égards pour son caractère, et qu'il lui accorderait un prau (c'est une espèce de bateau fort léger, dont on se sert communément dans ces îles-là) pour porter la lettre de M. de Van Reede à M. le général de Batavia. M. l'ambassadeur ne voulût pas qu'on parlât des malades, parce qu'il avait déjà ordonné qu'on les mît pour quelques jours dans une petite île assez proche, où on leur devait dresser des tentes, et les traiter, jusqu'à ce qu'ils fussent bien remis.
Sultan Agoum, père du sultan Agui, qui règne aujourd'hui, las de porter la couronne, se démit du gouvernement des affaires entre les mains du prince son fils, pour ne plus s'occuper que de son sérail et de ses plaisirs.
Après que le chevalier de Forbin eût ainsi rendu compte de son voyage à M. l'ambassadeur, et qu'il l'eût assuré que M. le général donnerait à son excellence toutes les marques d'estime et de respect qui étaient dues à son caractère, il fit entendre que les jésuites ne recevraient pas dans cette ville le bon accueil qu'on leur avait fait au Cap.
Ce n'est pas de lui que nous savons toujours ces choses. Il est humble et modeste et nous avons remarqué en lui de grandes vertus pendant notre séjour à Batavia et à Siam. Nous avons été surtout charmés de sa douceur envers tout le monde, de sa retenue à parler de ceux qui l'ont persécuté avec le plus de violence, de son union continuelle avec Dieu, de sa dévotion tendre qui le fait fondre en larmes toutes les fois qu'il dit la messe, ou qu'il l'entend, de sa patience à tout souffrir sans se plaindre, et de son zèle pour le salut des âmes. Enfin c'est un homme vraiment apostolique, et qui recevrait des éloges à Rome où il est appelé pour se justifier (19), si ses vertus y étaient connues comme elles sont aux Indes.
Après avoir longtemps entretenu le père Fuciti, nous retournâmes chez le grand trésorier, croyant que l'heure de l'audience approchait. Sur les quatre heures après midi, nous entendîmes les tambours, les fifres et les trompettes de la forteresse dont nous n'étions pas fort loin. Alors M. le trésorier nous dit que nous pouvions partir pour aller au palais de son excellence. Il nous prit dans son bateau, et voulut à toute force se placer au-dessous de nous. Nous fûmes bientôt rendus au palais, où nous trouvâmes qu'on faisait la revue des gardes de M. le général, en sa présence, dans un grande cour. Il y avait quatre compagnies à pied et deux à cheval, d'environ cent hommes chacune, tous gens de bonne mine, bien armés, et habillés de la même couleur. Leur casaque était jaune, la culotte rouge et fort large, et ils avaient tous des bas de soie. Les gardes à cheval étaient montés sur des chevaux de Perse, qui ne sont pas à la vérité fort grands ; mais qui sont pleins de feu et déchargés de taille. Ces chevaux paraissaient être mal en bouche, pesants à la main, et portent la tête toujours au vent ; mais je crois que ces défauts viennent de leurs mors, et de ce qu'ils sont mal dressés. La revue étant finie, nous montâmes par un escalier de pierre qui est au-dehors, dans une grande salle, où nous trouvâmes des gardes et des pages de M. le général, tous habillés de la même manière, avec cette seule différence, que les derniers ne portent point d'épée. M. le trésorier nous pria de l'attendre dans cette salle, jusqu'à ce qu'il eût parlé à monsieur le général. Un moment après il revint, et nous mena par une galerie dans une autre salle, qui n'était pas à beaucoup près si grande que la première. Nous y trouvâmes M. le général avec cinq ou six de ses amis, dont deux parlaient fort bien français.
Quand il eût appris que M. le baron van Reede nous avait logés au cap, et la manière dont il nous avait reçus et régalés, il nous protesta qu'il ne lui céderait pas cet avantage, et que si nous avions dessein de mettre pied à terre, il nous priait d'aller loger avec le père Fuciti, à qui pour l'amour de nous il donna toute sorte de liberté dès ce jour-là. Il ajouta que le lieu était fort avantageux de faire des observations ; qu'on y voyait d'un côté la mer, et de l'autre une vaste pleine à perte de vue ; et qu'enfin si le temps était favorable et qu'il y eût quelque belle observation à faire, il voulait y assister. Nous répondîmes le mieux que nous pûmes à toutes ses bontés, en l'assurant que le roi en serait informé, et que M. l'ambassadeur y prendrait part. Enfin après un entretien de trois heures, qui ne fut interrompu que par le thé, les confitures et les santés du roi, de la Maison royale, de M. l'ambassadeur et les nôtres qu'il nous porta, il nous permit avec peine de nous retirer. Il nous conduisit jusqu'au bout d'une grande galerie par où on entre dans la première salle, et ordonna à un gouverneur de province et à M. le trésorier de ne nous point quitter que nous ne fussions au jardin du général Speelman, où nous devions loger. En sortant de la salle nous trouvâmes un carrosse avec deux pages qui portaient des flambeaux pour nous mener. Malgré toutes nos résistances, il fallut obéir, et ce fut un spectacle nouveau, de voir deux jésuites dans le carrosse du général traverser la capitale des Indes. Nous nous rendîmes bientôt à notre logis où le père Fuciti nous attendait, et il ne fut pas peu étonné de nous y voir arriver en cet équipage. A peine y étions-nous, qu'on nous apporta un grand souper du palais de M. le général, lequel nous fit servir durant tout le temps que nous fûmes à Batavia, une grosse table de douze couverts par ses officiers, en porcelaine fine et en vaisselle d'argent, avec toute la propreté, la délicatesse et l'abondance imaginable. Le lendemain le père Fuciti pria le père supérieur de le mener à bord, et de le présenter à monsieur l'ambassadeur pour l'assurer de ses respects et le remercier de l'intérêt qu'il avait bien voulu prendre à sa liberté. Nous y fûmes conduits tous trois dans la chaloupe de M. le général, qui nous fit dire qu'il nous l'abandonnait pour nous en servir toutes les fois que nous en aurions besoin. Les quatre pères qui étaient demeurés à bord étaient en peine de nous, parce que n'avions pu leur faire savoir de nos nouvelles et qu'ils craignaient qu'il ne nous fût arrivé à Batavia quelque chose de désagréable. Mais ils furent bien surpris lorsqu'ils nous virent revenir dans une chaloupe magnifique avec un grand pavillon hollandais et toutes les marques de grandeur qui accompagnent le général, à la réserve des gardes. M. l'ambassadeur à qui nous rendîmes compte de ce qui s'était passé, reçut le père Fuciti avec beaucoup de bonté, et lui offrit de le faire passer à Siam. M. de Vaudricourt en usa à son égard de la même manière, ainsi il fut résolu sur l'heure que ce père s'embarquerait avec nous pour faire le reste du voyage. Un moment après il fallut retourner à terre avec quelques instruments, pour faire des observations la nuit suivante. Mais le ciel fut si couvert la nuit et le jour durant tout le temps que nous demeurâmes à Batavia, que nous ne pûmes en faire que très peu, encore ne nous parurent-elles pas assez sûres pour les donner au public. En descendant de la chaloupe, nous allâmes tous six avec le père Fuciti visiter M. le général. Il nous reçut avec les mêmes marques de bienveillance, que le jour précédent. Il est vrai qu'il se plaignait un peu de la conduite du père Fuciti, qu'on lui avait rendu suspect à cause de son zèle à assister et à instruire les catholiques, ajoutant qu'il était obligé de tenir la main à l'exécution des lois établies par la Compagnie des Indes ; qu'il croyait que nous ne trouverions pas son procédé ni malhonnête ni injuste, qu'il nous priait de garder des mesures et de nous comporter de telle sorte à l'égard des catholiques, qu'on ne lui pût pas reprocher les marques d'estime et d'amitié qu'il nous avait données et qu'il nous donnerait dans toutes les occasions. Nous répondîmes en portugais, que son excellence serait contente de notre conduite, et qu'elle n'aurait jamais lieu de se repentir des grâces dont elle nous avait comblés jusqu'ici, et dont elle voudrait bien nous honorer à l'avenir. La conversation tomba ensuite sur diverses choses, on parla de nouvelles, et surtout du roi, dont la gloire, la grandeur, la sagesse, et toutes les autres rares qualités sont connues et admirées jusqu'au bout du monde. M. le général prenait tant de plaisir à nous en entendre parler, qu'il ne nous permit de nous retirer que vers la nuit, quoique nous fussions avec lui dès quatre heures après-midi. Il nous fit voir diverses curiosités du Japon, entre autres deux figures humaines d'une espèce de plâtre, très bien faites et vêtues de soie à la manière des Japonais ; l'une d'un seigneur et l'autre d'une dame. Il nous montra aussi certains arbre dont le pied est enfermé dans des pierres trouées et fort poreuses où les racines s'insinuent de telle sorte qu'elles tirent toute leur nourriture de l'eau qu'on verse dessus de temps en temps.
Les jours suivants nous allâmes visiter les principaux officiers de la Compagnie des Indes. Il n'y en eut pas un qui ne nous fît de grandes honnêtetés ; plusieurs même nous rendirent visite au jardin de la Compagnie. Nous fûmes aussi visités par les catholiques de toutes sortes de conditions, qui demandaient à recevoir les Sacrements, mais pour ne pas déplaire au général, et ne point attirer d'affaires aux catholiques, on donna rendez-vous à notre bord à ceux qui pouvaient y venir, et on confessa les autres si secrètement, soit chez eux, soit dans le lieu où nous étions, que cela ne fit aucun éclat. Le père Fuciti surtout ne se reposa guère pendant tout le temps que nous demeurâmes avec lui. Car ayant eu à notre arrivée la liberté d'aller partout, il était occupé depuis le matin jusqu'au soir à consoler et à confesser de côté et d'autre tous ceux qui avaient besoin de son secours.
On nous assura que depuis quelques mois les Portugais, qui sont en grand nombre, avaient offert une grosse fortune à la Compagnie des Indes, pour avoir la permission de bâtir une église catholique, ou dans la ville, ou dans quelques faubourgs, et qu'ils s'engageraient de payer encore, outre cela, seize mille écus tous les ans. Cette affaire ayant été proposée au Conseil des Indes, a été renvoyée en Hollandes aux chefs de la Compagnie, mais on n'espère pas qu'ils accordent cette grâce aux catholiques, de crainte, dit-on, qu'ils ne devinssent les maîtres à Batavia. Il y a quatre temples, deux où l'on fait tous les dimanches le prêche en hollandais, un dans le fort et l'autre dans la ville. Un troisième où on le fait en portugais, qui est la langue la plus ordinaire du pays. Le quatrième est pour les Français, dont le nombre est assez considérable.
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NOTES :
1-
Pulau Panaitan, à l'entrée du détroit de la Sonde.
retour
2 - Le Soleil-d'Orient, vaisseau de 1000 tonneaux, le plus beau de la Compagnie, était décidément né sous une mauvaise étoile. Dans son Histoire de la Compagnie royale des Indes orientales, Jules Sottas nous apprend que ce navire était en construction au chantier du lieu d'Orient, (qui deviendra la ville de Lorient) en 1667. On le retrouve partant de Port-Louis pour Surate le 7 mars 1671. Il est alors chargé d'une cargaison de 468.979 livres. Il n'ira pas loin, car démâté à la suite d'une intempérie, il doit se réfugier au port de la Rochelle. Réparé, il repart le 12 mars 1672. En détresse sur le chemin du retour, il est secouru en 1674 par le navire le Blampignon. Il rentre à la Rochelle à la fin de 1674. En 1677 et 1678, armé deux fois au Port-Louis, le Soleil d'Orient doit désarmer sur place en raison du blocus ennemi. Ces préparatifs inutiles coûtent 200.000 livres à la Compagnie, en pure perte. La Paix de Nimègue signée, il peut enfin quitter Port Louis le 1er février 1679, chargé de 300.000 livres d'or et de 100.000 livres de marchandises : dentelles d'or et d'argent, mercerie, armes à feu, armes blanches, chapeaux, canons de six, boulets, fer, plomb, cuivre, etc. Ce voyage de France à Surate fut une fois encore émaillé d'incidents et d'avaries. On trouve dans les Mémoires de François Martin (décembre 1679 - janvier 1680) la relation de ces mésaventures : Nous reçûmes des lettres de Surate dans le commencement de janvier 1680, où l'on donnait avis que le navire le Soleil d'Orient devait y être arrivé le 15 octobre. Ce vaisseau faisant beaucoup d'eau, le capitaine fut forcé de relâcher au cap de Bonne-Espérance où l'on y fit les réparations que l'on crut nécessaires, mais soit que l'on n'eût pas bien reconnu les voies d'eau ou qu'on ne les eût pas bien bouchées, ce vaisseau, quelques jours après avoir mis à la voile de la rade de la baie de la Table, en faisait encore plus que devant. Le capitaine nommé le sieur Husson, crut néanmoins qu'il pourrait gagner Surate ; il voulut continuer le voyage. Il y eut des officiers qui connaissaient peut-être mieux l'état du bâtiment que lui qui n'avait jamais été en mer, qui lui représentèrent que c'était s'exposer à se perdre de se risquer de même. Le capitaine tint bon, néanmoins ces officiers attirèrentà leur parti la meilleur partie de l'équipage ; on se souleva hautement dans le navire, on refusa de passer outre en enfin il fallut retourner sur ses pas et relâcher une seconde fois au Cap où, ayant mieux pris ses mesures que la première fois, on assura par-là le voyage. Cependant le capitaine avait verbalisé contre les personnes qui s'étaient opposées à ses volontés ; il en demanda justice après son arrivée à Surate ; on fit les informations ; le procès mis en état, le Conseil s'assembla. Il y eut quelques-uns des principaux de ces officiers cassés, leurs gages confisqués et qui devaient être remerciés en France. Il est certain que ces gens-là firent très mal de se soulever contre leur capitaine, mais il est sûr aussi que, si l'on n'avait point relâché une seconde fois au Cap, le navire n'aurait jamais fait le voyage. Il y eut des personnes qui par politique portèrent l'intérêt du capitaine, peut-être parce qu'ils crurent que l'affaire n'irait pas si loin, mais qui en ont eu du chagrin depuis. C'est encore à Julien Sottas que nous empruntons la conclusion de la courte vie du malheureux vaisseau : A surate, le directeur Baron l'employa pour des voyages d'Inde en Inde. En 1681 il se trouvait à Bantam, ayant chargé une riche cargaison de poivre, lorsqu'on décida d'y installer les membres d'une ambassade que le roi de Siam adressait à Louis XIV et que le Vautour avait amenés de Siam à Bantam. Le Soleil d'Orient partit de Bantam le 6 septembre 1681, mais il se perdit corps et biens aux environs du cap de Bonne-Espérance, ce qui fut une perte de 600.000 livres pour la Compagnie, sans compter le prix du bâtiments. Et sans compter, c'est nous qui le rajoutons, le prix des vies humaines. retour 3 - La géographie de ces parages s'est sans doute considérablement modifiée, suite à la catastrophique éruption du volcan Krakatau en août 1883, et du tsunami qui détruisit plus de 160 villages, la quasi totalité de la faune, et noya plus de 36.000 personnes. L'île évoquée par le père Tachard se trouvait à la place des trois îles qui forment aujourd'hui l'archipel Krakatau, pulau Sertung, pulau Lang, pulau Rakata. retour 4 -On trouve de nombreuses variantes de ce mot (paráo, prauwe, paro, etc.) qui, selon Sir Henry Yule et A.C. Burnell dans The Anglo-indian dictionnary, aurait pour double origine le malais puru (bateau) et le mot prau ou prahu usité dans beaucoup de langues de l'archipel indonésien. Ce terme désigne une sorte de petite galère, embarcation qui sera également appelée balon notamment dans les relations française. retour 5 - Ni la description ni l'illustration promises ne figurent dans la suite de l'ouvrage du père Tachard. Les Français ne descendirent pas même à terre, et l'abbé de Choisy note dans son Journal du 16 août : bon gré mal gré il faut aller à Batavia. Nous nirons que le jour, toujours la sonde à la main, et il faut bien filer doux, car nous ne sommes pas les plus forts. La manière dagir est un peu arabesque et bien différente de celle du Cap. retour
La plupart de ceux qui sont attaqués de cette maladie, s'ils ne sont diligemment secourus, meurent en peu de jours ; les autres deviennent tout bouffis, ayant cette espèce d'hydrophilie que les auteurs nomment leucophlegmatia. Nous avons fait ouvrir plusieurs des nôtres qui étaient morts de cette maladie, et nous avons trouvé aux uns des abcès dans la rate, aux autres les poumons aussi secs et arides que du parchemin rôti, aux autres plusieurs aposthèmes au foie et aux poumons, je jetaient une boue puante et noirâtre. Voyage de Pirard de Laval aux Indes orientales (1601-1611) - Tome II : Goa, l'empire maritime portugais et le séjour au Brésil suivi de la Relation du voyage des Français à Sumatra de François Martin de Vitré 1601-1603 - Texte établi et annoté par Xavier de Castro - Éditions Chandeigne - Librairie portugaise - 10, rue Tournefort, 75005 Paris - 1998 retour 7 - Dans ses mémoires, le chevalier de Forbin relate le détail de cette entrevue : Le lieutenant du fort, chez qui je fus introduit me refusa tout ce que je lui demandais. Quelque instance que je pus faire, il ny eut jamais moyen davoir audience du roi : je représentai que javais à parler au gouverneur hollandais ; on me répondit quil était malade et quil ne voyait personne depuis longtemps ; enfin, après avoir éludé par de mauvaises défaites toutes mes demandes, on me dit clairement, et sans détour que je ne devais pas mattendre à faire aucune sorte de rafraîchissements, le roi ne voulant pas absolument que des étrangers missent le pied dans le pays. Comme jinsistais sur la dureté de ce refus, et que jen chargeais ouvertement les Hollandais, lofficier me fit entendre que la situation de lÉtat ne permettait nullement au roi dy laisser entrer des étrangers ; que ses peuples, à demi révoltés, nattendaient, pour se déclarer ouvertement que le secours quon leur faisait espérer de la France et de lAngleterre, et que, malgré tout ce que je pourrais dire de lambassade de Siam, jaurais peine à persuader que notre vaisseau, qui avait mouillé si près de Bantan, ne fût pas venu dans le dessein de rassurer les Javans et de leur faire comprendre que le reste de lescadre ne tarderait pas longtemps darriver ; que pour ce qui regardait les Hollandais, javais tort de leur imputer le refus quon nous faisait ; que ne servant le roi quen qualité de troupes auxiliaires, ils ne pouvaient faire moins que de lui obéir ; que du reste si nous allions à Siam, comme je len assurais, nous navions quà continuer notre route jusquà Batavie éloignée seulement de douze lieues, et que les honnêtetés que nous y recevrions de la part du général de la Compagnie des Indes nous donneraient lieu de connaître que ce nétait que par nécessité quon usait de tant de rigueur à notre égard. Mémoires de Forbin. retour 8 - Ce mot, issu du malais pangeran, désignait les chefs de Java. les Portugais utilisaient le mot pangueiroes. retour 9 - On pourra consulter des relations très largement convergentes des évènements de Bantam dans le Journal de l'abbé de Choisy du 16 aout 1685 et dans les Mémoires du comte de Forbin, première partie. retour
11 - Isaac de lOstal de Saint-Martin (1629 ?-1691) - Voir la deuxième partie du second livre de cette relation et plus particulièrement la note 29 retour 12 - Peut-être Ciruas, à quelques kilomètres de Bantam. retour 13 - Les Macassars étaient des habitants des îles Célèbes, conquises par les Hollandais à la fin des années 1660. Pour se convaincre que leur réputation de féroces guerriers n'était nullement usurpée, on lira sur ce site le chapitre des Mémoires du comte de Forbin consacré à la révolte des Macassars. retour 14 - L'ouvrage de Guy Tachard comprend deux illustrations de Batavia reproduites ci-après :
15 - labbé de Choisy dans son Journal du 18 août 1685 va même jusqu'à compter les coups de canon qui furent tirés pour ce salut : Le chevalier de Forbin vient de revenir pompeux et triomphant. Le général lui a accordé plus quil ne demandait. Nous sommes mouillés à demi-lieue de la ville. Nous lavons saluée de sept coups de canon et elle nous a répondu dautant, ce qui nest jamais arrivé dans les Indes. Les Anglais, les Portugais, mêmes des navires de roi saluent et on ne les salue point. Le chevalier de Forbin dément dans ses Mémoires ce point d'une importance capitale : Je ne sais où le père Tachard a pris tout ce quil dit dans sa relation sur cet article ; il va jusquà compter les coups de canon qui furent tirés ; ce quil y a de bien certain, cest quil fut arrêté quon ne saluerait de part ni dautre. retour
17 - Domenico Fuciti, jésuite italien parti pour les Indes orientales vers 1655 avait déjà oeuvré à macao, en Cochinchine, au Tonquin. Son refus de prêter serment aux vicaires apostoliques lui valut d'être rappelé en 1684, et d'être débarqué à Batavie en décembre de la même année. Il profita de l'ambassade du chevalier de Chaumont pour retourner au Siam où il était déjà passé vers 1665. retour 18 - Alexandre de Rhodes, (1591-1660), infatigable missionnaire en Cochinchine et au Tonquin. Son ouvrage Histoire du royaume de Tonkin et des grands progrès que la prédication de lEvangile y a fait depuis lannée 1627 jusques à lannée 1646, publié en 1652, sera à l'origine de la vocation de très nombreux prêtres français. retour 19 - Allusion au refus du père Fuciti de prêter serment aux vicaires apostoliques. Le père Bouvet, l'un des six jésuites mathématiciens, écrira un pladoyer en sa faveur. Toutefois la querelle s'étant quelque peu apaisée à son retour en Europe, le père Fuciti n'aura pas à répondre à Rome de son indiscipline. retour
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