Voyage de Siam Livre premier
On cherchait l'occasion d'envoyer encore d'autres observateurs en divers endroits de l'Europe, à l'île de Fer d'où l'on prend le premier méridien (3), aux Indes orientales, et principalement à la Chine, où l'on savait que depuis quatre mille ans les arts et les sciences fleurissent, où il y a des livres sur toutes sortes de matières et des bibliothèques comparables aux plus belles de l'Europe, dans lesquelles on pourrait trouver de quoi enrichir celle du roi. Ce défi s'était beaucoup augmenté dans les principaux membres de l'Académie, depuis qu'ils avaient entretenu le père Philippe Couplet (4), jésuite flamand, qui au retour de la Chine avait passé par Paris en allant à Rome, où il était envoyé pour les affaires de la mission.
Monsieur le duc du Maine (6) était aussi entré dans ce dessein avec un grand zèle pour la religion, et une curiosité digne de son esprit pour les belles connaissances, et beaucoup au-dessus de son âge. Mais le roi, plus zélé que personne pour la perfection des arts et des sciences, surtout celles qui peuvent le plus contribuer en ces pays-là à l'accroissement de la religion, en faveur de laquelle il fait tous les jours de si grandes choses, touché du besoin des missions, voulut les assister de sa protection et de ses libéralités. Il avait appris du P. Couplet que presque tous les jésuites français qui étaient allés à la Chine il y a plus de trente ans avec le père Alexandre de Rhodes (7), étaient morts en travaillant dans les missions de ce royaume, qu'il n'y restait plus que fort peu de missionnaires, que cependant l'empereur continuait à les protéger, et qu'à son exemple les vice-rois et les gouverneurs de provinces leur étaient très favorables ; et qu'enfin on y avait un besoin extrême d'ouvriers évangéliques, tant pour cultiver les chrétiens qui y sont déjà en grand nombre, que pour recueillir le fruit des espérances certaines qu'on a présentement plus que jamais d'étendre la foi dans ce vaste empire. Il avait même déjà donné une somme considérable pour y accompagner le P. Couplet, et l'on ne pensait plus qu'aux moyens de les faire passer sous l'autorité de sa majesté, lorsque la providence divine en présenta une occasion très favorable. A peine le P. Couplet était-il parti pour Rome, qu'il arriva en France deux mandarins siamois, avec un prêtre des Missions-Étrangères établies à Siam appelé Monsieur le Vachet (8). Ils venaient de la part des ministres du roi du Siam, pour apprendre des nouvelles de l'ambassade que le roi leur maître avait envoyée à sa majesté avec des présents magnifiques, sur un vaisseau de la Compagnie des Indes nommé le Soleil d'Orient, qu'on disait avoir fait naufrage (9). Sa majesté, voyant les avances que le roi de Siam faisait pour rechercher son amitié, et que d'ailleurs on espérait que ce prince se ferait chrétien si on lui envoyait un ambassadeur, elle prit le dessein de le faire, et d'envoyer aussi par cette voie des jésuites français à la Chine, qui a grand commerce avec le royaume de Siam, dont elle n'est éloignée que de cinq ou six cents lieues.
Nos supérieurs n'eurent pas de peine à trouver des gens qui voulussent contribuer à l'exécution de ce dessein. Entre plusieurs qui s'y offrirent, on en choisit six qui se trouvèrent heureusement à Paris dans le collège de Louis-le-Grand (11), quoi qu'ils fussent de diverses provinces, comme si la providence ne les y eût assemblés qu'afin de leur procurer à tous un bonheur qu'ils souhaitaient ardemment. Celui que l'on établit supérieur fut le R. P. de Fontenay (12), qui enseignait depuis huit ans les mathématiques en ce collège. Les cinq autres furent les pères Gerbillon, le Comte, Visdelou, Bouvet et moi.
On prit encore deux demi-cercles divisés fort exactement de six en six minutes, pour les opérations de géométrie, l'un était à pinnules (16) seulement, et l'autre à lunettes. Monsieur le duc du Maine, quand nous allâmes prendre congé de lui, eut la bonté de nous en donner un troisième beaucoup plus grand, et divisé de trois en trois minutes, qu'il avait fait faire pour son usage particulier. Nous ne saurions assez reconnaître les obligations que nous avons à ce prince, de la bonté qu'il fit paraître pour nous en cette occasion. Outre les machines dont j'ai parlé, nous emportions deux pendules à répétition, des miroirs ardents de douze et de vingt pouces de diamètre, des pierres d'aimant, des microscopes, plusieurs thermomètres et baromètres, tous les tubes et toutes les machines qui servent aux expériences du vide, un horloge sur un plan incliné, les deux machines de Romer (17), dont l'une représente le mouvement des planètes, l'autre les éclipses du soleil et de la lune (18). On nous donna aussi pour notre usage plusieurs livres de la bibliothèque royale. Pendant ce temps-là, nos pensions furent réglées par l'ordre du roi, qui nous fit aussi expédier des lettres patentes, par lesquelles sa majesté nous établissait ses mathématiciens dans les Indes et à la Chine.
Le lendemain de son arrivée, nous eûmes l'honneur de le saluer dans son logis, et nous reçûmes de sa main les patentes que le roi avait eu la bonté de donner à chacun de nous en particulier, pour nous envoyer en qualité de ses mathématiciens dans les Indes et la Chine. Elles étaient signées et scellées du grand sceau de cire jaune et conçues en ces termes :
J'ai reçu ordre par le dernier courrier de France, de donner part à Votre Majesté de la résolution que le roi mon maître d'envoyer par mer un ambassadeur au roi de Siam, pour répondre à toutes les honnêtetés de ce prince, et que profitant de cette occasion il fera embarquer dans le même vaisseau de guerre six jésuites français pour passer de Siam à Macao dans la Chine. La commission de ces religieux est d'observer dans leur voyage par mer et par terre les longitudes des principaux lieux, les déclinaisons et variations de l'aiguille, et tout ce qui peut servir à vérifier et perfectionner nos cartes et notre navigation, et de faire une recherche exacte de toutes sortes de livres curieux pour la bibliothèque du roi mon maître. Je suis chargé de dire à votre Majesté qu'ils ont un ordre précis d'entretenir une bonne correspondance avec vos sujets, en quelque lieu qu'ils se rencontrent, et d'avoir pour les prélats portugais toute la déférence qui la soumission qui leur est due. Le roi mon maître ne doute pas que votre Majesté ne désire aussi, de son côté, que ses sujets en Orient donnent à ces religieux les secours et les assistances dont ils pourraient avoir besoin pour l'accomplissement de leur voyage et de leur commission ; et afin qu'ils en puissent être informés, le roi mon maître m'a ordonné de demander comme je le fais avec confiance à votre Majesté, un passeport pour ces religieux, en la forme la plus ample et la plus favorable qu'il se pourra. Ce vaisseau qui doit passer à Siam l'ambassadeur de France et les pères jésuites, partira infailliblement avant la fin du mois de mars, et je supplie très humblement votre Majesté de vouloir bien ordonner que l'expédition de ce passeport soit prompte, et qu'on le délivre incessamment.
Dans le même paquet on nous envoya cette lettre que le R. P. de la Chaise avait écrite de la part du roi au père Ferdinand Verbiest de notre Compagnie, missionnaire à la Chine (27), et président des mathématiques dans ce vaste empire.
Quelques jours après on régla le nombre de personnes qui devaient s'embarquer sur le vaisseau avec monsieur l'ambassadeur, outre monsieur de Choisy, fort connu en France par sa naissance et par son mérite, qui devait demeurer en qualité d'ambassadeur auprès du roi de Siam jusqu'à son baptême, en cas qu'il se convertît (28). On y fit entrer les deux mandarins siamois, monsieur le Vachet qui les avait amenés en France, quatre autre ecclésiastiques et six jésuites, monsieur de Vaudricourt montait le vaisseau.
Parmi les douze gentilshommes que le roi avait nommés pour accompagner M. l'ambassadeur, on en mit trois sur notre bord. Le premier fut M. de Francine de Grand-Maison, enseigne de vaisseau, fils de M. le grand prévôt de l'Île-de-France ; l'autre M. de Fréteville, ancien garde de la marine qui a été élevé page de la Chambre du roi, et le troisième M. le chevalier du Fay, jeune garde de la marine. Pour les autres gentilshommes de la suite, savoir messieurs du Tartre, de Saint Vilers, enseignes de vaisseaux, messieurs de Compiègne et de Fangouze, anciens gardes de la marine, Messieurs de Béneville, d'Arbouville, Palu et de la Forêt, jeunes gardes, il s'embarquèrent dans la frégate commandée par M. Joyeux, lieutenant du port de Brest, et qui avait déjà fait plusieurs voyages dans les Indes (30).
En sortant de la rade de Brest nous avions un vent favorable, mais comme il nous manqua à sept ou huit lieues du port, nous mouillâmes l'ancre sur le midi jusqu'à cinq ou six heures du même jour, que le vent s'étant levé du même côté nous appareillâmes de nouveau.
Depuis ce moment jusqu'à cinq ou six degrés en deçà de la ligne, nous eûmes le plus beau temps, et le vent le plus favorable que nous eussions pu souhaiter. La providence divine, prenant, ce semble, plaisir à favoriser une navigation entreprise pour le sujet de la religion, dans un temps où les plus expérimentés officiers de la marine jugeaient que nous avions manqué de trois semaines entières la saison propre pour partir. Nous eûmes d'abord un vent arrière si violent, qu'avec une seule voile nous faisions plus de soixante lieues (33) en vingt-quatre heures. Ainsi nous doublâmes sans aucun risque les caps d'Ouessant et de Finistère, si redoutés de nos navigateurs, à cause des fréquentes tempêtes qui s'élèvent en ces endroits. Il est vrai que nous y trouvâmes les mers extrêmement grosses.
Ceux qui ont été sur mer savent assez bien combien est grande l'incommodité qu'on a coutume de souffrir, la première fois qu'on trouve une grosse mer ; mais il est difficile de le faire entendre à ceux qui ne l'ont jamais éprouvé : on se sent tout étourdi par un violent mal de tête, l'estomac se soulève, le coeur manque à tous moments, il semble que le roulis et l'agitation du vaisseau renverse toute la constitution, tant il cause de douleurs dans les entrailles. Nous fûmes presque tous fort incommodés de ce mal de mer les cinq ou six premiers jours.
A toutes ces saintes pratiques nous ajoutâmes le chapelet, nos pères prirent le soin de se partager en divers endroits du vaisseau pour le faire dire, et Dieu bénit tellement leur zèle, qu'il n'y avait presque point de soldat ni de matelot qui ne dît chaque jour son chapelet. Outre le temps que nous donnions à l'instruction du public, nous récitions tous les jours le Bréviaire ensemble, et nous avions une heure de conférence sur les cas de conscience, le reste du jour était employé à l'étude avec autant d'application et d'assiduité qui si nous eussions été dans nos collèges. Voilà nos exercices ordinaires durant toute la campagne.
PAGE SUIVANTE
NOTES :
1 - Cette Académie fut établie en 1666 par les soins de M. Colbert : Louis XIV, après la paix des Pyrénées, désirant faire fleurir les sciences, les lettres et les arts dans son royaume, chargea M. Colbert de former une société d'hommes choisis et savants en différents genres de littérature et de science, qui s'assemblant sous la protection du roi, se communiquassent réciproquement leurs lumières et leurs progrès. M. Colbert, après avoir conféré à ce sujet avec les savants les plus illustres et les plus éclairés, résolut de former une société de personnes versées dans la physique et dans les mathématiques, auxquels seraient jointes d'autres personnes savantes dans l'histoire et dans les matières d'érudition, et d'autres enfin uniquement occupées de ce qu'on appelle plus particulièrement Belles-Lettres, c'est-à-dire de la grammaire, de l'éloquence, et de la poésie. Il fut réglé que les géomètres et les physiciens de cette société s'assembleraient séparément le mercredi, et tous ensemble le samedi, dans une salle de la bibliothèque du roi, où étaient les livres de physique et de mathématique ; que les savants dans l'histoire s'assembleraient le lundi et le jeudi dans la salle des livres d'histoire ; qu'enfin la classe des Belles-Lettres s'assemblerait les mardi et vendredi, et que le premier jeudi de chaque mois toutes ces différentes classes se réuniraient ensemble, et se feraient mutuellement par leurs secrétaires un rapport de tout ce qu'elles auraient fait durant le mois précédent. Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. retour 2 - L'Observatoire de Paris, bâti sur ordre de Louis XIV au bout du faubourg Saint-Jacques fut commencé en 1664 et achevé en 1672. retour 3 - Ptolomée prenait pour premier méridien celui qui passe par la plus éloignée des îles Fortunées, parce que c'était l'endroit le plus occidental qu'on connût alors. Depuis on recula le premier méridien de plus en plus, à mesure qu'on découvrit des pays nouveaux. Quelques-uns prirent pour premier méridien celui qui passe par l'île Saint Nicolas, près du Cap-Vert ; Hondius, celui de l'île de Saint-Jacques ; d'autres, celui de l'île du Corbeau, l'une des Açores. Les derniers géographes, et surtout les Hollandais, l'ont placé au pic de Ténériffe ; d'autres, à l'île de Palme, qui est encore une des Canaries ; et enfin, les Français l'ont placé par ordre de Louis XIII à l'île de Fer, qui est aussi une des Canaries. Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Voir également sur ce site le Journal de l'abbé de Choisy du 14 mars 1685, et plus particulièrement la note 35. retour
5 - François-Michel le Tellier, marquis de Louvois (1641-1691), fils de Michel le Tellier, ministre de la guerre, continue l'oeuvre de son père et laisse à sa mort l'armée la plus puissante et la mieux organisée d'Europe. Sa carrière est fulgurante. Il est surintendant des postes en 1661, ministre d'État en 1672, chargé des affaires étrangères en 1679, puis surintendant des bâtiments, des arts et manufactures en 1683. Il dirige l'énorme chantier du château de Versailles, et est à l'origine des dragonnades qui persécutent les protestants après la révocation de l'Édit de Nantes en 1685. retour 6 - Louis-Auguste de Bourbon, (1670-1736), fils de Louis XIV et de la marquise de Montespan, fut légitimé et élevé au rang de duc du Maine en 1673. Il n'a donc que 15 ans au moment de l'ambassade française au Siam. retour 7 - Alexandre de Rhodes (1591-1660), missionnaire jésuite, à l'origine de la fondation des Missions-Étrangères. Voir sur ce site la page : les missionnaires retour 8 - Bénigne Vachet (1641-1720), missionnaire, qui avait accompagné les deux premiers ambassadeurs siamois, et subi leurs frasques. Voir sur ce site les mémoires de Bénigne Vachet. retour 9 - Parti de Siam le 21
décembre 1680, le Soleil d'Orient envoyait en France les
premiers ambassadeurs du roi Phra Naraï. Le navire fit naufrage
fin 1681 ou début 1682 au large de Madagascar. retour 10 - François d'Aix de la Chaise (1624-1709), rejoint les jésuites en 1649, et succède au père Ferrier en 1675 en tant que confesseur de Louis XIV, rôle qu'il exercera jusqu'à sa mort. Si son influence réelle sur le roi demeure du domaine de la conjecture, on peut penser qu'il n'est pas entièrement étranger à l'extrême dévotion dont fait preuve le souverain, ni à la décision de révocation de l'Édit de Nantes. retour 11 - Acquis par les jésuites en 1563 grâce à un legs de Guillaume du Prat, évêque de Clermont, le Collegium Societatis Jesu, autrement appelé Collège de Clermont ouvre ses portes la même année et connaît rapidement de grandes difficultés liées à la position des jésuites en France. Bénéficiant de la protection du roi à partir 1618, le collège va acquérir une grande réputation et un immense rayonnement, couronné par le patronage officiel de Louis XIV en 1682, date à laquelle l'école prend le nom qu'elle porte encore aujourd'hui : Collegium Ludovici Magni. retour 12 - Jean de Fontaney (ou Fontenay - 1643-1710) - Il enseigne l'astronomie au Collège de Clermont avant de s'embarquer avec l'ambassade du chevalier de Chaumont en qualité de supérieur des six jésuites mathématiciens. Ses activités de missionnaire le mèneront jusqu'en Chine où il guérit l'empereur Kang Xi d'une longue maladie. De retour en France, il occupe jusqu'à sa mort les fonctions de recteur du collège de la Flèche. retour 13 - C'est sur la butte Montmartre, à Paris, qu'Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, prononça ses voeux avec sept compagnons en 1534. retour 14 - Le père Tachard orthographie Péquin. Sur les activités des jésuites et des missionnaires en Chine, on lira sur ce site le Sermon sur la Vocation des Gentils de Fénelon et particulièrement la note 24 15 - Également appelé quart de cercle, le quart de nonante est un instrument de mathématique, qui est la quatrième partie d'un cercle divisé par degrés, minutes et secondes. On se sert du quart de cercle pour mesurer, et faire plusieurs autres observations de mathématique. Dictionnaire de l'Académie française - 1694. retour 16 - Les pinnules sont des petites plaques de cuivre élevées perpendiculairement à chaque extrémité d'une alidade, et percées d'un petit trou, servant à prendre des alignements. retour 17 - Ole Christensen Roemer (1644-1710) Astronome danois qui détermina la vitesse de la lumière par l'observation des satellites de Jupiter. Il localisa la position de plus d'un millier d'étoiles. retour 18 - Dans ses Mémoires, Bénigne Vachet ne cache pas son émerveillement sur la diversité et la magnificence des instruments dont étaient munis les six mathématiciens : En qualité de mathématiciens du roi, on leur assigna des pensions, et outre vingt mille livres que ce prince leur donna gratuitement, il voulut que ce fût à ses frais qu'on achetât tous les instruments qui leur étaient nécessaires, sans parler d'autres présents très considérables, comme des pendules, des montres, et un grand nombre d'autres curiosités, entre lesquelles il y avait deux pièces qu'on ne pouvait assez estimer. La première était une mappemonde de cuivre doré, de deux pieds et demi de diamètre, monté sur un beau pied d'argent. Le globe du ciel y était représenté avec tous les cercles de la sphère, le zodiaque et ses douze signes, les constellations bien distinctes, le firmament avec ses étoiles, les sept planètes et leurs tourbillons, et tout cela marqué par autant de pierreries de différentes couleurs et grosseur ; mais ce qui ravissait davantage, c'est que le tout était mouvant et qu'on le faisait marcher par des ressorts dont la concavité du globe était remplie ; de sorte qu'en donnant l'année, le mois, le jour et l'heure, tels qu'on voulait choisir, on voyait tous les mouvements des cieux dans la même situation qu'ils étaient à cette date ; en sorte que les éclipses du soleil, de la lune et des étoiles se faisaient avec toute la régularité que les meilleurs astronomes proposent, après les avoir exactement supputées. Cette petite merveille suffisait pour trouver entrée dans les palais des plus grands princes, et par conséquent, celui qui la gouvernait aurait toujours été nécessaire. La seconde pièce était un globe terrestre, qui avait les mêmes dimensions que la première. Entre toutes les parties du monde qui y étaient parfaitement représentées, on y voyait le flux et le reflux de la mer, et jusqu'à quel point elle montait dans l'endroit, au jour et à l'heure qu'on assignait. Il faut l'avoir vu pour le croire. Mémoires de Bénigne Vachet - Archives des Missions-Étrangères. retour 19 - Voir sur ce site la page consacrée à Alexandre de Chaumont. retour 20 - Les gardes-marine étaient
de jeunes gentilshommes choisis et entretenus par le roi dans
ses ports pour apprendre le service de la marine, et en faire des
officiers. 21 - N. majuscule avec un point s'emploie dans des actes, des récits, pour tenir la place du nom d'une personne qui est inconnue ou qu'on ne veut pas désigner, ou bien d'un nom que le lecteur devra remplacer. Littré. retour 22 - On emploie dans les dispositifs des édits du roi A ces causes et autres considérations à ce nous mouvant. Dictionnaire de l'Académie Française - 1694. retour 23 - La Maligne était une frégate légère de 250 tonneaux et de 30 canons. Elle était commandée par M. de Joyeux d'Oléron, lieutenant de vaisseau, et avait pour lieutenants MM. du Tertre et de Saint-Villiers. retour 24 - On trouve dans L'ambassade de Siam au XVIIe siècle, 1 vol. in-18 ; extrait du Moniteur Universel de Juillet, août et septembre 1861 une liste des présents envoyés par Louis XIV à Phra Naraï : Deux miroirs d'argent pesant ensemble quatre-vingt
quinze marcs, Bénigne Vachet, pour sa part, évoque six douzaines de chapeaux de castor, des sabres et des épées dont la garde était garnie de pierreries, et surtout une lunette de deux pieds, qui distinguait les objets de deux lieues de distance. Le document B2-52 intitulé Passeport pour les présents que le roi envoie au Siam, daté de Versailles le 23 janvier 1685 conservé aux Archives Nationales mentionne également 2 cravates, diverses pièces de rubans, gants et autres fournitures, ainsi que 2 caisses marquées N° A et B. La première contient 34 pots de verre de différentes formes, garnis de cuivre doré, et la seconde un petit cabinet de cristaux et de bois d'ébène, 1 bassin de cristaux garnis de cuivre doré avec de petites appliques d'or et 30 petites pièces de cristaux dont 13 pièces sont garnies de vermeil et le reste sans être garni. retour 25 - Ces différends avaient pour origine le monopole de l'évangélisation des Indes orientales et de la Chine que revendiquaient les Portugais. Dans son Journal du 13 novembre 1685, l'abbé de Choisy écrit à son ami Dangeau : Vous savez que les Portugais, suivant une concession du pape Alexandre VI, prétendent que les Indes, et même la Chine, sont de leur domaine et quils ont droit seuls dy envoyer des missionnaires : cest ce qui fait que depuis vingt-cinq ans ils sopposent aux vicaires apostoliques. Ils sont en cela fort mal fondés. La bulle ne leur accorde ces pouvoirs que dans les lieux où ils sont les maîtres, comme à Goa, à Macao. Or jamais ils nont été maîtres à Siam, au Tonkin, en Cochinchine, à la Chine. Comment donc peuvent-ils empêcher le pape denvoyer des missionnaires dans des pays abandonnés quils ne sont pas en état de secourir ? Ils ne laissent pas de le faire autant quils peuvent et larchevêque de Goa a ici un vicaire qui ne veut point connaître les vicaires apostoliques. Voir sur ce site la page : les missionnaires retour 26 - Le marquis de Saint Romain fut ambassadeur de France au Portugal entre 1665 et 1671, puis à nouveau entre 1683 et 1685. Il fut également ambassadeur en Suisse et y eut un jeune attaché d'ambassade qui n'était autre que Simon de La Loubère. retour 27 - Ferdinand Verbiest (1623-1688) missionnaire jésuite flamand. Il fut appelé en Chine par l'empereur K'ang-Xi qui le nomma président du Bureau des mathématiques. Sur les missionnaires en Chine, voir sur ce site la page Sermon sur la Vocation des Gentils, plus particulièrement la note 24 retour 28 - Voir sur ce site la page consacrée à l'abbé de Choisy. retour 29 - On retrouvera ce M. de Chamoreau occupant la fonction d'enseigne à bord du Gaillard, l'un des cinq vaisseaux partis de Brest le 1er mars 1687 pour transporter l'ambassade Céberet - La Loubère et le père Tachard pour son deuxième voyage au Siam. Ayant monté en grade, il commande Le Lion, l'un des six navires de l'escadre Duquesne-Guiton qui quitte Brest le 24 février 1690 et conduit pour la troisième fois le père Tachard dans les Indes orientales. retour 30 - En recoupant la Relation de Guy Tachard et le Journal de l'abbé de Choisy, on peut retrouver les noms des douze gentilshommes de la suite du chevalier de Chaumont. Sur l'Oiseau : Sur la Maligne : 31 - François-Louis de Rousselet, marquis de Chateau-Renault, (1637-1716) vainquit les Anglais à Bantry en 1689. Il devint maréchal de France. retour 32 - Hubert de Champy, seigneur Desclouzeaux (1629-1701) fut nommé intendant de Brest en décembre 1683. La ville lui doit de nombreuses réalisations, dont un hôpital, le refuge de la Magdeleine, le bassin Tourville, des manufactures, etc. Depuis 1966, une rue de Brest porte son nom. retour 33 - La lieue était
une distance assez imprécise, représentant environ
4 km. retour 34 - C'est un bâtiment fait à poupe carrée, dont l'origine vient du nord, et qui est fort en usage en Hollande. On croit qu'on l'a appelé ainsi de pinasse, pin, à cause que les premières pinasses ont été faites de pin. Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. retour 35 - Le père Tachard déployait sur l'Oiseau une infatigable activité. L'abbé de Choisy écrit dans son Journal du 24 avril 1685 : Il fait le catéchisme : il est toujours avec les matelots, les empêche de jurer, fait embrasser ceux qui font mal ensemble, propose des prix à ceux qui disent le mieux. L'abbé souligne toutefois que Guy Tachard avait un très net avantage sur les autres jésuites : il avait le pied marin, ayant déjà été aux Amériques, et ne souffrait pas du mal de mer. Quant à Benigne Vachet, il nous donne l'emploi du temps des missionnaires : Six jours après qu'on eût mis à la voile, qui fut le troisième de mars de 1685, lorsqu'on se fut un peu rétabli du mal de mer, qui ne laissa pas d'être violent à cause d'un vent furieux qui agitait le navire, les missionnaires ecclésiastiques dressent un plan de vie, qui devait servir de règle pour tout le voyage. L'on aurait bien voulu s'associer les révérends pères jésuites ; mais le père de Fontaney qui était leur supérieur, en fit un particulier pour eux. Les exercices commençaient à 5 heures du matin, qu'on se levait. Au quart, on faisait l'oraison en commun jusqu'à 6 heures. Ensuite, on récitait les petites heures après lesquelles on assistait à la messe. (...) Entre 9 et 11 heures, on faisait une conférence sur les cas de conscience, auxquelles assistaient généralement les abbés de Choisy et du Chayla. A 1 heure après midi, on lisait un chapitre du Nouveau Testament, on récitait le chapelet : ensuite, on disait none, vêpres et complies. (...) A cinq heures précises, on faisait une méditation sur un chapitre de l'Imitation de Jésus-Christ, puis, on récitait en commun matines et laudes, qui n'étaient finies qu'un peu avant le souper. Rarement expédition maritime dut être aussi édifiante. Trop, peut-être : On fait ici le service comme à Notre-Dame. On chante, on prêche et si l'on voulait croire tous nos ecclésiastiques, ils prêcheraient quatre fois par jour. Ils voudraient bien s'exercer, mais notre pauvre équipage n'en peut mais, et quand un matelot a chanté de toute sa force les litanies et la prière pour le roi, il est content et demande sa gamelle. Choisy - journal 23 avril 1685. retour 36 - Jean II, duc d'Estrées. Il commence sa carrière dans l'infanterie, s'illustrant notamment pendant la guerre de trente ans, puis sur les conseils de Colbert, il rejoint la marine en 1668. Vice amiral de l'armée du Ponant, on le retrouve dans les combats de la guerre de Hollande, puis à Cayenne qu'il reprend aux Hollandais en 1676. Il est nommé maréchal de France en 1681, puis vice-roi d'Amérique en 1686, gouverneur de Nantes en 1701. retour 37- L'abbé de
Choisy indique que Madère fut repérée le 10
mars : A une heure après midi on a vu Madère et
nous l'avons côtoyée toute l'après-dînée,
sans pourtant nous en approcher plus près que de dix lieues.
Et le 11 mars, l'île était toujours visible : Ce
matin nous avons encore vu Madère. Les terres en sont fort
hautes et toutes couvertes, à ce qu'on dit, de vignobles
et de fruitiers. retour 38 - A deux heures après midi on a vu trois bâtiments sur notre route. Aussitôt pavillon blanc, et arrive. C'était des Anglais, une frégate de vingt pièces de canon et deux flibots. Ils ont passé fièrement sans nous saluer, et nous avions pourtant meilleure mine qu'eux. Nos missionnaires n'étaient pas trop contents de leur peu de civilité : si ç'avait été des Hollandais ou des Espagnols, ils auraient chanté. Ils allaient d'un côté et nous de l'autre par le même vent : étrange propriété de la bouline. Journal de Choisy - 11 mars 1685 retour 39 - Sur le chemin du retour, dans son Journal du 2 avril 1686, l'abbé de Choisy s'interroge sur l'origine de ce nom : Grande question : létymologie de vents alizés. Lavis le plus suivi est quil faudrait dire vents élisés, comme qui dirait, vent electi, vent choisis, bons vents : parce quétant toujours les mêmes, on peut compter sur eux et que sans eux les longues navigations seraient impossibles. Ce nom viendrait en fait de l'ancien français alis, qui signifiait uni, régulier. retour 40 - Le 5 juin 1570, 39 jésuites portugais et espagnols quittèrent Lisbonne pour accompagner le père Ignacio de Azevedo, procureur de la Compagnie, pour un voyage vers le Brésil. Entre le 14 et le 15 juin, le vaisseau portugais fut attaqué près de l'île de Palme par le corsaire Jacques Sourie, de La Rochelle, vice-amiral de la reine de Navarre et acharné calviniste. Le capitaine portugais, ne croyant pas que son équipage serait suffisant en nombre pour résister à l'attaque, voulut armer les jésuites, mais Azevedo s'y opposa. Le navire portugais étant encerclé par les bateaux de Sourie, trois Français montèrent à son abordage, mais n'étant pas suivis par leurs compagnons, ils furent capturés par les Portugais, décapités et jetés à la mer. Sourie, rendu furieux par cette exécution, attaqua le navire avec une grande violence, et massacra une grande partie de l'équipage. Les pères jésuites étant considérés comme les responsables de la mort des trois marins français furent également massacrés et jetés à la mer. Ignacio de Azevedo fut déclaré bienheureux par Pie IX en 1854. retour
|