1 - Durant le voyage,
ils tâcheront de se concilier l'amitié des Siamois
par toutes sortes de bons offices, et commenceront à enseigner
aux jeunes gens la langue française ; mais surtout ils
leur feront lire souvent notre cathéchisme traduit en siamois.
2 - Étant arrivés en Angleterre,
ils écriront incessamment à Paris aux directeurs
du Séminaire des Missions-Etrangères, et leur enverront
une ample information au sujet de leur voyage. S'ils vont à
Londres, ils iront saluer M. l'ambassadeur pour recevoir ses ordres.
3 -Étant arrivés à
Paris, ils informeront les directeurs dudit Séminaire de
toutes choses, et leur diront que le roi de Siam se remet entièrement
à leur prudence pour tout, tant à l'égard
de sa personne, des envoyés, comme de leur négociation.
4 - Après avoir présenté
les lettres et les présents à MM. de Colbert et
de Croissy, ils suivront les ordres de ces ministres. Que si les
ambassadeurs du roi de Siam ne sont point arrivés en France,
il serait bon de solliciter que les deux envoyés fussent
présentés au roi, ce qui ne sera pas, comme je crois,
difficile à obtenir ; et à leur égard
il n'est pas nécessaire de faire de grandes dépenses.
5 - Pour les ouvrages que le roi de
Siam a ordonné de faire faire en France, les envoyés
diront à nos Messieurs que l'année passée
M. d'Héliopolis étant arrivé ici, présenta
au roi des ouvrages qui lui plurent beaucoup ; ensuite de
quoi le roi de Siam témoigna tant de bonté à
Monseigneur, que ce prélat lui fit offre de lui faire venir
de France tout ce qu'il pourrait souhaiter. Or, comme dans ce
pays-ci, les compliments tiennent lieu de promesses, c'est sur
cela que ce prince a pris dessein de faire faire des ouvrages
d'émail et autres, suivant les mémoires dont les
envoyés sont porteurs ; les plus difficiles à
mon avis sont des glaces, dont il veut faire comme une tapisserie
à une chambre.
6 - Quant à la machine que l'on
demande pour voir les éclipses, il serait à propos
qu'on y pût voir celle du soleil suivant la longitude et
la latitude de Siam, ou du moins avoir quelque règle assurée
pour les découvrir. Cette machine n'est pas universelle ;
il faut la faire construire suivant l'élévation
de Siam, et il est d'autant plus important qu'elle soit facile
à déchiffrer, que ce sera une grande conviction
contre la religion des Siamois, sur une chimère du ciel
et de la terre.
Pour les jeunes gens que le roi envoie
en France pour y apprendre des métiers, il faut tâcher
de les mettre chez des gens qui aient la crainte de Dieu, et les
empêchent de fréquenter les mauvaises compagnies.
On leur apprendra à être fontainiers, architectes,
orfèvres, etc.
Surtout, ils feront connaître
à la Cour les obligations que nous avons au roi de Siam
pour les grands services qu'il rend à nos missions. Il
nous a fait bâtir un séminaire ; on travaille
actuellement par son ordre à une grande église ;
il a procuré à M. d'Héliopolis le passage
à la Chine, avec ordre de lui fournir tout ce qui lui serait
nécessaire, et l'a adressé aux agents qu'il a dans
cet empire. Il a donné le gouvernement d'une province considérable
à un français catholique.
Enfin, ils ne sauraient assez exprimer
la haute idée que ce prince a conçue du roi, surtout
depuis qu'il a su ses conquêtes sur les Hollandais qui sont
si puissants dans les Indes ; et ce fut dans ce temps-là
qu'il prit le dessein de lui envoyer les ambassadeurs qui partirent
d'ici le 21 décembre 1680. Ayant appris la naissance de
Monseigneur le duc de Bourgogne, il en a témoigné
une joie toute particulière, et demande à Dieu que
la maison royale de France florisse en toutes sortes de prospérités.