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JOURNAL DU VOYAGE DE SIAM
Fait en 1685 et 1686 Par M.L.D.C.

Mars 1685
Avril 1685
Mai 1685
Juin 1685
Juillet 1685
Août 1685
Septembre 1685
Octobre 1685
Novembre 1685
Décembre 1685
Janvier 1686
Février 1686
Mars 1686
Avril 1686
Mai 1686
Juin 1686
Mémoire du 1er janvier 1686

Présentation

Un voyage initiatique…  

A bord de l’Oiseau, vaisseau des ambassadeurs, on joue aux échecs, on observe les étoiles, on étudie le portugais et le siamois, on résout des équations, jésuites et missionnaires prêchent et soulèvent des points de morale. Lorsqu’il en a le loisir, Timoléon de Choisy se retire dans sa cabine et, sur le ton de la confidence, il note au jour le jour pour son ami Louis de Courcillon, abbé de Dangeau, les incidents du voyage, ces mille petits évènements qui prennent tant de relief pour ceux qui sont perdus dans l'immensité des océans.

Heureusement qu’il est du voyage, Timoléon, et combien cette ambassade serait morne sans lui ! Parmi les officiers, les jésuites et les missionnaires, pétris, gonflés  de la gravité de leur mission, lui seul semble ne pas se prendre trop au sérieux, un rien l’amuse, il promène sur tout et sur tous un regard de dilettante,  - un regard un peu roublard de faux naïf, peut-être - mais qui paraît toujours neuf et toujours émerveillé.

Comme il se sent petit, Timoléon, entouré de tous ces doctes personnages, ces savants jésuites, ces vertueux missionnaires et ces officiers auréolés de gloire ! Lui n’est ni savant, ni riche, ni même vertueux, il traîne derrière lui les relents d’un passé sulfureux, il ne sait pas manier l’épée, il ne sait que manier la plume, et il avoue : « je ne suis rien, sur ce vaisseau, et l’on me traite comme si j’étais quelque chose ».

Timoléon aime par-dessus tout qu’on le regarde et qu’on l’admire, comme on l’admirait jadis lorsque, vêtu d’une robe et le teint rehaussé d’une mouche de velours noir, il s’appelait Madame de Sancy et défrayait la chronique du faubourg Saint-Marceau. Ce cabot se donne bien du mal  pour attirer l’attention, et cette grande coquette étudie avec complaisance jusqu’à ses intonations : « je parle à demi-bas ; modestie dans le ton de la voix aussi bien que dans les paroles. Cela fait un effet admirable » ; s’il jubile sur son éléphant ou dans une chaise portée par huit hommes, c’est surtout parce qu’il est persuadé d’être le point de mire de toute l’assistance : « Je ne me suis jamais trouvé à telle fête ! je croyais être devenu pape. »

Timoléon aime bien les effets, les miroirs, les regards, les compliments, et surtout, Timoléon aime bien Timoléon.

L’abbé de Choisy est un délicieux compagnon de voyage ; toujours souriant, il est au mieux avec tous. Jamais une critique ne perce sous sa plume, il distribue sans compter les compliments et les éloges, nul n’est plus expert dans l’art délicat de passer la pommade. Autour de lui, c’est la foire d’empoigne, jésuites et missionnaires s’exècrent, Forbin déteste Tachard, Tachard n’aime guère Chaumont, qui n’apprécie guère Phaulkon, qui ne peut souffrir Forbin. Seul Timoléon ne déteste personne, peut-être feint-il de ne pas voir les sourdes rivalités et les haines sordides qui s’installent entre les protagonistes de l’ambassade ; ou bien serait-ce que trop préoccupé de lui-même il n’accorde qu’une attention distraite à tout ce qui ne le concerne pas directement ?

Lorsqu’il s’embarque pour le Siam, Timoléon de Choisy a quarante ans. C’est un âge décisif pour beaucoup, et plus encore pour lui qui a fait un an auparavant l’intime expérience de la mort. A quarante ans, un homme n’est plus tout à fait jeune, mais cette jeunesse perdue est encore bien proche. A quarante ans, un homme n’est pas encore tout à fait vieux, mais il sait combien cette inéluctable vieillesse viendra vite. A quarante ans, on sait que le temps est compté et que, somme toute, la vie est bien courte. C’est un âge pour les bilans et les renoncements. Bien plus que l’Orient, bien plus que la conversion du roi Naraï, c’est Timoléon que Timoléon va chercher à six mille lieues de chez lui. Le voyage de l’abbé de Choisy est un voyage initiatique.

Le roi Naraï ne se convertit pas et l’abbé de Choisy ne demeure pas au Siam. On peut penser qu’il n’en est ni trop déçu ni trop affecté. Devenu prêtre, (il n’était jusqu’alors qu’un abbé de cour)  une nouvelle vie s’ouvre désormais à lui. A partir de février-mars 1686, sa relation de voyage perd quelque peu de son intérêt, les notes sont plus courtes, plus conventionnelles, le regard et la plume se font moins vifs. On a parfois l’impression qu’il rédige son journal comme un pensum. Nul doute que l’abbé a profondément changé. Guéri de ses vieux démons, du moins le pense-t-il, il laissera désormais les robes de madame des Barres et de madame de Sancy pliées au fond d’une malle, il évitera la porte du cercle de jeu. Ainsi renonçant à une part de lui-même, Timoléon est devenu un homme. N’était-ce pas pour lui doublement difficile ?

Ce texte reproduit le « Journal du Voyage de Siam » de l’abbé de Choisy publié par Sébastien Mabre-Cramoisy le 2 mai 1687. Les éditions Chalermnit à Bangkok en ont édité le fac-similé en 1985 à l’occasion du tricentenaire des relations franco-thaïlandaises. Je l’ai transcrit en français moderne et j’ai essayé  de l’éclairer au mieux par des notes et des  illustrations. Pour des raisons de commodité, ce journal est divisé en seize pages correspondant chacune à un mois.  

LE JOURNAL DU VOYAGE DE SIAM

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Page mise à jour le 5/1/02