De
la facilité pour les affaires, de la diligence pour les expédier,
de la fidélité dans le maniement des finances, et
un désintéressement qui lui faisait refuser jusqu'aux
appointements de sa charge. Tout lui passait par les mains :
cependant sa faveur ne l'avait pas changé ; il était
d'un accès facile pour tout le monde, doux, affable, toujours
prêt à écouter les pauvres et à leur
faire justice, mais sévère pour les grands et pour
les officiers qui négligeaient leur devoir. (relation
du père Tachard).
C'est sans doute une gageure que
de vouloir brosser en quelques lignes le portrait de Phaulkon, tant
le personnage est complexe, fascinant, ambigu, et tant les points
de vue et les jugements divergent. Dans la très abondante
littérature qu'il a suscitée, on le retrouve tantôt
sous les traits du martyr chrétien, tantôt sous ceux,
plus noirs, de l'aventurier sans scrupule ou du traître qui
sacrifie les intérêts du Siam aux siens propres ;
on évoque Machiavel, on pense à Shakespeare ;
Phaulkon est quelque part entre le sordide et le sublime.
Ses origines sont des plus obscures.
On sait qu'il a vu le jour dans l'île grecque de Céphalonie,
sous le nom de Constantin Géraki, ou Yeraki, qui signifie
« faucon » en grec. W.A.R. Wood dans son History
of Siam le fait naître en 1650 mais la plupart des historiens
avancent 1647, voire 1648. Dans son journal du 6 novembre,
l'abbé de Choisy note : Il est de Céphalonie,
de parents nobles et pauvres. Le père Tachard assure
qu'il est fils d'un noble vénitien, fils du gouverneur
de cette île, et d'une fille des plus anciennes familles du
pays. Certainement ne s'agit-il là que d'une légende
que le père Tachard avait forgée de toutes pièces
pour doter Phaulkon d'un passé décent et présentable.
Le chevalier de Forbin conteste formellement cette noblesse et affirme
que Monsieur Constance est fils d'un cabaretier d'un petit village
appelé la Custode, dans l'île de Céphalonie.
Quant à Phaulkon lui-même, il avoue tout ignorer
de ses origines et s'en soucier comme d'une guigne. Il quitte très
tôt la maison familiale, vers 10 ans, selon Wood, un peu plus
tard, selon le père Tachard : la mauvaise conduite
de ses parents ayant dérangé leur fortune, il sentit
dès l'âge de 12 ans qu'il n'avait rien d'heureux à
se promettre que de son industrie, et s'engage comme mousse
sur un navire anglais de l'East India Company. Cette période
de la vie de Phaulkon qui s'étend de son départ de
Grèce jusqu'aux années 1670 est mal connue ;
il aurait vécu à Londres, s'y serait converti au protestantisme,
et c'est là qu'il aurait anglicisé son nom en Falcon
(nom qui sera à nouveau hellénisé en Phaulkon).
Nous retrouvons sa trace aux côtés des frères
White, deux aventuriers douteux qui servent l'East India Company
pour mieux la gruger. A partir de 1670, il aurait entrepris plusieurs
voyages en Asie comme employé de la compagnie anglaise et
se serait fixé un temps à Java où il aurait
appris le malais et le siamois. Phaulkon, incontestablement, a le
don des langues. Outre sa langue natale, il parle l'anglais, le
portugais, le français, connaissances qui lui seront précieuses
dans l'avenir.
Trafics d'armes, trafics d'éléphants,
naufrages, c'est le lot des nombreux aventuriers, desinterlopes
qui sillonnent ces mers pleines de périls et infestées
de pirates ; peu s'enrichissent et la plupart meurent jeunes,
malades, noyés ou assassinés. Aptitudes exceptionnelles
ou ambitions démesurées, Phaulkon échappe au
sort commun. C'est avec les frères White qu'il arrive à
Ayutthaya sur le navire le Phoenix, commandé
par le capitaine Richard Burnaby. Là encore, la date de son
arrivée est l'objet de polémique. On peut penser qu'elle
se situe entre 1675 et 1680.
Phaulkon ne se contente pas de l'argent,
encore que le chevalier de Forbin évoque son avarice
insatiable. Il a soif de pouvoir. Présenté
au barcalon Kosathibodi sorte de premier ministre du roi
Naraï il éblouit le Phra Klang
par sa perspicacité, ses connaissances du monde du commerce
et ses projets ambitieux. Dans son journal du 6 novembre, l'abbé
de Choisy note : Enfin, après avoir fait commerce
à la Chine et au Japon, après avoir fait naufrage
deux ou trois fois, il s'attacha au barcalon de Siam, qui lui trouvant
de l'esprit et de la capacité pour les affaires, l'employa,
et le fit connaître au roi ; et depuis la mort du barcalon,
sans avoir aucune charge, il les fait toutes.
Le commerce au Siam à cette
époque est presque tout entier aux mains des Musulmans. De
leur côté, les Hollandais ont installé sur l'Asie
une très puissante compagnie. Le risque est donc réel
pour le roi Naraï qu'une alliance entre les Musulmans et les
Hollandais ne débouche sur une déstabilisation du
royaume, et pourquoi pas, sur la prise du pouvoir. Sans doute conscient
de cette menace, le roi croit la parer en jouant la carte anglaise.
Mais les Anglais n'ont nulle envie d'intervenir politiquement sur
la scène du Siam, et se contentent des quelques profits commerciaux
qu'ils en retirent. C'est Phaulkon qui, après avoir dénoncé
au roi les noirs projets des Musulmans : Il a découvert
les friponneries des Mahométans, qui étaient les maîtres
des affaires avant qu'il s'en mêlât (journal de
Choisy) lui suggère une solution : la France. Les missionnaires
français sont déjà présents depuis longtemps,
il ne s'agit que de convaincre le roi Louis XIV de l'intérêt
qu'il y aurait pour son pays à nouer d'étroites relations
avec le Siam. Ce sera le début des ambassades ; il s'agit
purement et simplement d'en mettre plein la vue des Français,
de leur jeter de la poudre aux yeux.
La
position de Phaulkon auprès du roi est assez inconfortable.
Il n'est pas ministre, pas barcalon, encore qu'à
la mort de Kosathibodi, il en ait de fait les pouvoirs,
il n'a aucune fonction officielle, comme le souligne l'abbé,
et il ne peut se prévaloir d'aucune légitimité,
mais il est partout présent. C'est le numéro un du
royaume, celui sans qui rien ne se décide et qui a la main
haute sur la politique, le commerce et la police. Il est, selon
le terme de George A. Sioris un Premier conseiller
aux pouvoirs exorbitants. Une telle situation ne pouvait
bien entendu perdurer sans créer de profonds mécontentements
parmi les mandarins, les ministres et les pairs du royaume. A quel
moment ce mécontentement commence t-il réellement
à se manifester, puis à se structurer ? Il est
vraisemblable que, dans les premiers temps, les personnages forts
de l'état sont déconcertés par la vitesse où
vont les évènements. Dans son journal du 13 octobre
1685, l'abbé de Choisy note : Ce matin le roi
de Siam a fait assembler tous ses grands mandarins, et leur a fait
dire par M. Constance, qu'ils ne devaient point s'étonner
s'il faisait des choses extraordinaires et inouïes pour honorer
l'ambassadeur de France ; qu'il connaissait parfaitement combien
le roi de France et par sa puissance et par son mérite personnel
était au-dessus des autres rois et qu'il ne croyait pas pouvoir
donner trop de marques de distinction à son ambassadeur.
Tous les mandarins ont mis ces royales paroles sur le sommet de
leur tête et s'en sont allés contents : car on
dit qu'il y en avait quelques-uns qui murmuraient et qui faisaient
difficulté d'aller au-devant de M. l'ambassadeur, alléguant
qu'on ne l'avait jamais fait aux ambassadeurs de l'empereur de la
Chine, ni à ceux du Moghol et du roi de Perse.
Phaulkon certes ne devait pas se montrer tendre envers ces mandarins
qui murmuraient. Il n'est pas interdit de penser qu'après
avoir joué la carte française pour contrer une éventuelle
menace hollandaise et musulmane, il n'ait continué à
la jouer plus que jamais pour défendre ses propres intérêts
contre l'opposition intérieure siamoise qui s'organisait
lentement.
Dans le courant du mois de mai 1682,
Phaulkon abjure le protestantisme et se convertit au catholicisme,
la religion de son enfance. Les causes de cette conversion font
l'objet de nombreuses hypothèses. Il est naturel que, cherchant
à séduire les Français au travers des jésuites,
il se débarrasse d'une mauvaise image d'hérétique,
peut-être les efforts des pères missionnaires Maldonado
et Thomas n'y sont pas étrangers, peut-être encore,
comme l'affirme le père de Bèze, une lettre de sa
mère le remet dans le "droit chemin", mais plus
certainement, son mariage avec la luso-japonaise Maria Guyomar de
Pinha, Marie Guyomar ou à la française, Marie
Guimard n'est possible qu'à la condition de cette conversion.
Les relations du couple paraissent avoir été assez
explosives. Ils auront deux fils ; l'aîné mourra
en janvier 1688, le cadet plus tard, à une date inconnue,
peut-être exécuté sur l'ordre de Petratcha,
mais qui laissera une nombreuse descendance. On retrouve un petit-fils
et une petite-fille de Phaulkon parmi les prisonniers capturés
par les Birmans lors de la prise d'Ayutthaya en 1767. Comme le note
Wood en 1924,il est plus que possible qu'il peut y avoir des
descendants de Phaulkon vivant encore au Siam aujourd'hui.
Cette thèse de l'exécution du fils
de Phaulkon est démentie par Alexandre Pocquet, professeur
et intendant au séminaire des Missions-Etrangères
d'Ayutthaya, qui écrit dans une lettre du 25 octobre 1694
adressée à M. de Brisacier :
J'ai lu dans une relation qu'on dit avoir
couru en France que le fils de M. Constance, qu'on nomme dans
cette relation le comte Saint-Georges, apparemment parce que
son nom de baptême est Georges, avait été
attaché à la tête d'un balon et noyé.
Je vous assure qu'il est mon écolier depuis sept ou
huit mois, que je viens de lui faire la leçon et à
ses autres petits camarades, et que voilà actuellement
un clerc tonkinois qui la leur fait répéter
à côté de moi, et m'interrompt fort bien.
Ce petit Georges a huit ou neuf ans, paraît faible de
corps et de santé ; mais il a un bon esprit et
de très bonnes inclinations pour sa âge ;
depuis le peu de temps qu'il est ici, il ne me parle déjà
qu'en latin, et m'entend dans la même langue, quoi que
je lui dise ; il ne sait pourtant encore rien de la grammaire,
si ce n'est un peu décliner. Sa mère l'aurait
mis bien plut tôt ici, si on ne l'en avait détournée ;
quoique nous nourrissions et enseignions ce pauvre enfant
par charité comme les autres, il n'y a rien qu'on ait
fait auprès de la mère et de l'enfant pour nous
le retirer ; mais la mère s'en est rapportée
à ses yeux, et l'enfant à son inclination. Croiriez-vous
qu'après tout cela, on a trouvé des personnes
qui ont accusé cette pauvre veuve désolée
de je ne sais quelle nouvelle conspiration avec les Français,
sur ce qu'elle avait mis son enfant avec nous. Elle fut arrêtée
quelque temps. Les Siamois qui permettent qu'un chacun vive
suivant sa religion, et qui ont coutume de mettre leurs enfants
chez les talapoins, ne lui firent pas grande peine sur ce
qu'elle avait mis le sien ici. Elle s'est tirée d'affaire,
et l'enfant, qui avait été cependant obligé
de s'absenter, revint vers le vingtième d'août
avec autant de joie qu'il avait versé de larmes lorsqu'il
fut obligé de s'en aller. (Archives des Missions-Étrangères,
vol. 864, p. 130)
L'ambassade du chevalier de Chaumont en 1685 repartira
surchargée de présents. On a reproché à
Phaulkon d'avoir pillé le trésor du Siam pour faire
triompher ses projets. Si le mémoire des présents
dressé par les ambassadeurs peut paraître aujourd'hui
dérisoire - deux canons, des tables, des paravents, des salières,
des automates, des boites, des coffres, des tapis, des services
de porcelaine selon le mot de Louvois, il y a en bien
pour quinze cents pistoles - il ne faut pas oublier que tout
cela constituait une véritable fortune dans un pays pauvre.
Il est certain que Monsieur Constance ne recule devant aucune largesse
pour éblouir les Français. Il entretient soigneusement
les doutes quant à une possible conversion de Phra Naraï
au catholicisme, n'hésitant pas à l'occasion à
déformer les propos du roi lorsqu'il les traduit aux ambassadeurs.
En outre, il leur offre d'occuper les places fortes de Bangkok et
de Mergui, les deux clés du royaume. A cet effet, la dernière
ambassade française de Ceberet et La Loubère en 1687
amènera au Siam, non seulement les ambassadeurs et les prêtres
de rigueur, mais également six cents soldats.
Il faut se mettre à la place
des Siamois de l'époque pour comprendre sans peine les causes
de la révolution de 1688. Leur pays est entre les mains des
Européens, leurs places fortes sont investies par les soldats
français, le chef de leur gouvernement est un Grec, une police
impitoyable poursuit également le peuple et la noblesse,
le roi lui-même est suspecté de sympathie catholique.
Quelle nation aujourd'hui accepterait sans protester de telles ingérences ?
L'opposition s'est structurée, le mécontentement a
grandi tant chez les mandarins que dans le peuple, il ne manque
que l'occasion, le détonateur qui mettra le feu aux poudres.
Cette occasion, ce sera la maladie du roi Naraï. Dès
lors que le monarque n'est plus en état de gouverner, la
vie de Phaulkon ne pèse pas lourd.
Petratcha prend le pouvoir et Phaulkon
est arrêté le 18 mai 1688. La garnison française
stationnée à Bangkok ne fait rien pour intervenir
et sauver celui qui avait pourtant été élevé
à la dignité de comte de France. (Il semble que l'abbé
de Lionne et M. Véret aient pesé lourd dans cette
trahison.) Nul ne sait quelles tortures il endure pendant deux semaines,
la tête de son « complice » Phra Pi
attachée à son cou, selon la coutume siamoise, jusqu'au
5 juin, jour où il est condamné à mort et décapité.
Dans son ouvrage Louis XIV et le Siam, Dirk Van der Cruysse note :
Ses amis français l'avaient supplié de s'enfuir,
et il en avait eu amplement le temps » ( ) Puisqu'on
ne peut lui nier ni lucidité, ni imagination, il faut bien
conclure que Phaulkon n'a pas voulu abandonner son roi, et qu'il
a accepté son destin, regardant la mort bien en face sans
sourciller. De son côté, Wood écrit :
Fidèle à son nom, il s'éleva haut, et l'on
doit admettre que ce fut un grand homme, avec peut-être de
nobles desseins. Il n'a jamais été prouvé qu'il
ait eu l'intention d'amener le Siam sous la domination française
même si, à terme, sa politique ne pouvait qu'avoir
un tel résultat.
Mais nous laisserons le dernier mot
au comte de Forbin, qu'on ne peut en aucun cas soupçonner
de complaisance envers Monsieur Constance : On a ignoré
le genre de mort qu'il (Petratcha) lui fit souffrir. Ceux qui étaient
à Siam pendant la révolution, assurent qu'il supporta
tous ces revers avec des sentiments très chrétiens
et un courage véritablement héroïque. Malgré
tout le mal qu'il m'a fait, j'avouerai de bonne foi que je n'ai
pas de peine à croire ce qu'on en a dit ; M. Constance
avait l'âme grande, noble, élevée ; il
avait un génie supérieur, et capable des plus grands
projets, qu'il savait conduire à leur fin avec beaucoup de
prudence et de sagacité. Heureux, si toutes ces grandes qualités
n'avaient pas été obscurcies par de grands défauts,
surtout par une ambition démesurée, par une avarice
insatiable, souvent même sordide, et par une jalousie qui,
prenant ombrage des moindres choses, le rendait dur, cruel, impitoyable,
de mauvaise foi, et capable de tout ce qu'il y a de plus odieux.
J'adresse ici mes plus vifs remerciements à
Gérard de Gouberville qui a réalisé cette copie
de la signature de Phaulkon.
Note sur C. Phaulkon
(archives des Missions-Etrangères - vol. 880 page
15 - sans nom d'auteur, de l'écriture de M. de Lionne.)
Un esprit qui veut dominer sur tout, hardi,
entreprenant, généreux à dépenser
pour paraître, fier emporté, inégal, sur
qui on ne peut faire aucun fond ; inventant mille choses
et les donnant comme véritables, avec mille circonstances
superbes ; vindicatif, vain, promettant tout et ne tenant
rien ; qui ne se soucie que de lui ; éclairé
pour connaître le faible des gens et les prendre par là ;
d'une humeur hautaine et insupportable à tout le monde,
et par là ne s'étant pas pu conserver un ami ;
à qui l'on ne peut rien confier de peur qu'il ne le déclare
étant en colère ; se choquant des moindres
choses, et dans sa colère disant les choses du monde
les plus dures ; d'un esprit chicaneur et pointilleux qui
se plaît à faire de la peine aux gens ; qui
a été souple quand il a été peu
de chose, mais qui présentement prend un air de hauteur
qui révolte tout le monde contre lui ; détesté
de toutes les nations qui sont en Siam et aux environs ;
qui a rompu avec tous par ses manières insupportables ;
qui n'a pas un ami et n'en peut avoir ; qui par le commerce
qu'il a avec les Français fait que les Siamois, qui le
croient uni aux Français, haïssent les Français
à cause de lui ; qui, ayant rompu avec toutes les
nations, ne se peut conserver auprès du roi de Siam que
par les Français, le roi de Siam croyant qu'il contribue
beaucoup à cela ; qui est détesté
de tout le peuple de Siam pour les impositions qu'il fait mettre
sur les habitants ; qui, si le roi venait à mourir,
serait déchiré en mille pièces par les
Siamois ; avec qui on ne gagnera jamais rien par amitié,
mais selon qu'il espérera ou craindra, si on lui remet
les choses ; qui fera échouer le voyage à
venir comme les autres et trouvera moyen de se conserver toute
l'autorité ; qui, s'il peut, ne manquera point de
faire revenir les Anglais et de les mettre en parallèle
avec les Français, pour dominer sur tous les deux ;
enfin vrai grec de nation et de naturel.
Le portrait qu'on envoie de M. Constance pourra beaucoup
servir à établir cette proposition :
En passant par le canal de M. Constance, on se met hors d'état
de savoir jamais les véritables sentiments et dispositions
du roi, car il est bon de savoir que :
M. Constance fait un des principaux points de sa politique
d'empêcher qu'aucun Européen puisse parler au
roi immédiatement.
Se servant de M. Constance, les Siamois croient qu'on est
fort uni avec lui, et qu'on approuve tout ce qu'il fait, ce
qui produit une grande aversion des Siamois pour les Français,
les Siamois haïssant à mort M. Constance.
Le roi de Siam ne trouvera point mauvais que les Français
soient indépendants de tout, je dis même de lui,
dans les postes qu'il leur donnera, ainsi que les Anglais
sont à Madras ; et le roi ne l'a jamais entendu
que comme cela, quand il a songé à donner une
place aux Français dans ses Etats. Tant qu'on écrira
par M. Constance, non seulement il prétendra qu'on
soit soumis au roi de Siam, mais encore à lui, comme
il peut paraître par les patentes qu'il a données
aux officiers français qui sont à Bangkok, et
par la manière dont il en use avec le général
qu'il retient toujours auprès de lui, et avec les autres
officiers qu'il fait appeler quand il veut.
M. Constance est connu pour vouloir tout gouverner et dominer
à sa volonté.
Pour en savoir davantage :
LETTRE DE MONSIEUR CONSTANCE A UN RÉVÉREND
PÈRE DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS (3 octobre 1687).