Le
rôle de l'abbé de Lionne dans les relations franco-siamoises
s'inscrit au cur de la querelle entre missionnaires et jésuites.
Fils du secrétaire d'état Hugues de Lionne, Artus de Lionne
naît à Rome en 1655. Il abandonne une carrière militaire
pour rejoindre les Missions Etrangères de Monseigneur Pallu.
En 1681, il s'embarque pour le Siam, puis s'installe à
Ayutthaya où il apprend le siamois. Grâce à ses
connaissances de cette langue, c'est lui qui est particulièrement
désigné - contre son gré, selon l'abbé
de Choisy - pour accompagner les trois ambassadeurs du roi Naraï
qui quitteront le royaume de Siam en 1686 : « Dieu veuille
que M. l'abbé de Lionne soit du voyage ; ce serait une grande
consolation pour moi. Il m'apprendra bien des choses que je ne sais
point, et je n'aurai pas de peine à me soumettre à sa
direction : il a tout l'esprit qu'il avait en France avec une humilité
angélique. M. l'ambassadeur, M. l'évêque, les Français,
les Siamois, tous voient clairement qu'il est à propos qu'il
fasse le voyage : lui seul s'y oppose. Il a peur peut-être
que dans sa patrie sa grande barbe ne lui attire des respects qu'il
méprise beaucoup et ne veut pas voir que Dieu en tirera sa gloire.
S'il persiste à être opiniâtre, nous lui ferons commander
par le roi d'accompagner ses ambassadeurs. Il sait leur langue et fera
une interprète illustre. M. le grand prieur et Poligomolin ne
seront pas fâchés de le voir. » (Journal
de Choisy 20 novembre)
Entre les deux ambassades, l'abbé
de Lionne est le traducteur de Kosapan en France. Très critique
à l'égard de Phaulkon et du père Tachard, il ne
joue pas, à ce moment, un rôle important dans les affaires
diplomatiques. C'est pendant ce séjour en France qu'il est nommé
par le pape coadjuteur de Monseigneur Laneau, évêque de
Rosalie (Mgr Laneau succédait comme évêque de Métellopolis
à Mgr Ignace de Cotolendi, mort en 1662). Il participe à
la nouvelle ambassade La Loubère Céberet de 1687,
et revient au Siam. Les querelles entre missionnaires et jésuites
sont alors plus vives que jamais et il aura à subir les perpétuels
actes de malveillance du père Tachard. Il se trouve encore au
Siam lors de la révolution de 1688. Il aurait notamment dissuadé
Desfarges, le commandant français de la garnison de Bangkok,
d'aller secourir Phaulkon à Lopburi. Il quitte le Siam en novembre
1688 avec ce qui reste de la garnison française, débarque
à Pondichéry d'où il essaye de gagner la Chine.
On retrouve l'abbé de Lionne en
Chine en 1689, il est sacré évêque en 1700. Toujours
en querelle avec les jésuites, il retourne en Europe en 1702.
Il termine sa vie en 1713 au séminaire des Missions étrangères
à Paris.