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Lettre de Phra Naraï à Louis XIV
Cette lettre, datée de 1680, a été traduite sur place par Mgr Laneau, évêque de Métellopolis, qui en a conservé le texte. Sans cette précaution, ce texte eût été bel et bien perdu, puisque le navire « le Soleil d'Orient » qui transportait l'ambassade chargée de remettre cette lettre à Louis XIV (il y en avait également une autre destinée au Pape), fit naufrage fin 1681 ou début 1682 au large de Madagascar, et n'atteignit jamais l'Europe.André Deslandes-Bourreau, qui était représentant de la Compagnie Française des Indes Orientales au Siam a rédigé un rapport sur la préparation de l'ambassade siamoise : « Le roi conclut par les lettres qu'il devait écrire au Pape et au roi, dans lesquelles ont voit encore le style dont usaient anciennement les rois de l'Orient ; elles furent remises à M. l'évêque pour en faire la version ; elles sont élégantes dans leur langue de Siam et mêlées de beaucoup de paroles de leur latin (pali), la traduction en a été faite le plus exactement possible, mot à mot, sans y ajouter ni diminuer. La version faite, on fit coucher l'original en siamois sur une feuille d'or de l'épaisseur d'un sequin, longue d'un pied et plus, et large de huit pouces environ avec son étui d'or. La lettre pour le Pape est aussi sur une plaque d'or ; mais pour ce qui est de l'étui, quand l'or fut battu pour le faire, il survint une difficulté, à savoir que le Pape étant prêtre et adonné entièrement au service de Dieu, peut-être se formaliserait-il si on lui envoyait un étui d'or, pensant qu'on le tenait pour un homme qui aime l'or et les richesses, lesquelles selon sa condition ils croient qu'il méprise. Sur cette pensée, il consultèrent M. l'évêque et le missionnaire, qui connaissant déjà leur scrupule, après leur avoir dit plusieurs choses sur le pouvoir spirituel et temporel du Pape, les laissèrent dans la liberté de choisir, ou de l'or, ou du bois de calamba qui est aussi cher que l'or, ou du santal ; n'ayant trouvé aucun calamba assez gros pour faire l'étui, ils le firent de santal. »
(Archives des Missions-Etrangères vol.858 - page 465)
« Lettre de la royale et insigne ambassade du grand roi du royaume de Juthia, qu'il envoie à vous, ô très grand roi et très puissant seigneur des royaumes de France et de Navarre, qui avez des dignités suréminentes, dont l'éclat et la splendeur brillent comme le soleil ; vous qui gardez une loi très excellente et très parfaite, et c'est aussi par cette raison que, comme vous gardez et soutenez la loi et la justice, vous avez remporté des victoires sur tous vos ennemis, et que le bruit et la renommée de vos victoires se répandent par toutes les nations de l'univers. Or, touchant les lettres de la royale ambassade pleine de majesté que vous, ô très grand roi, vous avez envoyée par Dom François, évêque, jusque dans ce royaume, et après avoir compris le contenu de votre illustre et élégante ambassade, notre coeur royal a été rempli et comblé d'une très grande joie, et j'ai eu soin de chercher les moyens d'établir une forte et ferme amitié à l'avenir ; et lorsque j'ai vu le général de Surate envoyer ici, sous votre bon plaisir, un vaisseau pour prendre notre ambassade et nos ambassadeurs, pour lors mon coeur s'est trouvé dans l'accomplissement de ses souhaits et de ses désirs, et nous avons envoyé tels et tels, pour être les porteurs de notre lettre d'ambassade, et des présents que nous envoyons à vous, ô très grand roi, afin qu'entre nous il y ait une véritable intelligence, une parfaite union et amitié, et que cette amitié puisse être ferme et inviolable dans le temps à venir ; que si, ô très grand et puissant roi, vous désirez quelque chose de notre royaume, je vous prie de le faire déclarer à nos ambassadeurs. Lorsque les mêmes ambassadeurs auront achevé, je vous prie de leur donner permission de s'en revenir, afin que je puisse apprendre les bonnes nouvelles de vos félicités, ô très grand et puissant roi. De plus, je vous supplie, ô très grand et puissant roi, de nous envoyer des ambassadeurs, et que nos ambassades puissent aller et venir sans manquer, vous priant que notre amitié soit ferme et inviolable pour toujours ; et je conjure la toute-puissance de Dieu de vous conserver en toutes sortes de prospérités, et qu'il les augmente de jour en jour, afin que vous puissiez gouverner vos royaumes de France et de Navarre avec toute tranquillité ; et je le supplie qu'il vous agrandisse par des victoires sur tous vos ennemis, et qu'il vous accorde une longue vie, pleine de prospérité. »1680
(Dom François désignait Mgr Pallu, évêque d'Héliopolis)
Lettre de Louis XIV à Phra Naraï
Cette lettre (signée du 31 janvier 1670) et la suivante du pape Clément IX furent présentées au roi Phra Naraï par Mgr Pallu, evêque d'Héliopolis, Mgr Lambert de la Motte, evêque de Bérythe, et Mgr Laneau, évêque de Métellopolis lors d'une audience solennelle le 18 octobre 1673. Elles sont reproduites dans "l'Histoire de la mission du Siam", extrait du "Royaume Thaï ou Siam" de Mgr Pallegoix - Paris 1854.
Très-haut, très-excellent, très puissant prince, notre très-cher et bon ami, ayant appris le favorable accueil que vous avez fait à ceux de nos sujets qui, par un zèle ardent pour notre sainte religion, se sont résolus de porter la lumière de la foi et de l'Evangile dans l'étendue de vos Etats, nous avons pris plaisir de profiter du retour de l'évêque d'Héliopolis pour vous en témoigner notre reconnaissance, et vous en marquer, en même temps, que nous nous sentons obligés du don que vous lui avez fait, et au sieur évêque de Bérythe, non seulement d'un champ pour leur habitation, mais encore de matériaux pour construire leur église et leur maison ; et comme ils pourront avoir de fréquentes occasions de recourir à votre justice dans l'exécution d'un dessein si pieux et si salutaire, nous avons cru que vous auriez agréable que nous vous demandassions, pour eux et pour tous les autres sujets, toutes sortes de bons traitements, vous assurant que les grâces que vous leur accorderez nous serons fort chères, et que nous embrasserons avec joie les occasions de vous en marquer notre gratitude ; priant Dieu, très-haut, très-excellent, très-puissant prince, notre très cher et bon ami, qu'il veuille augmenter votre grandeur avec fin heureuse.
Votre très-cher et bon ami
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et plus bas : Colbert
Lettre du Pape Clément IX à Phra Naraï
Au sérénissime roi de Siam, le pape Clément IX.
Sérénissime roi, salut et lumière de la grâce divine. Nous avons appris avec plaisir que votre royaume, toujours comblé de richesse et de gloire, ne fut jamais aussi florissant qu'il l'est sous le règne de Votre Majesté. Ce qui touche encore plus sensiblement notre coeur, c'est la clémence, la justice et les autres vertus royales qui vous portent non seulement à traiter avec votre équité générale, mais encore à favoriser avec une bonté singulière les prédicateurs évangéliques qui pratiquent et qui enseignent à vos sujets les lois de la véritable religion et de la solide piété. La renommée a publié dans toute l'Europe la grandeur de votre puissance et de vos forces, l'élévation de votre génie, la sagesse de votre gouvernement et mille autres qualités éclatantes de votre auguste personne.Mais nul n'a publié plus hautement vos louanges en cette ville que l'évêque d'Héliopolis. C'est de sa bouche que nous avons appris que Votre Majesté a donné à notre vénérable frère l'évêque de Bérythe un terrain et des matériaux pour bâtir une maison et une église, et que votre libéralité a ajouté à ce bienfait d'autres grâces signalées que nos missionnaires qui travaillent depuis si longtemps dans vos Etats n'avaient jamais obtenues. Monseigneur d'Héliopolis, plein de reconnaissance et brûlant d'un saint zèle pour le salut des âmes, nous demande de retourner dans votre royaume. Nous lui accordons volontiers cette permission, et nous vous conjurons de protéger et de mettre ces deux vénérables évêques à couvert de la haine des méchants et des insultes de leurs ennemis, par votre justice et par votre clémence.
Ce prélat vous offrira de notre part quelques présents. Ils ne sont pas d'un grand prix ; mais je vous prie de les recevoir comme des gages de la parfaite bienveillance et de la grande estime que j'ai conçues pour vous. Il vous dira que nous prions jour et nuit le Dieu tout-puissant, et que, dans ce moment même, nous lui adressons nos prières, dans toute l'effusion de notre coeur, pour obtenir de sa bonté et de sa miséricorde, qu'il répande sur vous la lumière de la vérité, et que, par ce moyen, après vous avoir fait régner longtemps sur la terre, il vous fasse régner éternellement dans le ciel.
Donné à Rome, le 24 août 1669, etc.
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Page mise à jour le 30/8/02