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La révolution de Siam

Une lettre de Kosa Pan sur
la révolution siamoise de 1688.

Présentation :

Kosa Pan avait fait grande impression en France lors de son ambassade en 1686. Son esprit et ses bonnes manières, largement salués par Donneau de Visé dans un numéro spécial du Mercure Galant, avaient presque réussi à faire oublier la mufflerie des deux précédents envoyés venus en 1684 avec Bénigne Vachet. Lorsqu'il se rallia à Phetratcha lors du coup d'État de 1688, les Français en furent d'autant plus choqués et scandalisés.

La lettre que nous donnons ici fait partie d'une série de trois lettres identiques - mises à part les premières et les dernières lignes - conservées aux Archives des Missions Étrangères à Paris et adressées à M. de Brisacier, supérieur et directeur du séminaire des Missions Étrangères, au père de La Chaise, confesseur de Louis XIV, et à François Martin, directeur du comptoir de Pondichéry. Elle se trouve reproduite dans Launay, 1920, I : 283-288.

L'intérêt de ce document n'est pas d'apporter des éléments nouveaux à ce qui a déjà été rapporté dans les relations françaises, mais de donner une vision des évènements tels qu'ils ont été perçus du côté siamois. L'exécution de Phaulkon n'est pas évoquée, et la fuite de son épouse à Bangkok ne donne pas même lieu à une ligne. En revanche, reviennent comme des leit-motiv les 45.000 livres prêtées aux Français, et leur mauvaise foi (bien réelle) dans l'exécution du traité de capitulation. Et par-dessus tout, cette royale amitié, bien mise à mal et à laquelle plus personne ne croit, sauf peut-être le père Tachard, mais que Kosa Pan s'efforce de toujours mettre en avant, avec une diplomatie et une politesse tout asiatique.

Le barcalon à M. de Brisacier
(Archives des M.E. vol. 863 page 81)

27 décembre 1693

La lettre que le père Brisacier (1) m'a écrite, le Père Ferreux (2) et François Pinheiro (3) me l'ont expliquée, et m'ont fait connaître tout ce qu'elle contenait, dont j'ai eu bien de la joie (4).

Vous marquez dans cette lettre que vous avez appris les nouvelles des révolutions de Siam, savoir que Mgr de Métellopolis (5) et tous les pères avaient souffert, et qu'on leur avait pris tout ce qu'ils avaient, quoiqu'ils fussent fort innocents, et qu'ils eussent toujours pris les intérêts des Siamois, et les eussent aidés en tout ce qu'ils pouvaient partout ; qu'enfin, après la sortie des troupes françaises du royaume de Siam, ils avaient été affrontés extrêmement (6); que vous croyez que cela ne s'est point fait par aucun ordre du roi, mais seulement des mandarins ; et que, lorsque j'étais en France, je vous avais promis qu'étant de retour à Siam, je protégeais Monseigneur et ses pères ; que sur cette promesse, vous espériez que j'intercéderais auprès du roi mon maître pour leur faire rendre tout ce qui leur a été pris.

Je vous avouerai que j'ai été extrêmement surpris de voir que votre manière de parler ne s'accordait point avec la haute et sage prudence et avec le jugement sublime du grand roi de France, qui n'ayant encore été informé que d'un seul parti n'a pas voulu le croire, ni y ajouter foi ; et nonobstant ce qu'il en avait appris, ce grand roi eut toutes sortes de bontés pour les deux mandarins qui étaient en France alors (7), et même les voulut bien renvoyer à Siam, pour par là faire en sorte que l'amitié royale des deux rois fût en son comble de perfection pour toujours. Le grand roi de Siam, ayant eu nouvelle de cela, a loué publiquement la grande sagesse et étendue de jugement de ce grand prince, d'avoir d'abord connu le bien et le mal, et de n'avoir pas voulu ajouter foi à ce qui lui était rapporté par un seul parti ; et il a dit qu'il n'y avait plus lieu de s'étonner s'il gouvernait si bien son peuple. Le jugement que le P. Brisacier a porté de ces révolutions me paraît extraordinaire : puis ce père écoute un seul parti, et croit que les Siamois ont fait beaucoup de vexations à Mgr de Métellopolis et à ses missionnaires, ce qui est, comme j'ai dit, contraire au jugement qu'en a fait le grand roi de France, et ce qui ne convient point à l'amitié royale.

Quant à la promesse que je vous ai faite que je ferais en sorte que tout allât bien, je vous dirai qu'en cette considération je n'ai pas donné connaissance au grand roi de Siam de ce qu'il y avait dans votre lettre qui ne convenait pas à la royale amitié, avant que le grand roi de France fût informé au vrai de toutes ces révolutions. Or, comme je sais que vous êtes un homme sage, et qui avez de l'esprit, j'ai jugé à propos de vous mettre ici une copie de la lettre que j'écrivais l'année passée au Père Tachard (8), où je racontais toutes les révolutions en abrégé ; voici cet éclaircissement :

Vous savez que le grand roi de Siam défunt favorisait beaucoup M. Constance, qu'il l'avait fait grand mandarin, et chargé de plusieurs affaires de son royaume pour les régler conjointement avec les autres mandarins. M. Constance tira de grandes sommes d'or et d'argent des magasins du roi, dont il disposait comme il voulait, et qui ont été perdues ; il avait même de mauvais desseins. Les mandarins qui le surent n'osèrent pas le dire, ne trouvant pas l'occasion favorable ; mais leur application fut d'empêcher qu'il ne vînt à bout de ses mauvais desseins. M. Constance s'apercevant qu'on le suspectait, s'avisa de demander au grand roi de Siam d'envoyer M. de Beauregard (9), gouverneur de Mergui, et M. du Bruant, avec cent vingt soldats français pour aider à garder la forteresse de cette ville (10). Enfin, le grand roi de Siam étant tombé malade, M. Constance, conscient des maux qu'il avait faits commença à avoir grand peur ; il voulut tenter d'appeler M. Desfarges avec ses troupes, en secret, tant pour sa défense que pour exécuter les mauvais desseins qu'il avait dans l'esprit (11). Le général, étant monté jusqu'à la ville de Siam, redescendit à Bangkok, sans qu'on en ait su la raison (12). On avait accusé M. Constance de s'être concerté avec M. de Verdesalle (13), MM. Du Bruant et de Beauregard ; M. Constance, ayant vu qu'il ne pourrait pas exécuter ses mauvais desseins, s'avisa d'envoyer les deux derniers à Mergui comme on a dit ci-dessus, l'un pour gouverneur de la place, et l'autre pour gouverneur de la forteresse ; et le grand roi qui est présentement sur le trône, l'ayant appris, fit arrêter et examiner M. Constance, et trouva que ses réponses s'accordaient avec les accusations. Pour lors, on s'avisa de faire venir par adresse le général à Louvo, lequel n'ayant point su que M. Constance avait été arrêté, ne manqua pas de venir (14); on lui donna connaissance des choses comme elles étaient et cela dans le dessein d'empêcher les Français de faire du bruit, craignant que MM. Du Bruant et Beauregard qui étaient du complot avec M. Constance ne prissent l'alarme, et ne fissent quelque chose qui pût altérer la royale amitié. On feignit près de M. le général d'avoir reçu des nouvelles des provinces du Nord, que les ennemis menaçaient d'une guerre, et on lui dit qu'il fallait que M. Du Bruant avec ses Français vinssent se réunir, dans un endroit qu'on lui marquait, aux troupes siamoises qu'on envoyait pour s'opposer aux ennemis, et ainsi exécuter les ordres du grand roi de France qui les avait envoyés ici pour le service du roi de Siam. On fit donc écrire M. le général à M. du Bruant pour qu'il eût à exécuter ce plan, aussitôt qu'il aurait reçu la lettre (15). S'ils avaient été innocents de ce dont on les accusait, ils n'auraient pas manqué d'accomplir les ordres du grand roi de France, et on leur aurait dit de ne rien faire qui pût rompre la royale amitié. M. le général ayant reçu sa lettre, bien loin d'obéir à M. Desfarges, se prépara à se battre. Les mandarins siamois voyant une chose si extraordinaire se mirent sur la défense. Les Français tirèrent pendant une nuit entière du canon et de la mousqueterie sur la ville, tuèrent quatre mandarins et blessèrent plusieurs autres personnes ; les Siamois ne se défendirent pas comme ils auraient pu, appréhendant d'aller contre les défenses qu'ils en avaient reçues ; ils ne faisaient que se mettre à couvert contre les Français pour n'altérer en rien la royale amitié. MM. Du Bruant et Beauregard, voyant que les Siamois s'étaient mis à couvert des Français, et qu'il leur était impossible de les atteindre, s'embarquèrent dans un bâtiment du roi armé de 16 pièces de canons et de 50 mousquets, qui était au port, se saisirent aussi d'un autre bâtiment anglais qui était là et s'enfuirent (16).

On raconta à M. Desfarges comment on avait accusé M. de Verdesalle, et le major qui étaient à Bangkok (17) d'avoir comploté avec M. Constance pour faire ce qui ne convenait pas ; on lui dit de les appeler à Louvo pour leur ordonner de ne rien faire qui ne fût convenable, afin de ne point rompre la royale amitié. M. Desfarges répondit que ces deux Messieurs étaient des gens obstinés dans leurs sentiments ; que de les appeler était inutile, car il appréhendait qu'on y perdit sa peine. Il demanda à aller lui-même les trouver offrant de laisser ses deux fils pour gages avec les autres officiers qui étaient à Louvo. M. le général partit (18). On ne sait quelle résolution il prit avec les autres officiers ; mais aussitôt les soldats français arrêtèrent les soldats siamois et portugais, tirèrent le canon, mirent le feu à une allée qui était près de la forteresse où résidait le général, firent éclater 13 pièces de canons de la forteresse du soleil couchant et enclouèrent celles qu'ils n'avaient pu faire éclater ; ils prirent les armes et la poudre emmagasinées dans cette forteresse, et passèrent de l'autre côté (19). Les Siamois entrèrent aussitôt dans la partie abandonnée. Voyant cela, le général ordonna aux soldats français de la reprendre ; mais après s'être battus quelque temps, ces derniers furent obligés de se retirer à leur forteresse, du côté du levant, où ils firent bien du mal (20). Le grand roi de Siam jugea que le grand roi de France ne savait pas ce que le général et ses troupes faisaient ; que si les Siamois voulaient se battre comme ils le pouvaient, on romprait la royale amitié ; c'est pourquoi il prescrivit seulement aux mandarins d'élever des fortins autour de leur forteresse, de les bien garder, et par terre et par rivière, et d'empêcher les Français de sortir pour qu'ils ne fissent plus de mal à aucun Siamois.

De plus, les fils de M. le général et les autres officiers qu'il avait laissés à Louvo pour gage de sa parole, étant allés se promener à cheval comme ils faisaient quand ils le désiraient, s'enfuirent et voulurent se rendre à Siam, et ne sachant pas que c'était les enfants de M. le général, ni des officiers français, mais croyant voir là quelques Anglais et gens de la faction de M. Constance, les poursuivirent, se saisirent de plusieurs d'entre eux qui s'étaient déjà embarqués sur la rivière et de plusieurs qui étaient encore à terre ; les ayant attachés, elles les ramenèrent à Louvo. Aussitôt que les mandarins eurent connus que ce n'étaient pas des gens de la faction de M. Constance, mais les enfants de M. le général avec les officiers français, ils les firent détacher, et leur donnèrent des hommes qui eussent soin de les traiter et nourrir, comme auparavant, dans leur maison. Il est vrai que l'ingénieur, se voyant poursuivi et pressé par les sentinelles, donna plus de peine à prendre que les autres ; mais après avoir bien couru de côté et d'autre, étant extrêmement fatigué, il s'arrêta pour se reposer ; aussi il tomba comme évanoui ; on fit ce qu'on put pour le soulager, mais les remèdes qu'on lui donna furent inutiles : il mourut (21).

Le grand roi de Siam, ne pensant qu'à continuer la royale amitié du grand roi de France, voulut bien renvoyer à M. le général ses fils avec ses officiers laissés par lui-même pour gage de son retour à Louvo (22); il croyait par là faire rentrer le général et les autres Français en eux-mêmes, et les obliger à ne pas agir contre la royale amitié ; mais tout fut inutile. Ils firent des gabions (23) qu'ils placèrent sur les remparts, et qu'ils remplirent de terre ; ils firent dans la forteresse même un autre retranchement avec de gros cocotiers, qui formèrent comme une seconde forteresse, et ils y mirent des canons ; ils élevèrent deux batteries l'une sur l'autre, et tirèrent avec vigueur jusqu'à même abattre le pavillon et le magasin à poudre. Après cela, quelques soldats français descendirent dans le bateau de M. Véret, chef de la Compagnie, se rendirent en rade et allèrent cherche les deux bâtiments que M. Constance avait envoyés dehors il y avait quelque mois, pour, avait-il prétendu, surveiller les côtes (24). Les Siamois qui gardaient la rivière, ayant vu ce petit bâtiment, appelèrent les Français pour connaître leurs intentions ; au lieu d'aller vers eux, les Français les canonnèrent. Alors les Siamois s'avancèrent en grand nombre, montèrent dans le bateau pour les arrêter : mais les Français mirent le feu aux poudres et firent sauter le bâtiment (25). Les Siamois de leur côté élevèrent, dans la forteresse du couchant un cavalier pour tirer le canon et pour envoyer des bombes dans la forteresse des Français ; mais appréhendant de blesser les Siamois et de faire ce qui n'était pas convenable à la royale amitié, ils ne s'en servirent que pour répondre aux Français. De plus, les Français ayant fait prisonniers quelques Siamois qui s'étaient approchés de leur forteresse, ils les empalèrent et les exposèrent à la vue de la forteresse des Siamois (26); ce qui mécontenta tellement les mandarins siamois et d'autres étrangers, qu'ils demandèrent au roi de leur laisser élever des forteresses en terre, pour serrer de près les Français et les prendre. Le grand roi de Siam, en considération de la royale amitié du grand roi de France, ne voulut pas le leur permettre ; il ordonna seulement que les fortins serviraient à empêcher les Français de sortir de leur forteresse.

Les Français, voyant ces préparatifs contre eux, comprirent qu'ils n'auraient bientôt plus de vivres et mourraient de faim ; alors M. le général envoya M. Véret, chef de la Compagnie, à Louvo, et le chargea d'une lettre pour moi, par laquelle il demandait à emprunter un grand navire, et 300 catis d'argent, qui font quarante-cinq mille francs, pour acheter deux autres petits bâtiments et des vivres. J'en fis la demande au roi, lui représentant que les retenir plus longtemps serait les condamner à mourir de faim, mais à condition que le général fit un acte d'accommodement, et touchât des répondants pour les emprunts qu'il demandait. M. Desfarges fit l'acte (27); Mgr de Métellopolis, tous ses missionnaires et tous les Français qui restaient furent les répondants de ce traité, aussi bien que des emprunts. Le papier de répondance porte aussi que M. Desfarges, étant arrivé à Pondichéry avec ses troupes, renverrait à Mergui un bâtiment qui était parti du dit lieu pour Masulipatam, monté par des Français et des Siamois ; un autre sorti de Siam, commandé aussi par un Français, et qui était allé à Banderabassi en Perse, et enfin celui que M. Du Bruant avait pris en s'en allant, avec tous ses canons, ses armes, ses agrès et les matelots ; pour le grand navire qu'il empruntait d'ici, qu'il le renverrait à Siam (28): et que pour les quarante-cinq mille livres il les rembourserait quand les bâtiment que M. Véret avait envoyés à Pondichéry, Bengale et Surate seraient de retour. Quant aux jeunes Siamois qui étaient en France à apprendre différents métiers, on les renverrait (29). Il était encore marqué dans ce papier de répondance que M. le général, qui devait s'embarquer à Bangkok avec ses troupes, appréhendant que les Siamois en descendant à la rade ne lui jouassent quelque mauvais tour, demandait deux mandarins pour otages jusqu'au bas de la rivière (30), et de son côté donnait MM. le chevalier Desfarges, son fils, et le major, qui descendraient dans un balon (31) avec les mandarins siamois. Les Siamois, croyant donc fermement que les Français en agiraient comme ont coutume de faire toutes les nations, et ne s'imaginant pas qu'ils agiraient contre leur traité, accordèrent à M. le général ces deux mandarins. M. Véret et François Pinhero interprète étaient dans le même bâtiment ; M. le chevalier Desfarges, le major, et le second ambassadeur étaient dans un balon qui suivait ce bâtiment ; Mgr de Métellopolis et moi suivions dans d'autres balons. Les vaisseaux étant près de l'embouchure de la rivière, le second ambassadeur se fiait au chevalier et au major, et sachant l'accord conclu avec M. le général, les laissa aller déjeuner au vaisseau de M. Desfarges ; il voulut lui-même les y accompagner. Le navire étant sorti de la rivière, M. le général emmena ces deux messieurs et ne renvoya point les deux mandarins comme il l'avait promis ; il garda aussi M. Véret, le second ambassadeur, et le sieur François Pinheiro. On envoya lui faire des représentations, mais il ne renvoya qu'un mandarin, et écrivit qu'on envoyât Mgr de Métellopolis. J'envoyai pour lors le Père Ferreux avec le miron (32) où étaient les malades, et un autre miron chargé de rafraîchissements, et j'écrivis à M. Desfarges qu'il renvoyât l'autre mandarin otage, M. Véret qui était répondant, le second ambassadeur, et l'interprète ; ensuite Monseigneur irait au vaisseau, et tout le reste de ses canons et de bagages lui serait envoyé. Mais M. le général et les autres Français n'eurent aucun égard à ma lettre ; ils retinrent le Père Ferreux, et dirent qu'ils allaient mettre à la voile. Néanmoins, quoique je visse bien que le général agissait contre sa promesse, et par là voulait brouiller la royale amitié, je ne laissai pas d'ordonner d'envoyer tous les mirons ; le général ne les attendit pas ; il mit à la voile, et emmena le mandarin otage qui lui restait, le second ambassadeur, M. Véret qui était répondant, et l'interprète. Voyant cette conduite, je fis mettre les pièces de canons aux mains des mandarins et les en chargeai. On se saisit des Français restés dans les mirons, et on lui conduisit à Siam (33). Quant à ce que le général avait fait contre le droit des gens je jugeai, avec les mandarins, que les Français de Bangkok et de Mergui n'avaient pas agi selon les ordres du grand roi de France ; car il est admis par tout le monde, que dans un démêlé on étudie qui a raison ou tort. La conduite des Français nous fit soupçonner qu'ils pouvaient bien s'être entendus avec ceux qui étaient coupables. Pour les Siamois, dans toute cette affaire, ils n'ont posé aucun acte qui puisse altérer la royale amitié, et je reconnais bien que Dieu a inspiré au grand roi de France, de ne pas les croire et de vouloir connaître celui qui avait tort ou raison, et ainsi il n'a pas voulu ajouter foi à tout ce qu'on disait.

Quant au papier de répondance signé par Mgr de Métellopolis, ses missionnaires et tous les Français restés à Siam, c'est la coutume dans le royaume de Siam que, si celui pour lequel on répond a manqué à sa promesse, et qu'on ne puisse le saisir, c'est le répondant qui paye pour lui. Or Mgr de Métellopolis, M. Véret, chef pour la Compagnie, les prêtres missionnaires et tous les Français restés à Siam, étaient répondants de M. Desfarges et de ses troupes ; ils étaient répondants des quarante-cinq mille francs qu'on avait prêtés pour acheter deux bâtiments et des vivres ; si donc on avait voulu agir selon la coutume du royaume de Siam, on aurait fait mourir tous les répondants. Pour moi, ayant expliqué au grand roi de Siam ces choses, le grand roi de Siam vit bien que le grand roi de France ne savait pas les fautes de général et des troupes ; et qu'il ne fallait faire que ce qui convenait pour ne pas rompre la royale amitié, jusqu'à ce que le grand roi de France eût une entière connaissance de tout. Quoique le général et ses gens eussent commis des fautes, dont sans doute le général ne donnerait pas connaissance, néanmoins le grand roi de France, doué d'une sagesse et d'un esprit tout divins, ne croira pas un seul parti, et il est à croire qu'il voudra examiner le tout au vrai : s'il veut bien examiner, il n'a qu'à faire réflexion de ces trois points :

1° M Desfarges ayant agi contre ses promesses, le grand roi de Siam eût pu faire mourir ses deux enfants et tous les officiers et Français laissés à Louvo comme otage ; mais en considération de l'amitié royale, et pour faire rentrer le général en lui-même, il les renvoya à Bangkok.

2° M. le général et ses troupe n'ayant pas gardé leur traité d'accommodement, Mgr de Métellopolis, ses missionnaires et les Français restés à Siam, étant les répondants de ce traité et des sommes empruntées, eussent dû être châties très rigoureusement ; il n'en fut rien, on les garda seulement à vue ; et quand M. Desfarges eut renvoyé les mandarins et l'interprète en revenant à Jongselang, pour lors, le grand roi de Siam permit à Mgr l'évêque de Métellopolis de se faire une maisonnette au-dedans de l'enclos d'un des magasins du roi (34); on ne libéra pourtant pas encore les missionnaires ; enfin, quand on sut que le père Tachard était revenu dans les Indes avec les mandarins, et qu'il devait arriver à Mergui, on permit aux missionnaires de demeurer avec Monseigneur ; enfin, quand les mandarins qui avaient accompagné le père Tachard furent arrivés, et qu'on eut appris d'eux-mêmes toutes les bontés que le grand roi de France avait eu pour eux, le grand roi de Siam, en considération de la royale amitié, renvoya aussitôt Monseigneur, les missionnaires, les écoliers et tous les Français laïques, demeurer au séminaire comme auparavant, ayant la liberté d'aller et de venir comme par le passé (35).

3° Quand les Siamois eurent élevé des fortins autour de la forteresse des Français, et qu'ils les eurent tellement resserrés par terre et par rivière que les Français ne pouvaient sortir, et par conséquent seraient morts de faim, le grand roi de Siam eût pu ne prêter ni navires, ni argent, pour acheter ce qu'il leur fallait ; mais en considération de la royale amitié, il voulut bien leur accorder leurs demandes, et leur prêter ce qu'ils désiraient pour s'en aller et e retirer du danger de mort où ils étaient.

Si le père Tachard vient, il connaîtra la vérité de toutes choses, et pourra examiner les fautes. Or si le père Tachard a la pensée qu'en venant ici pour régler les comptes, les officiers des magasins pourront lui faire de mauvais traitements, c'est contraire aux coutumes de toutes les nations, parce que, quand même quelques royaumes sont en guerre, et qu'un des royaume envoie un ambassadeur, jamais on ne lui fait aucun mal. Ni le grand roi de Siam, ni le grand roi de France n'ont rien fait de contraire à leur amitié royale ; seul le général et ses soldats ont agi contre les ordres du grand roi leur maître.

Quant aux jeunes Siamois que nous avons envoyés en France apprendre des métiers (36), je vous les avais recommandés et je vous avais promis de rembourser à Mgr de Métellopolis tout ce que vous dépenseriez pour eux. Vous me marquez que vous avez dépensé 106 catis, 3 tailles, 1 tivab, 1 major (37) ; je réponds que toute cette dette sera payée quand nous réglerons leurs comptes ; on pense aussi que les Français paieront ce qu'ils doivent.

Nous nous en remettons beaucoup à votre sagesse et prudence pour que l'amitié des deux grands rois de France et de Siam se renoue plus étroite et dure toujours.

Cette lettre a été écrite le 4ème jour de la lune, le 11ème mois, l'an 2237.


25 feuilles format A4

NOTES :

1 - Jacques-Charles de Brisacier (1642-1736) était à cette époque directeur et supérieur du séminaire des Missions Étrangères.   retour

2 – Pierre Ferreux (1657-1697) missionnaire, arriva au Siam en 1681. « Lors de l'expédition de la France au Siam, en 1687 et 1688, il fut mêlé aux difficultés qui brouillèrent les deux pays, et qui aboutirent à l'expulsion des Français. Ce fut lui qui ramena en 1689 à Ayuthaya les otages siamois emmenés à Pondichéry. Ce service lui donna ses entrées à la cour ; nous le voyons en rapports avec le barcalon en 1690, et de nouveau, en 1692 et 1693, lors du voyage que fit le P. Tachard, afin de renouer des relations entre la France et le Siam ». Extrait de la biographie publiée sur le site des Missions Étrangères : http://archivesmep.mepasie.org   retour

3 - Fils de l'interprète portugais Vincent Pinheiro, qui fut élevé au rang de mandarin, et surnommé par les Français le "Mandarin au sabre d'or", François Pinheiro reprit les fonctions de son père. Lors de la déroute des troupes française, il fut embarqué bien malgré lui avec les otages siamois.   retour

4 - Les archives des Missions Étrangères conservent trois lettres de Kosa Pan, identiques à celle-ci sauf pour les premières et les dernières lignes. A part cette lettre adressée à M. de Brisacier, la deuxième est pour François Martin, directeur du comptoir de Pondichéry, et la troisième pour le père de la Chaise, confesseur de Louis XIV (Launay 1920, I : 283).   retour

5 - Monseigneur Louis Laneau (1637-1696). On pourra consulter sur ce site la page consacrée aux missionnaires, et on trouvera une biographie détaillée de l'évêque de Métellopolis sur le site des Missions-Etrangères de Paris    retour

6 - Dans le Journal de la Mission, le missionnaire Martineau relate l'arrestation de Louis Laneau au début du mois de novembre 1688 : A peine les navires sur lesquels les dites troupes étaient embarquées eurent-ils commencé à appareiller, que Mgr de Métellopolis, qui avait été obligé de reconduire les troupes jusqu'à l'embouchure de la rivière, afin, disait-on, de tenir toujours la balance en équilibre au milieu des deux partis, fut arrêté prisonnier, mais d'une terrible et étrange manière. Une troupe de Siamois se ruèrent sur lui, le dépouillèrent d'abord de tout ce qu'il avait de tant soit peu considérable, lui arrachèrent sa croix pectorale et son anneau pastoral, lui tirèrent même jusqu'à son chapeau ; mais enfin la perte que Sa Grandeur fit en cette occasion serait de peu de chose et facile à supporter, s'ils ne lui eussent ravi le trésor des trésors, qu'elle portait sur soi pour le mieux assurer pendant tous ces troubles, qui était du bois de la vraie croix. Ce ne fut pas assez pour eux de dépouiller ainsi mon dit Seigneur, ils le chargèrent encore de coups de poing et de bâton, le renversèrent par terre, le traînèrent dans la boue, lui mirent la corde au col, et bien lié et garrotté, le jetèrent comme à la voirie dans des broussailles, exposé à une infinité de canailles qui ne cessaient de passer, aller et venir, et chacun s'efforçait comme à l'envie de la maltraiter, affronter, invectiver et railler. Il fut ainsi exposé, en attendant que les cangues, ceps, alzèmes (bois que l'on met au col, aux jambes et aux mains) fussent achevés ; alors on les lui mit sur son pauvre corps déjà bien affaibli : on ne manqua pas aussi d'y ajouter les fers aux pieds et les chaînes au col ; c'étaient donc les cinq instruments de géhenne qu'on appelle ici en termes vulgaires les cinq prisons, terme dont j'aurai souvent besoin, aussi je le donne à remarquer (Launay, 1920, I : 220-221).   retour

7 - Il n'y avait non pas deux, mais trois mandarins ramenés en France par La Loubère : Ok-khun Pipith, Ok-Khun Chamnan et Ok-khun Vicet. Ces trois ambassadeurs retournèrent au Siam sur les vaisseaux de l'escadre Duquesne-Guiton qui quittèrent la France au début de mars 1690. Ok-khun Pipith mourut en mer au large des îles du cap Vert dans la soirée du 15 mars 1690. Challes note dans son Journal qu'on tira cinq coups de canon le 16 mars pour rendre hommage au mandarin : Cinq coups de canon pour un mandarin, c'est beaucoup, mais M. Duquesne leur fait autant d'honneur qu'il veut en recevoir d'eux (Challe, Droz, 1998 : 51).   retour

8 - Le père Tachard était arrivé à Pondichéry avec l'escadre Duquesnes-Guiton en janvier 1691. C'est de là qu'il essaya vainement par des échanges de courrier de renouer les relations diplomatiques avec le Siam. La prise de Pondichéry par les Hollandais en 1693 réduisit ses espoirs à néant et il dût regagner l'Europe. Il ne remit les pieds au Siam qu'en 1699, et fut reçu très froidement par Phetratcha.   retour

9 - Ce M. de Beauregard était arrivé au Siam avec l'ambassade du chevalier de Chaumont. L'abbé de Choisy l'évoque brièvement dans son Journal du 29 mars 1685 : Pour moi, quand j'ai quelque difficulté sur la manoeuvre, je consulte un petit cadet nommé Beauregard, fils d'un commissaire de marine ; vous qui aimez les gens appliqués à leur métier, vous vous accomoderiez assez bien de lui. Il n'a pas vingt ans et a fait six campagnes, et l'année passée eut un bon coup de mousquet au travers du corps ; et cependant cela n'est pas encore garde-marine. Le mérite ne suffit pas pour faire fortune : il faut un patron pour le faire connaître (Choisy, 1687 : 48-49). Beauregard demeura au Siam et combattit héroïquement aux côté de Forbin pour écraser la révolte des Macassars. Le chevalier raconte dans ses mémoires comment il sauva la vie au jeune officier par une opération chirurgicale assez peu orthodoxe : Outre les cadavres des Macassars et des Siamois, qu'on n'avait pas eu le temps d'enlever, je trouvai étendu sur le bord de mon lit, un jeune officier nommé Beauregard, fils d'un commissaire du roi à Brest ; il était demeuré à Siam et je l'avais fait major de toutes les troupes siamoises. En le voyant dans cette situation, je le crus mort et j'en eus le coeur serré de douleur.

On ne croira peut-être pas ce que je vais dire ; car, en effet, il a bien plus l'air d'une fable que de toute autre chose. Je puis pourtant assurer que je n'y ajouterai rien du mien, et que je ne rapporterai que la pure vérité. M'étant approché du lit, et ayant examiné ce jeune homme de plus près, je vis qu'il respirait encore, mais il ne parlait plus, et il avait la bouche toute couverte d'écume ; je lui trouvait le ventre ouvert, toutes les entrailles et l'estomac même qui étaient sortis pendaient en s'abattant sur les cuisses. Ne sachant comme faire pour lui donner quelque secours, car je n'avais ni remède ni chirurgien, je me hasardai de le traiter comme je pourrais.

Pour cet effet, ayant accommodé deux aiguilles avec de la soie, je remis les entrailles à leur place et je cousis la plaie, comme j'avais vu faire dans de semblables occasions. Je fis ensuite deux ligatures que je joignis, et après avoir battu du blanc oeuf que je mêlai avec de l'arak qui est une espèce d'eau-de-vie, je m'en servis pour panser le malade, ce que je continuai pendant dix jours. Mon opération réussit parfaitement bien, et Beauregard fut guéri ; à la vérité, il n'eut jamais la fièvre, ni aucun autre symptôme fâcheux. Je remarquai en lui remettant les entrailles dans le ventre qu'elles étaient déjà sèches comme du parchemin, et mêlées avec du sang caillé ; mais tout cela n'empêcha pas la parfaite guérison qui suivit peu de jours après (Petitot - Monmerqué, 1829, LXXIX, 379-380).

Beauregard fut nommé gouverneur de Bangkok, puis de Mergui, sous les ordres de du Bruant. Lors de la déroute des troupes françaises, il s'embarqua avec les restes de la garnison. Il se rendit à terre avec un jésuite à l'embouchure de la rivière de Tavoy, sous la domination du roi de Pégou, pour aller chercher des vivres, et fut fait prisonnier et emmené dans les terres de Siriam.   retour

10 - La prise de possession de Mergui avait été conclue par le traité de La Loubère. Selon Vollant des Verquains, contrairement à ce qu'affirme Kosa Pan, Phaulkon fit tout pour retarder le moment d'envoyer Beauregard et Du Bruant prendre possession de la place : M. du Bruant, destiné pour commander dans la forteresse de Mergui, ne donnait aucune relâche à M. Constance qu'il ne l'eût expédié avec un détachement de nos troupes pour se rendre à son poste, mais le sage ministre, qui n'ignorait pas ce qu'il devait craindre divisant les troupes, différait de jour en jour à lui délivrer la commission, voulant pourvoir à la sûreté du roi son maître qui, en cas de besoin, pouvait espérer un plus prompt secours des forces françaises réunies à Bangkok que, lorsqu'elles seraient partagées entre cette place et Mergui, d'où il ne fallait pas moins que six semaines pour se rendre en la capitale du royaume, encore devait-on faire diligence et n'avoir pas les vents contraires. Néanmoins, les pressantes poursuites de M. du Bruant l'emportèrent sur une si bonne politique (1691 : 9).

Trois compagnies parmi les meilleures, selon Desfarges (1691 : 9), furent désignées pour aller prendre possession de Mergui. Vollant des Verquains lui-même parle de trois compagnies de quarante hommes chacune (1691 : 9-10). D'après un État des officiers, majors, équipages et passagers qui se sont embarqués sur les vaisseaux partis pour le voyage de Siam (A.N. Marine B4 11(2) f° 504r° sqq.), il y avait 600 hommes et officiers répartis en 12 compagnies. Chaque compagnie était composée de 50 hommes, dont 41 hommes de troupes, 2 sergents, 6 caporaux et 1 tambour. Toutefois, d'après Desfarges, 143 hommes avaient péri pendant la traversée (A.N. Col. C1/23 f°220r°), il est donc vraisemblable que l'effectif des compagnies avait dû être revu à la baisse. L'officier La Touche, qui faisait partie du détachement, déclare dans une relation rapportée par Challe, que la garnison de Mergui arriva à destination le 27 mars 1688, et était composée de trois compagnies qui faisaient 90 hommes (1998 : 327).   retour

11 - Selon le père de Bèze, jésuite qui se trouvait alors près du roi Naraï, Desfarges se rendit à Louvo sur l'ordre du souverain, et rencontra ensuite secrètement Phaulkon qui lui donna ses instructions. Le père de Bèze, qui servit d'interprète dans cette entrevue, en donne un compte-rendu détaille : M. Desfarges me renvoya aussitôt dire à M. Constance qu'il l'allait attendre dans la salle où il lui avait donné rendez-vous. M. Constance s'y rendit bientôt après ; ils eurent là, en particulier, un long entretien où je leur servis d'interprète. M. Constance fit encore un détail de toute cette affaire à M. Desfarges et lui en fit voir toutes les conséquences et la gloire et l'avantage qui en reviendraint aux Français d'avoir sauvé le roi et soutenu la couronne dans sa famille ; combien cela disposerait le prince à embrasser la religion chrétienne lorsqu'il verrait que les talapoins, qu'il ménageait tant et qui l'empêchaient de se déclarer, avaient machiné sa perte ; l'obligation que lui auraient les frères du roi quand ils connaîtraient qu'ils étaient près de perdre la couronne et la vie sans ce prompt secours des Français qui, en les sauvant, les remettraient bien avec le roi puisqu'on avait de quoi le désabuser de fausses trahisons dont on les avait rendus coupables auprès de lui. Il lui fit voir, après cela, qu'il n'y avait rien de plus facile à faire que ce coup important puisque Phetratcha était sans forces et n'en pouvait avoir de plus d'un mois ou six semaines. M. Desfarges étant encore confirmé par tout cela dans sa première résolution, M. Constance lui recommanda surtout trois choses : La première de prendre son parti de manière qu'il ne vînt pas à manquer dans la suite aux mesures qu'ils auraient prises parce que, cela l'empêchant d'en prendre d'autres, ils se trouveraient au dépourvu et donneraient lieu à Phetratcha d'exécuter ses desseins ; qu'ainsi il devait venir avec son détachement d'abord qu'il aurait mis les choses en état à Bangkok et ne se point laisser détourner par les bruits qu'on pourrait faire courir pour l'arrêter ; que, s'il arrivait quelque changement, il lui en donnerait d'abord avis. La seconde chose fut de ne communiquer à personne ce qu'il lui avait dit, de crainte que Phetratcha, en étant averti, ne prévint sa perte par quelque coup de désespéré ou ne se retirât dans les provinces où il avait communication et ne les fît soutenir. Enfin il lui recommanda d'user de diligence et de ne pas perdre un moment de temps. M. Desfarges lui promit tout cela et dit qu'il s'allait disposer à repartir ce soir-là même et qu'il le reverrait bientôt de retour ; qu'il le priait seulement de lui envoyer un ordre de la part du roi de monter avec son détachement afin qu'en cas de besoin, il pût faire voir qu'il n'avait agi que par le commandement du roi de Siam qu'il avait ordre de suivre. Les choses étant ainsi réglées, M. Desfarges vint encore dire adieu à M. Constance au palais, où nous couchâmes cette nuit-là, et il en partit à minuit, ayant vu que tout y obéissait aux ordres de ce ministre (Drans et Bernard, 1947, 107-109).   retour

12 - Cette "trahison" de Desfarges et l'abandon de Phaulkon par les Français avait effectivement de quoi surprendre les Siamois. Nous reproduisons ici la note 7 que nous avons rédigée sur ce site pour la relation de Desfarges : Cette décision de rebrousser chemin était lourde de conséquence et marque, pour de nombreux historiens, le tournant de la révolution de Siam. Il est possible qu'il eût suffit à Desfarges, à la tête d'une petite unité, de se saisir de Phetratcha et de le mettre hors d'état d'agir pour éliminer toute opposition sérieuse aux Français. C'est également l'analyse de François Martin, qui écrit dans ses Mémoires : Cette conduite de M. Desfarges dont [on] a écrit si diversement en France est assez embarrassante à déterminer les esprits, si ce retour à Bangkok a été fait à propos ou s'il aurait été plus avantageux de continuer le voyage de Louveau. Les personnes qui le dissuadèrent de passer plus avant, j'entends parler de Messieurs de la Mission, sont d'un mérite distingué, d'une vertu et d'une probité connues, instruits des manières de Siamois par un séjour de plusieurs années dans le pays, qui savaient parfaitement la langue, qui y avaient acquis des amis et qui pouvaient avoir des avis secrets. On n'a point douté aussi qu'ils ne fussent très persuadés eux-mêmes de ce qu'ils avaient rapporté à M. Desfarges. Cependant le voyage des deux capitaines à la cour, d'autres particularités reconnues depuis, le rapport des gens du pays (car il y en a eu pour et contre) ont fait douter de cette assemblée de troupes sur la route de Siam à Louveau. Il est sûr, si cet avis s'était trouvé faux, que l'arrivée à la cour de M. Desfarges avec les gens qu'il y menait était le gain de partie : Phetratcha était perdu ; en l'arrêtant, c'était le plus sûr de s'en défaire sur-le-champ. L'auteur mort, le parti était absolument dissipé, il n'aurait pas été difficile de faire approuver le coup au roi par les témoignages des mandarins de son parti qu'on aurait pris et de qui l'on aurait tiré le secret du dessein des conjurés, entièrement opposé aux intentions de ce prince sur son successeur. (1934 III : 11-12)

On peut penser que le sieur Véret, sans en mesurer vraiment les conséquences, avait tout intérêt à la disparition de Phaulkon, qu'il détestait et qu'il savait vraisemblablement informé de ses multiples malversations au détriment de la Compagnie française. L'attitude des évêques, en revanche, est plus difficile à expliquer. Dans une lettre du 11 janvier 1692 adressée à l'abbé de Lionne, M. de Brisacier, supérieur des Missions Étrangères écrit : Il y a toujours une chose qui me fait beaucoup souffrir, et dont je vous supplie de faire le sacrifice avec moi : c'est que le P. Verjus publie partout à ceux qui veulent l'entendre, même à nos meilleurs amis (témoin Mgr de Laon qui me le disait chez nous il y a aujourd'hui huit jours), que c'est vous qui par le conseil que vous avez donné à M. Desfarges avez été cause de la mort de M. Constance, du malheur des Français et du renversement des affaires de la religion à Siam. Archives des Missions étrangères vol 11 page 488, cité dans Launay, 1920 I : 206.

Les attaques dont il était la cible incitèrent l'abbé de Lionne à rédiger un long plaidoyer dans lequel il s'efforçait de justifier son attitude.

On pourra consulter ce texte en cliquant ici      retour

13 - Le sieur Vertesalle, ou Verdesalle, était le troisième officier dans la hiérarchie, immédiatement après Desfarges du Bruant. C'est lui qui assura le commandement de la place de Bangkok alors que Desfarges et Beauchamp se trouvaient à Lopburi. Si des tractations avaient pu être conclues entre l'officier et Phaulkon, elle n'avait sans doute pas résisté à l'inimitié qui s'instaura entre les deux homme. François Martin note que Vertesalle n'était pas aimé de M. Constance, qui crut qu'il y avait du mépris ou de la fierté de sa part de ce qu'il n'était pas monté à Louvo pour le saluer, quoique ce ne fût qu'une application à remplir les devoirs de sa charge (Martin, 1932, II : 520). Vertesalle semble avoir été également détesté par Kosa Pan, sans qu'on sache exactement pour quelles raisons. On trouve ce curieux paragraphe dans le Journal de la Mission d'août 1690 : Ensuite entrant en conversation, il [Kosa Pan] vint à parler de M. Desfarges, et dit que le roi en parlait encore assez souvent et le louait sur plusieurs choses ; mais que pour M. de Verdesalle, personne n'en disait de bien ; que c'était lui qui avait gâté toutes les affaires avec sa prétendue bravoure, dont il s'enflait si fort, qu'il se prisait comme l'unique brave dans le monde (Launay, 1920, I : 270).   retour

14 - Les deux premiers ambassadeurs qui avaient été en France, Kosa Pan et Ok-luang Kanlaya vinrent à Bangkok le 28 mai 1688 pour imposer un ultimatum à Desfarges, qui accepta sous cette contrainte de se rendre à Louvo à "l'invitation" de Phetratcha. Il amena avec lui l'abbé de Lionne et son fils cadet, le chevalier, qu'il laissa à Phetratcha comme garantie de son prompt retour.   retour

15 - Cette lettre fut volontairement écrite dans un invraisemblable charabia, satisfaisant pour les Siamois, mais qui démontrait à l'évidence à un Français qu'elle avait été rédigée sous la contrainte. Le stratagème fonctionna parfaitement, et Du Bruant compris sans peine l'avertissement que lui adressait Desfarges.     retour

16 - La garnison de Mergui, après une résistance héroïque, fut effectivement contrainte de battre en retraite et de s'enfuir à bord de deux bâtiments. Le père Le Blanc indique qu'il s'agissait d'un petit navire anglais, d'un particulier de Madras, avec une frégate de vingt-quatre pièces de canon (et non seize comme l'écrit Kosa Pan) qui appartenait au roi de Siam (Le Blanc 1691 II : 283).   retour

17 - Le major Beauchamp, gouverneur de Bangkok, qui avait été fait prisonnier lors de l'arrestation de Phaulkon et libéré à la fin du mois de mai 1688.   retour

18 - Desfarges arriva à Bangkok le 6 juin 1688, absolument enragé par l'accueil que lui avait réservé Phetratcha. Engelbert Kaempfer, qui n'était pas au Siam à cette période et rapportait les témoignages des Hollandais, affirme que le général se livra à des exactions et fit prendre deux Siamois de sa garnison sur les remparts de la forteresse, à la vue de leurs compatriotes.   retour

19 - Faute de troupes en nombre suffisant, Desfarges ne pouvait défendre les deux forts situés de part et d'autre du fleuve Chao Phraya. Il choisit d'évacuer le fort de l'Ouest et de se retrancher dans celui de l'Est. Toutefois, il ne détruisit pas entièrement le fort qu'il abandonnait, et qui fut rapidement investi par les Siamois. retour

20 - Cette tentative manquée de reprendre le fort de l'Ouest eut lieu le 9 juin et fut menée par l'officier D'assieux.   retour

21 - Cet épisode est évoqué dans toutes les relations, mais jamais précisément daté. On peut penser qu'il eut lieu dans les tout derniers jours du mois de mai 1688. La Touche énumère six officiers français qui se trouvaient alors à Louvo et participèrent à cette tentative d'évasion : le chevalier Desfarges, Fretteville, Beauchamp, de Lasse (Dilas, Delas), des Targes et Saint-Vandrille (Saint-Vandry) (Journal olographe de Challe, 1998 : 315). Le père Le Blanc parle aussi de six officiers, mais n'en cite que cinq : le chevalier Desfarges, Saint-Vandrille, des Farges, de la Fretteville et Bressi (1691 I : 178). Il paraît établi que le major Beauchamp ne faisait pas partie des prisonniers, il fut relâché quelques jours plus tôt et arriva à Bangkok à la fin du mois de mai. Dans sa relation manuscrite conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris (B.N. Fr. 8210 f° 531r°) il écrit : Pitracha, sachant que M. Desfarges montait, mit en liberté son fils, le chevalier Fretteville, Saint-Vendry, Delasse et Destarges ; ces trois derniers étaient les officiers qui montèrent avec moi à Louvo pour commander les Siamois. Il semble que le père Le Blanc, ou son éditeur, ait fait une confusion due à la similitude des noms, entre Desfarges et Des Targes. Le marquis Desfarges, fils aîné du général, n'était probablement pas à Louvo à cette période, il y arriva avec son père quelques jours plus tard. Cet énigmatique Destarges apparaît dans la relation de La Touche et sans aucun doute possible dans le manuscrit de Beauchamp, qui le présente comme un des trois officiers qui l'accompagna à Louvo dans le courant du mois de février 1688 pour prendre le commandement de la garde siamoise du roi Naraï. La relation manuscrite de Saint-Vandrille, conservée aux Archives Nationales de Paris, relate les faits sans donner les noms des officiers : Nous fûmes pris par sept ou huit cent hommes [?] à une lieue de Siam, après avoir passé trois ou quatre corps de garde, la faim et la fatigue nous obligèrent de nous rendre à composition, car quoique nous ne fussions que six, ils n'osèrent nous approcher que de fort loin, voyant que nous avions nos pistolets. Ils nous promirent tout ce que nous leur demandâmes, et lorsque nous [y] songions le moins, ils se jetèrent sur nous et après nous avoir noircis de coups, ils nous menèrent à Louvo attachés à la queue de leurs chevaux et [ils] ne discontinuèrent pas pendant le chemin de nous maltraiter. Le sieur Brissy, ingénieur, en mourut (A.N. Col. C1/25 f° 111v°). Cinq officiers sont donc clairement identifiés : Fretteville, Saint Vandrille, Delas et le chevalier Desfarges, fils cadet du général. Quant au sixième, il s'agit probablement d'un énigmatique enseigne nommé Des Targes, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs dans aucune relation. L'ingénieur Brissy, (ou Brecy, ou de Brissi) était l'un des quatre ingénieurs envoyés au roi Naraï par Louis XIV sous le commandement de Vollant des Verquains. A la lecture de tous les témoignages, il semble bien que l'ingénieur soit mort des suites des mauvais traitements (il aurait été attaché à la queue d'un cheval) et non d'une fortuite et accidentelle crise cardiaque, comme le laisse à penser Kosa Pan.   retour

22 - Phetratcha avait essayé d'utiliser les fils du général comme moyen de pression pour l'obliger à monter à Louvo avec ses troupes : il fit sortir de prison ses deux enfants chargés de chaînes, ayant la corde au col et un bourreau après eux pour les étrangler, et les fit amener en cet équipage devant lui, à qui il dit qu'il les allait faire mourir si leur père ne montait à Louvo qu'il n'amenât avec lui ses troupes. Il leur fit donner du papier et de l'encre et leur dit d'écrire devant lui que le roi leur ordonnait de lui dire que, s'il ne montait pas à Louvo avec ses troupes et qu'il ne fît cesser de tirer le canon, qu'il les ferait cruellement mourir. Après quoi on fit retirer les enfants de M. Desfarges que l'on renvoya dans les prisons, et l'on dépêcha un homme pour porter cette lettre (Relation manuscrite de Beauchamp, B.N. Fr. 8210 f° 540r°-v°). La réponse de Desfarges fut admirable d'amour filial : Le général leur répondit généreusement qu'il était sensible à leur malheur autant qu'ils pouvaient l'imaginer, et que s'il ne fallait que sa vie pour les sauver il la donnerait sans peine ; qu'il les exhortait à prendre à son exemple des sentiments conformes à leur devoir : que si on les maltraitait, ils auraient l'honneur de souffrir pour Dieu et pour leur roi, et qu'ils devaient s'assurer que leur mort serait bien vengée (Le Blanc, 1691, I : 247-248). Cette réponse avait de quoi surprendre Phetratcha : [il] reçut la lettre que M. Desfarges écrivait à ses enfants, trois jours après qu'elle fût envoyée, dont la lecture l'étonna si fort, et il y trouva tant de constance et de grandeur d'âme que pour en témoigner toute l'estime qu'il en faisait, il fit sur l'heure sortir des prisons les deux fils de M. Desfarges, leur fit ôter leurs fers, et les renvoya à leur père sans les charger de rien (Relation manuscrite de Beauchamp, B.N. Fr. 8210 f° 541r°-v°).   retour

23 - Panier d'osier de figure cylindrique, haut de cinq à six pieds et large de quatre qu'on emplit de terre pour couvrir des batteries, ou pour servir de parapet à des lignes ou à des logements quand la terre est difficile à remuer (Furetière, 1690, n.p.).   retour

24 - Ces deux navires étaient le Siam et le Louvo, partis le 1er mars 1688, et dont Phaulkon avait confié le commandement aux officiers français Sainte-Marie et Suhart, dans le but avoué d'aller faire la chasse aux pirates, et dans celui, plus confidentiel, d'aller brûler les navires anglais de Madras. On peut s'interroger sur les vraies motivations de Phaulkon en lisant cette phrase de Beauchamp dans une relation manuscrite conservée aux Archives Nationales de Paris : M. Constance leur écrivit de sortir et qu'ils tinssent la mer et d'aller où ils voudraient et de ne revenir que dans quatre mois (A.N. Col. C1/25 f° 73v°).   retour

25 - Cet épisode héroïque au cours duquel l'officier Saint-Cricq se fit sauter avec son navire plutôt que de l'abandonner aux Siamois a été largement raconté dans toutes les relations, et peut être daté du 15 ou du 16 juin 1688.   retour

26 - Cette accusation n'est confirmée dans aucune relation française.   retour

27 - Ce traité de capitulation, intitulé Papier de Répondance, pourra être lu ici :   retour

28 - On se perd un peu dans les noms des vaisseaux qui furent utilisés par les Français pour quitter le Siam. Nous avons évoqué dans la note 16 la frégate du roi de Siam de 24 pièces de canon qui servit à du Bruant à évacuer Mergui. Ce navire était le Mergui, même si ce nom n'a rien de Siamois. Il s'agit peut-être d'un vaisseau appelé antérieurement l'Aigle ou l'Aigle noir qui fut rebaptisé à ce moment par les Français. En ce qui concerne les vaisseaux qui servirent à la retraite de la garnison de Bangkok, il y avait l'Oriflamme, commandé par M. de l'Estrille qui venait de France avec des renforts et, d'après Beauchamp, était arrivé à la rade de Siam le 20 septembre 1688 (A.N. Col. C1/25 f° 79v°), le Siam et le Louvo revenus dans le royaume le 5 septembre 1688 et une petite embarcation nommée le Rosaire, ou la Vérette, qui appartenait peut-être à Véret, le directeur du comptoir de Siam.   retour

29 - On trouve dans l'ouvrage de J. Mathorez : Les étrangers en France sous l'Ancien Régime, (Paris, Champion, 1919, I : 378-379) quelques paragraphes consacrés aux Siamois qui se trouvaient en France au XIIe siècle : Le 1er avril 1687 eut lieu, à Saint-Sulpice, [le baptême] de François Lin, jeune esclave que l'abbé de Choisy tenait de Constance Phaulcon, ministre du roi de Siam. Quinze jours après, dix jeunes Siamois recevaient également le baptême. Rendant compte de cet événement, la Gazette de France du 3 mai disait : Le 15 du mois dernier, on baptisa ici dans l'église Saint-Sulpice dix jeunes Siamois, deux desquels avaient été amenés en France par les mandarins qui y vinrent en l'année 1684 et les huit autres furent laissés en cette ville par les ambassadeurs pour y apprendre quelques arts. Tous avaient été élevés au séminaire des Missions Étrangères par un ecclésiastique de leur nation qui avait été instruit au Siam. En même temps, reçut le baptême un autre Siamois qui, dit la Gazette, apprend la conduite des eaux. Ce dernier doit être identifié avec le fils d'Occoun Ran Patchi, commandant la garde du roi de Siam. D'après la Loubère, il apprenait à Paris le métier de fontainier ; eu égard à son rang, ce jeune homme fut baptisé à Versailles ; le roi fut son parrain, la dauphine lui servit de marraine.

On ne suit point ces Siamois ; conformément à l'usage, ils reçurent des noms chrétiens. Rentrèrent-ils dans leur pays ou confondus dans la masse des habitants de la capitale, firent-ils souche en France ? on l'ignore.    retour

30 - Les deux grands mandarins choisis par les Siamois étaient l'Ok-ya gouverneur d'Ayuthaya et l'Ok-Phra gouverneur de Paknam - cité sous le nom d'Ok-phra Pichaï Songkram dans le journal de la Mission (Launay, 1920, I : 224). Les Français rendirent le premier aux Siamois avant le départ, mais gardèrent le second et emmenèrent encore Ok-luang Kanlaya Rachamaïtri, le vieil ambassadeur qui avait été en France, qui avait été attiré par ruse à bord de l'Oriflamme, et François Pinheiro, interprète portugais, qui eut la malchance de se trouver là au mauvais moment.   retour

31 - Embarcation souvent somptueuse taillée dans un gigantesque tronc d'arbre et utilisé pour la navigation fluviale. Les balons ont été largement décrits dans toutes les relations. On se reportera sur ce site à la Relation du père Tachard, 4ème livre, deuxième partie, note 27 ou au Journal de l'abbé de Choisy d'octobre 1685, et particulièrement à la note 6.   retour

32 - Les mirons, ou plus fréquemment mirous, étaient de petits bateaux à rames réservés aux trajets côtiers. Robert Lingat suggère que ce mot pourrait avoir une étymologie siamoise, de mi rua : il y a un bateau - ou des bateaux - (Une lettre de Véret sur la révolution siamoise de 1688, par Robert Lingat, in T'oung PaoXXXI, 1935 : 360, note 1).    retour

33 - Le sort des officiers et soldats qui restèrent en arrière et furent capturés par les Siamois ne fut guère enviable, et les infortunés eurent à subir bien des tourments avant d'être emprisonnés à Ayuthaya. Le missionnaire Martineau relate dans le journal de la Mission : Il y en eut d'entre eux qui furent traînés le long des rues et chemins, déjà à demi-morts de coups, avec la cangue au col, à peu près comme on ferait à un chien mort pour le jeter à la voirie. Tous furent amenés à la ville chargés des cinq prisons, [voir note N° 6] après avoir passé plusieurs jours, tant à la barre qu'à Bangkok, dans des tourments qu'il serait difficile d'exprimer (Launay, 1920, I : 221).   retour

34 - Mgr Laneau ne fut pas emprisonné très longtemps avec les autres Français. Dans une lettre du 24 novembre 1689 adressée aux directeurs du séminaire des Missions Étrangères de Paris, il écrit : ...j'ai été mis dans un autre lieu, dans une petite maisonnette où je suis à mon aise, pendant que nos pauvres frères sont comme des forçats ; je n'ai eu des liens que les premiers mois, et j'ai assez de liberté pour dire grâce à Dieu tous les jours la sainte messe (Laneau, 1920, I : 264). Le dernier otage siamois détenu par les Français, Ok-luang Kanlaya Rachamaïtri, arriva à la cour le 3 décembre 1689, d'après le Journal de la Mission (Launay, 1920, I : 232) qui confirme également la libération de Louis Laneau : Quand j'ai dit ci-dessus qu'à l'arrivée des mandarins otages, il n'y a eu aucun changement ni soulagement pour nos prisonniers, j'entends parler de tous, à l'exception néanmoins de Mgr de Métellopolis qui, aujourd'hui 9ème jour de décembre [1689], fut délivré de sa prison et mis avec M. Paumard ; il a assez de liberté de recevoir les visites des uns et des autres, mais il n'a pas permission de sortir, ni d'aller demeurer où il voudrait ; ainsi il n'est que changé d'une prison dans une autre, moins rude à la vérité (Launay, 1920, I : 232).   retour

35 - Les derniers prisonniers ecclésiastiques, 9 missionnaires et 14 écoliers, furent délivrés le 15 août 1690, après 21 mois d'emprisonnement (Launay, 1920, I : 269).   retour

36 - Voir plus haut note 29.    retour

37 - 106 catis, 3 taels, 1 tical 1 mayon. On se reportera sur ce site à la page consacrée aux anciennes monnaies du Siam.    retour

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Page mise à jour le 14/06/2004