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JOURNAL DU VOYAGE DE SIAM
Fait en 1685 et 1686 Par M.L.D.C.
Juillet 1685
1er juillet.
Jamais on na été si tourmentés que nous le sommes. Le vent est toujours contraire. Nous allons à la bouline. Le vaisseau roule et tangue en même temps. La vague est courte et creuse, la mer fort grosse. On ne saurait ni lire ni écrire. Il faut samarrer, de peur de saller casser la tête lun contre lautre. Cest tout ce quon peut faire que de porter le morceau à la bouche. Pour boire, il faut prendre son temps et avaler vite. Les officiers ont beau nous dire que quand le vaisseau penche dun côté, nous navons quà nous pencher de lautre : notre inclination nous porte à la complaisance et nous obéissons au mouvement de lOiseau ; et cest le vrai moyen de sestropier. Cela finira. La lune a commencé ce matin : nous espérons quelle nous donnera du beau temps.2 juillet.
La mer nest pas tout à fait si rude ; mais le vent est aussi impertinent que jamais. La hauteur sest trouvée de 34 degrés 55 minutes. Nous remontons vers le sud, dans lespérance dy trouver les vents douest. On voit beaucoup doiseaux, surtout des damiers : nous ne laissons pas de nous croire fort loin des terres.3 juillet.
La mer belle et le vent bon sil nous menait à la route. Il faut espérer quen nous approchant des terres australes, nous trouverons qui nous redressera. Ne vous souvient-il point davoir lu lhistoire du bon homme Arosca, roitelet austral ? Nous ne devons pas être bien loin de son pays. Il reçut si bien le capitaine Gonneville : je crois que le petit-fils de son petit-fils, car il y a cent cinquante ans, nous recevrait encore mieux. Ainsi je me console par avance de tout ce qui peut arriver. Je crois pourtant quil ne serait pas trop sûr daborder la terre australe. Le bon homme Arosca donna son fils à Gonneville pour lamener en France, à condition de le lui ramener dans dix-huit lunes avec deux pièces de canon pour faire peur à ses voisins. Gonneville manqua de parole : Arosca attend encore. Si on nous allait faire un procès là-dessus (1) ; il vaut mieux aller à Batavia où nous serons aussi bien reçus quau Cap.
Oh voici les lamentations qui recommencent. Nous narriverons point à Siam cette année. Il y a quinze jours que nous ne faisons rien : nous reculons. Ce vent de sud-est qui nous est contraire, est un vent fait : il a commencé avec la lune, il durera. Et où irons-nous ? Il y a encore plus de mille lieues dici à Batavia. Quand nous y arriverons, la mousson de Siam sera passée. Quelle pitié ! Passer lhiver à Batavia entre les mains des Hollandais, qui ne nous aiment pas tant quils disent, Hé pauvre France, quand te reverrons-nous ? Voilà un an de perdu.
O ça, Messieurs, cest ainsi que je leur parle, avez-vous tout dit et désespérez-vous toujours ? Ne vous souvient-il plus de la ligne après trois jours de calme ? Tout était perdu : nous ne devions jamais voir le Cap assez à temps. Allons, allons, croyez-moi, tout ira bien. Prions Dieu, et buvons notre vin dEspagne, car par parenthèse, jen ai dadmirable. Les bons vents viendront. Celui qui nous a amenés jusquici nous mènera bien encore à Siam.4 juillet.
Point de mer, presque point de vent, le troisième de la lune. Toutes indications de changement de temps ; mais il ne saurait presque changer quen bien.
Ne lavais-je pas dit ? Jentends grand bruit. Les officiers crient à lest. On va revirer de bord. Il y a peu de vent. Mais enfin nous ferons lest, qui pourtant ne nous vaudra que le quart de nord-est à cause de la dérive et de la variation. Me voici bien avant dans les termes de marine : je ne sais si jen suis bien sorti ; je ne my rembarquerai plus. Il me semble que jentends tenir ces discours à nos pilotes.
La journée nest pas encore passée et ce malheureux sud-est est revenu. Il faut encore revirer de bord.5 juillet.
Le vent sest remis à la raison à la pointe du jour, et nous avons encore revirés. Nous faisons présentement le sud-est ; cest ce quil nous faut : nous demanderions seulement quil fraîchit un peu.
On vient de trouver 37 degrés 35 minutes de hauteur. Mais le vent a encore viré et nous ne faisons plus que le sud : ce vent est bien opiniatre.6 juillet.
On vire, on revire. Un moment nous allons assez bien et puis le vent revient contraire. Nous allons commencer une neuvaine pour demander à Dieu la grâce de bien achever notre voyage.
M. Vachet dira demain la messe. Je suis tout plein des joies de Paradis : je viens de lire le Paradis de M. Nicole (2). Quil en donne une belle idée ! Ou plutôt quil a eu bon sens de faire parler sur un sujet si difficile un aussi bel esprit que saint Augustin ! Je sais bien que vous savez tout cela par cur et que les Essais de Morale est votre livre favori : mais je vous prie de relire pour lamour de moi le chapitre où il parle de loccupation éternelle des Bienheureux. En vérité il faut être fou pour ne pas avoir envie daller là. Lenfer ne ma pas semblé si bien traité, et lun ma fait plus de plaisir que lautre ne ma fait de peur. La raison en vient peut-être de mon tempérament. Je me flatte aisément ; je crois avoir enfilé le bon chemin et jespère beaucoup de la miséricorde de Dieu. Que je suis heureux davoir entrepris ce voyage-ci ! Je sentais bien que la main de Dieu y était ; et jy étais poussé avec trop de violence pour que cela fut naturel (3). Tout sy opposait. Le roi ny avait que faire de moi. Mes amis, mes parents men détournaient. La nature y devait trouver beaucoup de répugnance. Je navais point dargent pour faire les dépenses absolument nécessaires. Dieu ma fait la grâce de surmonter tout cela. Jétais à moitié malade quand je suis parti ; il avait fallu ne pas dormir toute la nuit : la santé mest revenue en mangeant salé et en buvant de leau-de-vie, et jamais je ne me suis si bien porté. Lesprit est encore en meilleur état ; toujours gai, bien avec tout le monde. Je ne suis rien sur ce vaisseau, et lon me traite comme si jétais quelque chose. Jétudie tant que je veux. Le siamois va à merveilles et je commence à jargonner avec les mandarins. Mais sur le tout je suis bien résolu à tout ce que Dieu voudra faire de moi. Si je demeure à Siam, je crois ne my point ennuyer pendant deux ou trois ans ; et si je ny demeure pas, jaurai toujours fait un beau voyage. Jaurais appris bien de petites choses. Je naurai guère offensé Dieu pendant deux ans. Hélas, peut-être que par-là ce seront les deux plus belles années de ma vie ! Hé comment ferions-nous pour offenser Dieu sur ce vaisseau ? On ny parle que de bonnes choses ; on ny voit que de bons exemples. Les tentations sont à trois ou quatre mille lieues dici. Franchement nous navons pas grand mérite à vivre dans lordre. Jétais déjà résolu, avant que de partir de Paris, de me donner entièrement à lEglise. Je vis du bien de lAutel, ne faut-il pas servir lAutel ? Jespère que Dieu me fera la grâce de prendre les ordres à Siam et de la main de ces bons évêques successeurs des apôtres. Cela me portera bonheur ; et quand je naurais eu à la tête que ce dessein, naurais-je pas bien fait de faire douze mille lieues ? Je suis bien en train de causer, il faut pourtant vous quitter. Une autre fois nous en dirons davantage, la matière nest pas épuisée.7 juillet.
Nous allons au sud-est quart-dest. Il ny a point du tout de mer ; et avec petit vent on ne laisse pas de faire trente lieues par jour. On vient de voir du goémon : ce sont des herbes, des racines, du bois. On en voit ordinairement à quarante ou cinquante lieues des terres : il faut pourtant que nous soyons encore à plus de cent lieues des îles dAmsterdam et de Saint-Paul (4). On voit aussi force damiers, mais pas un petit poisson. Les jours maigres sont rudes à passer. Point de poisson, point dufs : imaginez-vous quel bure : pas la moindre petite herbe verte. Aussi sommes-nous bien aises le dimanche matin ; et quand on a bien mangé cinq jours de suite, il est assez bon de faire diète.8 juillet.
A la fin voici le vent douest ; mais il est si petit : cest quil vient de loin. Il y a assez loin dici au Brésil. Il faut espérer quil prendra des forces : la lune qui commence à en avoir lui en donnera. Oh le beau sermon que vient de faire le père Le Comte ! Il se bourdalise beaucoup : en voilà deux de suite de la même force. Il est éloquent, familier et touchant ; et je vois que nos autres prédicateurs ne sont plus si empressés. Ils voient, au moins la plupart, quaprès quils ont bien crié, bien sué, on ne leur dit rien ; on commence Vêpres. Mais ce père Le Comte nest pas de même : chacun lembrasse, chacun lessuie ; on ne veut pas quil senrhume parce quon veut lentendre encore.
La hauteur sest trouvée de 39 degrés 40 minutes. Le vent a pris courage et nous allons bien.9 juillet.
O leffroyable, ô lépouvantable journée ! Nous nen vîmes jamais de pareille. Pour nous autres gens à bréviaire, ce nest pas merveilles : mais les marins, les pilotes tiennent le même discours. Il y a quatorze ans que je vais sur la mer je nai point encore vu cela ; et moi il y en a vingt-deux et je ne me suis point encore trouvé à telle fête. Le tonnerre, la pluie, les éclairs, la nuit en plein jour, la mer à mi-mât, des roulis : Dieu le sait. Un vent furieux qui par bonheur nous mène à la route ; et nous portons nos deux basses voiles. Des coups de mer qui couvent la dunette : mais voici le pis, des coups de mer qui viennent choquer le vaisseau comme les béliers dAgamemnon choquaient les murailles de Troie ; et quand cela arrive, tout le caisseau craque dans ses membres, et tremble et nous fait trembler. Il en vient de venir un si furieux que nous nous sommes tous regardés : et cependant, ô la bonne chose que la bonne conscience ! Nous navons point trop peur. Là-dessus, je compare moi à moi-même, moi allant en Angleterre (5) à moi allant à Siam ; Vous savez si nous courûmes fortune, dans un bon yacht, et vents à souhait. Jeus pourtant grande peur ; et plus de quatre fois je me repentis davoir quitté le plancher des vaches. Et ici, où la mer a un autre minois, où jentends les gens du métier dire Cela ne vaut rien, il nen faudrait pas beaucoup comme celui-là, je suis tranquille. Doù vient cela ? Je ne joue plus. La bassette (6) ne mest plus de rien, je songe un peu à lautre vie. Je ne tuais personne : mais à grand peine disais-je mon bréviaire et plus dune fois jai quitté le jeu pour aller débrider Vêpres et puis retourner quêter un sonica (7). Quand on en use ainsi, on doit craindre les dangers. Rien nest si fragile que la vie, et je ne comprends pas comment ceux qui ne croient que cette vie, ou qui du moins vivent comme sils ne croyaient pas autre chose, veulent aller à la tranchée ou sur la mer. Ils devraient, en suivant leur raisonnement, se tenir toujours dans une boîte. Mais pour nos Missionnaires, cest à eux à être braves. Que hasardent-ils ? Leur vie. Peut-être quils mourraient dans leur lit encore plutôt quici : et sils la hasardent, sils la donnent pour le service de Dieu, ce Dieu de justice leur en donnera une autre cent fois plus heureuse et qui durera éternellement. Là-dessus je men vais me coucher et tâcher de dormir malgré le roulis. La réflexion morale a peut-être été un peu longue : mais en vérité la mer en colère est un prédicateur pathétique, et le père Bourdaloue se tairait devant elle.10 juillet.
La mer sest mise à la raison. Elle est encore haute et le vent est assez fort. Mais nous portons nos huniers et faisons plus de deux lieues par heure. Nous espérons doubler incessamment les îles dAmsterdam et de Saint-Paul et puis aller reconnaître la pointe de Java, pour tomber brusquement dans le détroit de la Sonde quil faut passer avec un bon vent à cause du courant qui vient du nord.
La hauteur sest trouvée de 36 degrés 59 minutes.11 juillet.
Deux lieues et demie par heure, quelquefois trois : de temps et temps des coups de mer ; un peu de roulis. Tout cela nest rien, pourvu que nous arrivions dans un mois à Batavia ; et nous y arriverons, se Deos fos servido, (8) ou si vous aimez mieux :(9)
12 juillet.
Le vent sest rangé de larrière et sest modéré. Nous portons nos huniers. La mer nest plus grosse : on voit seulement de petits moutons blancs. Le soleil se montre, il ne fait plus si froid. Nous filons deux lieues par heure. On voit du goémon et des oiseaux. Nous avons à tribord les îles dAmsterdam, et à bâbord celle de Romeiros.13 juillet.
Nous allons à souhait ; et quand nous ferions le temps, il ne serait pas autrement. Bon vent : nous portons toutes nos voiles : la mer unie : deux lieues et demie par heure, sans quon se sente aller. Je vous conseille dêtre content.
Je souhaite davoir encore trois semaines la même chose à vous dire. Toujours beau temps ; il ne fait que croître et embellir. Nous faisons près de trois lieues par heure avec la même facilité. Le vaisseau glisse, et quand il a glissé pendant vingt-quatre heures, nous nous trouvons soixante lieues plus près de Siam.
Nous étions à midi à 33 degrés de latitude méridionale par la hauteur, et à 99 degrés de longitude suivant lestime.14 juillet.
Je meurs denvie de vous parler de Gournay. Vous pourriez bien être à lheure quil est dans ce cabinet de verdure que nous fîmes lannée passée. Mais je ny songe pas : le soleil vient de se lever pour nous : il ne se lèvera pour vous autres gournésiens que dans quatre heures, et il aura beau se lever pour Gournay, vous ne vous en lèverez pas plus tôt. Peut-être que vous navez pas encore songé à dormir, et quentouré de cinq ou six in folio, dans votre robe de chambre, étendu sur votre lit, vous achevez de dévorer un volume dont vous avez lu la préface après souper. Quoi quil en soit, je madresse à vous, ou raisonnant ou dormant : tout cela mest égal, jen tirerai aussi peu de lun que de lautre, parce quil y a quatre mille lieues dici à Gournay. Car sans cela, si jétais à la ruelle de votre lit (10), je crois que je vous aimerais mieux dormant que raisonnant, et voici sur quoi je me fonde : sur lexpérience. Nest-il pas vrai que, quand vous avez quelque chose à faire, vous allez dormir, et que plus laffaire est difficile, plus vous dormez ? Quand les autres mortels ont quelque chose à faire, ils vont étudier, ils vont veiller. Pour vous, jen suis témoin oculaire, vous navez quà vous jeter sur votre lit : votre lit vous est ce que la terre était à feu Antée (11) ; vous y prenez de nouvelles forces. Je nai jamais songé à en trouver la raison : mais ici que je nai rien à faire et quéloigné de vous, il faut bien que je raisonne tout seul, jy veux songer. Pour moi, je crois que toutes les sciences sont dans votre tête, il nest question que de les démêler. Or quand vous vous jetez sur votre lit, vous nêtes pas dabord endormi : vous songez profondément à ce que vous avez à faire, rien ne vous distrait. Alors toutes les idées dont est question se présentent à vous. Là-dessus Monsieur sendort : ces idées se promènent dans son imagination et sarrangent ; et à son réveil, il trouve sous sa main tous les marériaux dont il a besoin pour bâtir quelque dialogue. Cela nest point si mal raisonné. Mais revenons à Gournay. Ny retrouverai-je point une petite fontaine ? Il ne vous en coûtera que cinq cents écus. Il est vrai que ce serait encore mieux fait de les donner aux pauvres. Je parle bien sérieusement. Mais supposé que vous ayez cinq cents écus dont vous nayez que faire, grande supposition, il vaut mieux les employer à faire venir de leau dans votre bois que les garder dans votre cabinet. Rien nest si vilain à un ecclésiastique que de garder de largent. Et puis prenez bien votre temps, faites travailler pendant lhiver : le blé est cher ; cela fera gagner les pauvres gens. En un mot, faites comme il vous plaira, mais je serais bien aise de trouver une fontaine à Gournay (12). Si je reviens avec M. le chevalier de Chaumont, je me consolerai pourvu quon y travaille. Mais si je demeure à Siam deux ou trois ans, je prétends à mon retour la voir jaillissante. Je ne vous dis rien de M. le prieur Nouët : il ne sait peut-être pas à quel point je laime et combien je souhaite que M le place bien. Cest un homme à mettre en uvre : et vous-même ne devriez-vous pas y travailler nuit et jour ? Ne vous y endormez donc pas : ce doit être votre endroit sensible. Et si M. le général fait son devoir, ce quil aime fort à faire, je len remercierai du meilleur de mon cur : car il faut convenir quon ferait des choses admirables. Je coupe court. Je ne finirais par sur les terrasses, sur les galeries, sur les parterres, sur lionique, sur le dorien ; et voici lheure du siamois que je ne prétends pas employer à badiner avec vous.
A 31 degrés 40 minutes. Nous commençons à faire le nord-est tout pur, et la variation et la dérive nous vaudront encore quelque chose.15 juillet.
Cest aujourdhui que finit la neuvaine que nous avons faite pour le bon vent, et depuis quelle est commencée, nous lavons eu à souhait. Nous avons fait plus de quatre cents lieues depuis huit jours : assurément, Dieu veut quon le prie. M. Basset a prêché sur les peines de lenfer et a fort bien prêché : mais sil continue, il ne prêchera pas longtemps. Il se met en colère à lexorde : il nest poitrine de fer qui puisse résister à des mouvements si impétueux : ses supérieurs le modèreront.
Robin est mort et nous le mangerons. Cétait un mouton fameux entre les moutons par ses grands voyages. Il avait fait plusieurs campagnes fort heureusement, avait vu les îles de lAmérique, toujours entre les deux ponts à la tête des autres quil endoctrinait sur la tangue et sur le roulis ; et après avoir passé la ligne, doublé le cap de Bonne-Espérance, à cinq cents lieues de Batavia, la sotte bête sest laissée tomber et sest incommodée dune jambe de derrière. Robin était fort gras : on a eu peur quil ne maigrisse, on la abandonné au boucher. Cet accident a mis la discorde dans le vaisseau. Quelquun sest avisé de dire que Robin nétait quune machine. Là-dessus grande dispute (13). Tout le monde a pris parti, et les histoires ne finissent point sur ce qua fait un chien, sur ce qua fait une guenon. M. Vachet nous cite des éléphants : chacun retient à faire son conte. Après chaque conte fait, on dispute, on crie et personne navance. Les machinistes font une mine dédaigneuse. Les autres se croient fondés sur le bon sens et sur lantiquité. La retraite sonne et chacun se va coucher, plein de son opinion et de soi-même.16 juillet.
Voici la pleine lune, et si elle nous est favorable, si le vent ne change point, nous serons à Batavia avant la fin du mois. Il est déjà un peu changé. Il vient du sud : tant mieux, pourvu quil demeure là. Nous allons au nord-est : vent largue ; et à midi nous étions à 28 degrés et demi de latitude et à 106 de longitude. Il me semble que je vous entends. M. labbé Michel, je vous prie, apportez ma carte : voyons où sont ces pauvres gens, ou plutôt, voyons où ils étaient à deux heures après midi du 16 juillet 1685. Ils nétaient pas à cinq cents lieues de lîle de Java.17 juillet.
Le vent est devenu sud-est : nous ne laissons pas daller à la route, mais il faut aller au plus près. On a tenu conseil de pilotes pour régler la route. Quelques-uns ont été davis de faire lest tant que lon pourrait et daller reconnaître la terre dEndrach (14), pour descendre ensuite le long de lÎle de Java dans le détroit de la Sonde ; et leur raison est quen ce temps-ci, il règne des vents dest et que quand ils sont venus, il est difficile de gagner le détroit de la Sonde si on ne se trouve pas à la hauteur de Java. Mais leur avis na pas été suivi, parce que ces terres dEndrach sont fort dangereuses, pleines de roches à fleur deau. Il y en a quelques-unes marquées sur les cartes, comme les Trials, et une infinité dautres entre lesquelles il serait casuel de passer. Là-dessus on a consulté les auteurs. Un routier portugais va reconnaître la terre dEndrach. Les Hollandais ny vont jamais : nous nirons point non plus. Les Hollandais savent bien leur métier, et à voir létat de leurs affaires dans les Indes, ils en savent plus que les Portugais. De plus, les uns font notre route beaucoup plus souvent que les autres. Les portugais, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, rangent les côtes orientales de lAfrique, dont ils possèdent une partie, et vont par là aux Indes ; et les Hollandais vont droit à Bantam : ainsi il les en faut croire. Nous allons donc au nord-est pour gagner lîle de Java au-dessus du détroit ; et si les vents nous contrarient et que nous nous sentions dériver vers Sumatra, nous ferons des bordées pour nous soutenir jusquà ce que nous puissions enfiler ce détroit. Voilà bien de la marine : jen entends parler, il faut bien que je vous en parle.18 juillet.
Le vent commence à être tiède : aussi approchons-nous du tropique. La mer de temps en temps se brouille. Nous roulons, nous tanguons, nous nous tenons comme nous pouvons. La hauteur était aujourdhui de 24 degrés et demi et la variation de 9 degrés.19 juillet.
Le tropique est passé. Nous étions à midi à 22 degrés 45 minutes de latitude méridionale et à 110 degrés de longitude. Cest toujours le sud-est que nous pinçons. Il faut espérer quil changera, car il nous mènerait à vau le vent de Sumatra, et ce nest pas notre compte.
Je vous ai tenu un petit cas secret, mais je ne puis plus tenir ; et vous puis-je cacher quelque chose ? Japprends Euclide : jai un compas ; je fais des rhomboïdes et force trapèzes. Quand il vous plaira mesurer une ligne inaccessible, vous navez quà menvoyer quérir. Je vois bien, je sens ce que vous mallez dire. Vous mallez renvoyer au proverbe : Qui trop embrasse, mal étreint. Vous allez compter par vos doigts : le portugais, le siamois, la sphère, le pilotage, la manuvre, Euclide sur le tout ; quel pot-pourri ! Et ne vaudrait-il pas mieux ne sappliquer quà une chose et la savoir à fond ? Non, il ne vaudrait pas mieux. Quand on est sur la mer, le moyen détudier huit heures de suite la même chose ? On sen ennuierait bientôt : au lieu quen suivant ma méthode, on va de plaisirs en plaisirs. Une heure de portugais, deux heures de siamois, une heure dEuclide ; tout cela entremêlé de quelques chapitres des Essais de Morale : une fondation à perpétuité dun chapitre de lEvangile, que je lis tous les soirs avec M. Basset qui men explique les endroits les plus difficiles : un peu de musique. Nous savons passablement le plain-chant, et dans un village, on porterait fort bien la chape. De temps en temps la promenade sur le pont, quelque petite conversation avec les pilotes, regarder sur la carte : nous sommes ici, nous étions là hier, si nous pouvions être là demain. Les prières publiques, les particulières, lheure du bréviaire, le dîner, le souper, une partie déchecs pour la récréation. Les jours vont si vite. Je sais bien que je ne deviendrai pas un bon pilote, ce nest pas ma vocation ; ni un bon mathématicien, le métier men paraît trop sec ; mais au moins je saurai le portugais, et en dépit de vous le siamois. Les mandarins mont écrit ce matin une lettre pour se réjouir de mes progrès dans la plus belle langue du monde. Jai fort bien lu la lettre et lai presque toute entendue ; et sur-le-champ leur ai fait réponse en pur siamois. Il est vrai quon ma aidé à faire mon thème. Jai cru être en quatrième et écrire une lettre à mon père pour lui demander mes étrennes. Je commence à y prendre plaisir ; et suis sûr, moralement parlant, de parler siamois à Siam. Euclide ira jusquoù il pourra, tant que jaurai le père Tachard ; et la sphère, tant que jaurai le père de Fontaney : et quand nous serons arrivés à Siam, nous verrons ce quil y aura à faire.20 juillet.
A 21 degrés. Nous voici dans la zone torride. Il ne fait plus froid ; mais les habits de drap nincommodent point encore. Le vent nous incommode beaucoup. Il est toujours sud-est et nous commençons à trop aller vers le nord. Si cela durait encore cinq ou six jours, nous nous trouverions à vau le vent du détroit de la Sonde, ce quil faut éviter. La mer est fort grosse, et nous roulons, et nous tanguons : les huniers sont sur le ton.21 juillet.
Ce vent toujours au même endroit, et forcé, ce qui en fait craindre la durée. Nous recommençons aujourdhui une neuvaine : nous nous sommes bien trouvés de lautre. Il ne faudrait que cinq jours de bon vent pour nous faire manger de la salade à Batavia, et tout léquipage a besoin de rafraîchissement. Il y a plus de trente malades du scorbut. Pour moi, jai le cur fade depuis deux jours. Lapproche du chaud, le roulis, la mer grosse et deux jours maigres sont bien capables de rendre un cur fade. Il est demain dimanche, et nous allons tuer un mouton et un cochon, qui sont bien meilleurs quà terre, parce quon les nourrit de pain.
On vient de voir des poissons : il y avait bien longtemps quon nen avait vu. Ils naiment la grande mer que dans les pays chauds. Les pilotes disent que ce sont des dauphins : il me semble que ce sont des marsouins. Nous en jugerons, sils approchent le vaisseau, car jusquici ils se tiennent sur les hauteurs, hors la portée des harpons. On vient de voir aussi des poissons volants : toutes marques de pays chaud.
La hauteur sest trouvée de 19 degrés 10 minutes. Nous ne croyions pas avoir fait tant de chemin, et il faut quil y ait par ici des courants qui portent vers le nord.22 juillet.
Il est bien opiniâtre ce sud-est. Nous avons pourtant quelque espérance. On voit au-dessus du vent qui nous mène, un autre vent qui va vers lest : mais il est trop haut et nous est inutile : peut-être quil descendra. Ce nest point une vision ; la marche des nuages en fait foi. Il est présentement question de lîle des Cocos (15), quil faut laisser à bâbord, ce qui nous sera impossible si le vent ne se range un peu vers le sud. Que sil demeure encore deux jours où il est, nous revirerons de bord et irons courir le sud-ouest pour nous soutenir dans ce parage, jusquà lheureux moment que nous pourrons reconnaître lîle de Java.
M. Manuel a prêché aujourdhui malgré le roulis, et a été fort court. On lui a donné beaucoup de louanges.23 juillet.
Notre fortune ne change point. Nous espérions que la lune, en changeant de quartier, ferait changer le vent : elle ny a pas songé ; il résiste à tout. Il vient des grains de temps en temps : cest encore un sujet despérance, car les grains dordinaire amènent du vent ; et cependant tout cela ny fait rien. Linexorable sud-est nous persécute, et nous pourrions bien lavoir encore jusquà la fin du mois et de la lune.24 juillet.
La même chanson. Nous sommes à quinze degrés. Il commence à faire chaud, et sans le vent qui vient du pays froid, il en ferait bien davantage.25 juillet.
Si jamais vous allez aux Indes, ne croyez rien de tout ce quon vous dira en partant. On nous avait assurés que nous trouverions des vents réglés, une mer pacifique : rien de tout cela. La mer est très rude, la lame courte ; le navire ne sait où se mettre ; et depuis le Cap nous avons presque toujours été tourmentés. Les vents sont fort variables. Notre malheureux sud-est est devenu est et nous portons droit au nord. Sil voulait au moins pour un temps devenir nord-est, nous revirerions de bord et tâcherions de nous redresser, car nous en avons besoin. Nous sommes aujourdhui à 14 degrés à vau le vent de lîle des Cocos.26 juillet.
Toute la nuit on a fait le nord, et ce matin on a reviré de bord ; de sorte que présentement nous faisons le sud-est.
On vient de faire quelques raisonnements sur le parti quil faudra prendre si les vents nous contrarient toujours, ce qui pourrait bien arriver : et la résolution est prise daller passer lhiver à Ceylan (16), en cas que dans le 20 août nous ne puissions gagner le détroit. Ce serait là une fâcheuse extrémité : être six mois dans un pays perdu, les bras croisés entre les mains des Hollandais, qui ne seraient peut-être pas si honnêtes que ceux du Cap. Nous avons déjà beaucoup de malades : dans dix ou douze jours ils nauront plus de viande et le nombre en augmentera. Les chaleurs deviennent grandes. Le bois diminue. Bientôt les eaux seront basses. Mais sil plaît à Dieu, tout cela nous tournera à bien, et jespère quavant quil soit quinze jours ce Journal sera daté de Batavia. Que si nous sommes obligés de relâcher à Ceylan , Dieu a ses desseins : cest peut-être par-là quil veut faire réussir laffaire qui nous mène. Il faut tâcher à tirer parti de tout. Eh bien, nous passerons lhiver à Ceylan, et à la fin de mars nous arriverons à Siam. Il faudra que M. le chevalier de Chaumont y passe au moins sept ou huit mois ; il aura plus de temps pour travailler à la conversion du roi de Siam : on ne précipitera rien. Nous y serons pendant le beau temps à larrivée de toutes les nations orientales, qui y viennent trafiquer depuis mars jusquen septembre. Nous aurons à choisir de raretés, de curiosités. Au lieu que si nous y arrivons au mois de septembre, nous ny trouverons plus détrangers : toutes les marchandises seront enlevées, et qui voudra avoir quelque chose lachètera bien cher. Tout le pays sera inondé ; point de promenade, point de chasse : nous ne verrons Siam quen hiver ; peu ou point de fruits. Avec tout cela nous banderons toutes nos voiles pour tâcher dy arriver.
La hauteur est de 12 degrés 40 minutes : mais depuis ce matin nous remontons vers le sud.27 juillet.
Le vent diminue et nous espérons que lundi prochain, à la nouvelle lune, il sen ira tout à fait et fera place à quelque bon ouest. Dieu le veuille.28 juillet.
Nous croyions ce matin être en calme, et nous en étions bien aises, parce que pour avoir le bon vent, il faut que le mauvais sen aille : mais il est revenu à son point et nous faisons toujours le sud-est. Cela nous élève au moins en longitude. Nous consentons de bon cur à aller encore quatre ou cinq jours la même route jusquà la hauteur des Trials, pourvu quil nous vienne ce quil nous faut pour tomber dans le détroit.
A la fin la grande partie déchecs vient dêtre décidée. Nous jouions en vingt parties liées, le chevalier de Forbin et le père Gerbillon contre moi. Il y avait deux mois quelle nous divertissait. Légalité était parfaite ; nous avions remis trois fois ; jétais aujourdhui vainqueur, et demain vaincu ; lémulation sy était mise, un mauvais coup nous faisait pâlir ; on y était tout entier tout le temps quon y était. Lauditoire, ou plutôt les spectateurs attentifs par-dessus lépaule, gardaient un profond silence quils ne rompaient de temps en temps que par des cris dadmiration. Ils ne pouvaient comprendre comment le roi ne nous donnait pas ses armées à commander, et ne comptait pour rien le maréchal de Créqui. Voilà qui est beau. Mais à la fin jai perdu, et jai eu besoin des Essais de Morale pour mempêcher dêtre fâché. Par bonheur javais lu depuis peu le traité de lamour propre et jai trouvé une belle occasion de mhumilier. Il ne faut point rire ; et cest de vous-même que je tiens cette maxime importante que de tous les jeux, le plus dangereux, et qui porte le plus à la vanité, cest le jeu des échecs. On croit quil ny a point de hasard, quil y faut de la vivacité et de la prudence. En vain (17) se présente comme grand joueur déchecs et assez malhabile homme. On se flatte toujours que qui peut avoir en même temps tant de vues différentes doit avoir un génie supérieur aux autres, et cependant cela nest pas vrai. Je ne sais si je vous dois conter ce qui marriva il y a trois jours. Jétais dans lardeur de cette grande partie déchecs : nous venions encore de remettre en cinq parties. Tout y était encore, et les parieux étaient pour moi, parce que javais toujours eu lavantage. Le soir, en faisant mon petit examen de la journée, je tombai sur les échecs et examinai bien sérieusement doù venait que javais si envie de gagner ; et après avoir bien retourné mon cur, je trouvai que cétait pure vanité. Alors je demandai à Dieu la grâce de me faire perdre, si cela pouvait mêtre bon à mhumilier. Qu'arriva-t-il ? Nous jouâmes le lendemain, et depuis ce moment-là je ne me suis pas défendu : jai perdu toutes les cinq parties sans en gagner une, quoi que je my sois appliqué de toutes mes forces. Je fus assez fâché dans le moment ; mais depuis la reflexion, jai eu beaucoup de consolation de voir ma prière exaucée. Il y a peut-être de la vanité à vous dire ceci, mais pourquoi y en aurait-il ? Si jai eu une bonne pensée, vient-elle de moi ? Et nest-ce pas Dieu qui me la envoyée ?29 juillet.
Alerte, alerte, le vent est sur les voiles ; largue lécoute, hale la bouline. Nous étions sur le pont. Tout le monde sest jeté aux manuvres et à travailler. Grande joie, cest changement de temps. Courte joie, ce nétait quune chapelle que le pilote nous avait laissé faire. Il avait trop ferré le vent, et le vent impatient avait pris la voile à lenvers : le terme est peu marin, et vous len entendrez mieux. De sorte quaprès avoir bien travaillé, nous nous sommes trouvés au même état, et le vent au même lieu. Je crois pourtant que ce petit accident nous a porté bonheur : le vent est venu ce soir presque sud-est, et nous faisons le nord-est quart dest, qui est presque notre route.
Le père Gerbillon a prêché sur lenfer avec beaucoup desprit. Il dit de fort belles choses, mais avec un peu trop de véhémence, quil saura bien modérer à la Chine. Car on ny prêche point, on parle de bon sens, on raisonne juste ; et quand les chinois voient un prédicateur tout hors de lui, qui crie du haut de la tête, ils se mettent à rire et disent : A qui en a-t-il ? Contre qui veut-il se battre ? Et croit-il me persuader en me montrant quil se laisse aller à ses passions et que la colère le transporte ?30 juillet.
Nous faisons toujours le nord-est quart dest par un fort joli petit temps. La mer est la plus belle du monde. Nous avons toutes nos voiles dehors : je ne vous les ai point encore nommées par leur nom. Nous faisons bien trente lieues par jour et sommes à 15 degrés, à peu près à deux cents lieues de Bantam. Si le vent voulait un peu fraîchir et se ranger de larrière, nous pourrions encore être à lentrée du détroit dans sept ou huit jours.31 juillet.
Nous allons toujours doucement. Le matin [le vent] vient un peu de lavant, et le soir il retourne au sud-est. Lîle des Cocos est doublée. Les oiseaux que nous voyons font connaître que nous nen sommes pas loin. Que si les Hollandais nous ont dit vrai, si la pointe de lîle de Java est cent lieues plus ouest quelle nest marquée sur les cartes, nous la verrons dans peu de jours.
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NOTES :
1. Originaire dHonfleur, le navigateur Binot Paulmier de Bonneville entreprit en 1503 un voyage sur le navire lEspoir, Il aborda les côtes brésiliennes le 5 janvier 1504, à la hauteur de la ville de Santa-Catarina, région alors dirigée par le roi Aresco, bon souverain qui jouissait du respect et lobéissance générale de ses sujets. Le français demeura dans la région que les indiens appelaient « Babitonga » jusquau mois de juillet suivant. Au moment de repartir, il fit faire une grande croix de bois qui fut plantée face à la mer, au cours dune magnifique cérémonie rythmée par les tambours et les trompes. Sur une face de cette croix furent gravés les noms du pape Alexandre VI, du roi Louis XII, de lamiral Louis Mallet de Graville, de Binot Paulmier de Bonneville, et de tous ceux qui composaient léquipage de lEspoir, des plus importants aux plus humbles. Sur lautre face de la croix, on inscrivit la phrase latine : « Hic Palmarivs Posvit Gonivilla Binotvs; Grex Socivs Pariter, Nevstraque Progenis ». Mais lamitié avait grandi entre le marin et le roi, au point que ce dernier confia à Gonneville un de ses fils, nommé non pas Mimi Siku, mais Icá-Mirim, dans le but de lemmener en France et de linstruire dans le maniement des armes, à la condition toutefois de le ramener au Brésil dans vingt lunes. LEspoir quitta les côtes brésiliennes le 3 juillet 1504. Icá-Mirim ne revint jamais au Brésil. Il sinstalla à Honfleur et épousa en 1521 Suzanne, une nièce de Bonneville. Ils vécurent heureux et eurent 14 enfants. Icá-Mirim mourut en 1583, à lâge exceptionnel pour lépoque de 95 ans. Il fut enterré avec les honneurs dus à un fils de roi. Lhistoire déjà savoureuse ne sarrête pas là. En 1658, les descendants dIcá-Mirim se virent réclamer des taxes d'aubaine en tant qu'issus d'étranger. Ils protestèrent que leur aïeul n'était pas venu demeurer en France de son plein gré, mais qu'il avait eu l'intention de regagner son pays après un court séjour, ce qu'il ne put faire, en dépit des promesses qu'il avait reçues, pour des raisons de force majeure. En conséquence, ils refusèrent de payer les taxes et présentèrent, à l'appui de leurs affirmations, le rapport établis par Gonneville à son retour, dont le tribunal fit vérifier l'authenticité. Ils obtinrent gain de cause. Heureuse époque où lon pouvait encore obtenir gain de cause contre le fisc retour2. Pierre Nicole (1625-1695) moraliste français, professeur aux Petites Ecoles de Port Royal des Champs entre 1649 et 1654. Il traduisit en latin les Provinciales de Pascal sous le pseudonyme de Wendrock. Il est lauteur des « Essais de Morale » en quatre volumes. retour
3. Des mauvaises langues prétendent que labbé, joueur invétéré, désirait surtout se rendre au Siam pour échapper à ses créanciers. Si tel était le cas, le calcul était assez mauvais, puisquil neut pas le temps de déposer sa requête pour demander au roi de mener lambassade que le chevalier de Chaumont était déjà nommé. Il proposa alors de partir en tant que « coadjuteur », ambassadeur en second, à ses frais, et sendetta lourdement pour réunir les vingt mille écus quil jugeait nécessaires à lexpédition. retour
4. Iles françaises du sud de locéan indien. Lîle Saint-Paul, inhabitée, est au sud de lîle dAmsterdam, aujourdhui Nouvelle-Amsterdam. retour
5. Labbé de Choisy sétait rendu en Angleterre avec labbé de Dangeau en 1676. retour
6. « Jeu de cartes assez semblable au lansquenet. » (Littré) Rien de ce qui touche au jeu nest étranger à labbé de Choisy. retour
7. Ce mot est un terme employé dans le jeu de la bassette. « Se dit dune carte qui vient en gain ou en perte le plus tôt quelle puisse venir. On lutilise aussi au figuré dans le sens de : à point nommé, justement, précisément. » (Littré) retour
8. « Si Dieu nous aide. » retour
9. Mên ta pra chao soi « Si Dieu nous vient en aide » Merci à Khun Pili et à ses connaissances du laotien de mavoir aidé à traduire cette phrase. Jespère de tout cur, Khun Pili, que cette situation de clandestin en France, sans papier, sans droit, sans sécurité sociale et sans dignité trouvera un jour une issue heureuse. Ne sommes-nous pas le pays des droits de lhomme ? retour
10. La ruelle du lit était lespace laissé entre le lit et la muraille. « Sous Louis XIV, le terme désignait souvent les chambres à coucher, les alcôves de certaines dames de qualité servant de salon de conversation et où régnait souvent le ton précieux. » (Littré) retour
11. « Ou Antaios Géant fils de la Terre (Gaia) et de Poséidon, Héraclès le terrassa trois fois sans succès, car il reprenait force en touchant la terre. Enfin, il le souleva et létouffa. » (Larousse) retour
12. Dans son ouvrage LAbbé de Choisy, Androgyne et Mandarin (Fayard 1995) Dirk Van der Cruysse note : Le souhait de voir une fontaine dans le bois de son ami et la conviction que largent est fait pour être dépensé sont enrobés dune pensée pratique pour les pauvres : tout Choisy tient dans cette proposition où chacun trouve son compte. retour
13. Débat philosophique fort à la mode au XVIIe siècle, où saffrontaient les animistes et les machinistes ou mécanistes. retour
14. En octobre 1616, le capitaine hollandais Dirk Hartog qui commandait le navire Eendracht (la Concorde) aborda pour la première fois la côte ouest de l'Australie au lieu appelé aujourd'hui Shark Bay. Il y laissa un mémorial, et baptisa cette région "terre de la Concorde", ou "terre d'Eendracht". De nombreux autres marins hollandais aborderont également les côtes australiennes dans les années suivantes : Houtman en 1619, Carstensz en 1623, Nuyts en 1626-27, Thijssen en 1627, Pelsaert en 1629, Tasman en 1642, etc. retour
15. Egalement appelées îles Keeling. Archipel situé à 800 kilomètres au sud-ouest de Java, près du 12ème parallèle. Ancienne colonie britannique transférée à lAustralie en 1951 ; elle vote pour son rattachement à ce pays en 1984.
Les Hollandais dans les îles des Cocos. retour
16. Labbé de Choisy orthographie Ceilon. retour
17. Le nom est remplacé par des points de suspension dans le fac-similé publié par les éditions Charlermnit. retour
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Page mise à jour le 6/1/02