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JOURNAL DU VOYAGE DE SIAM
Fait en 1685 et 1686 Par M.L.D.C.
Avril 1685
1er avril.
Calme toute la nuit. Petit vent ce matin, un peu contraire. Nous ne laissons pas d'aller ; cela vaut encore mieux que de languir à la même place. On s'amuse à prendre des porcins, espèce de marsouin qu'on mange (1): pourvu qu'on mette dans la bouche un morceau de porcin et une poignée de sel en même temps, cela le fait passer.
On a pris hauteur et nous sommes encore à 2 degrés 10 minutes.2 avril.
Nous ne nous ennuyons pas encore. Il vient de temps en temps des grains nous réveiller. Quand ils viennent du nord, on s'en sert et nous avançons un peu. Mais c'est grand pitié de se voir à deux doigts de la ligne sans la pouvoir passer. Quand le vent nous a fait faire quelques élans, les courants nous rapportent le soir au même lieu où nous étions le matin. Cependant les poules se mangent, l'eau se gâtera, et le nombre des malades augmente. On est quelquefois six semaines dans l'état où nous sommes : Dieu nous en préserve. Nous nous vengeons sur les marsouins.3 avril.
Chose épouvantable ! Etre encore à un degré 51 minutes, c'est presque reculer. La mer est agitée et point de vent. On voit dans la perspective un grain qui se forme : bon, il nous poussera. Le grain arrive, et ce n'est que de la pluie, point de vent. Le soir paraissent sur l'horizon force châteaux, tours, églises, villages, sans compter des monstres hideux, et tout cela disparaît, sans qu'il nous en vienne un zéphyr (2). La pompe de mer s'est aussi montrée. C'est une manière de colonne d'eau qui s'élève de la mer jusqu'aux nues, et malheur aux vaisseaux sur qui elle tombe. On lui tire des coups de canon quand on la voit venir, et pourvu qu'on la puisse toucher, elle est dissipée (3).4 avril.
Toujours calme et grand chaud. Messieurs de la Maligne nous sont venus voir ce matin. Leur canot est si petit qu'à peine osent-ils s'y fier. Ils nous ont conté les grands coups de mer qu'ils ont essuyés au cap de Finistère ; comme l'eau était d'un pied sur le pont et la nécessité où ils se trouvèrent de rompre leur chaloupe. Il y en eut plus d'un qui se crurent à leur dernier jour. Et nous, fiers et tranquilles sur notre Oiseau, nous voyons la mer en colère sans la craindre et presque sans la sentir. Ils n'ont point de malades chez eux. Nous ne sommes pas de même ici : le nombre en augmente tous les jours ; mais Dieu merci on ne jette personne à la mer.5 avril.
Calme, et toujours calme. Nous faisons une dizaine de minutes par jour.6 avril.
Il n'a point encore fait si chaud. L'air est net, point de nuage et le soleil sur notre tête darde ses rayons de fort près. La mer est plus tranquille qu'un étang. On ne sait où se mettre : le cur est si fade. Il ne faut pas parler d'étudier. On pêche. Les requins ne manquent point, c'est pour l'équipage, et nous mangeons les bonites qui sont fort bonnes à manger (4). Le chevalier de Forbin est toujours la ligne à la main. Il fait par lui-même et fait faire aux autres.
On vient de prendre hauteur et nous sommes à 50 minutes de la ligne. Elle est bien difficile à écorcher.7 avril.
Nous avons eu ce matin un gros grain qui nous a amené du vent et la ligne est présentement passée entre 357 et 358 degrés de longitude à la française. Les pilotes voulaient faire la cérémonie, mais on l'a remise à demain. Cela s'appelle vulgairement baptême. Nous ne lui donnerons pas un nom si saint : on ne se servira point d'eau bénite, point de signe de croix, on ne jurera point sur l'Évangile. Pour le reste, liberté entière. Il fait chaud ; on mouillera tant qu'on voudra.8 avril.
Toujours un petit vent qui fait faire une lieue par heure. Ainsi la ligne étant plus que passée, on a fait ce matin la cérémonie. Tous les matelots qui l'avaient déjà passée se sont armés de pincettes, tenailles, marmites et chaudrons. A leur tête un tambour plus noir que les mandarins, et pour capitaine un vieillard tremblotant qui eût fort bien chanté : C'est une charge bien pesante, qu'un fardeau de quatre-vingts ans (5). Cette compagnie, après avoir fait l'exercice, s'est rangé autour d'une baie (6) ou baquet plein d'eau, où selon l'ordre ancien on devait plonger tous ceux qui n'avaient pas passé la ligne. Monsieur l'ambassadeur a comparu le premier et a promis, en mettant la main sur une mappemonde, de faire observer la cérémonie si jamais il repassait la ligne ; et pour n'être point mouillé il a mis dans le bassin une poignée d'argent. J'en ai fait autant, et tous les officiers, et tous ceux qui avaient de quoi se racheter. Les autres ont été plongés dans la baie et inondés d'une vingtaine de seaux d'eau. On a ramassé près de soixante écus, qui serviront à acheter des rafraîchissements (7) pour l'équipage. C'est une coutume inviolablement observée d'obliger les mousses à se donner le fouet les uns aux autres, et par-là finit la fête. Mais aujourd'hui on était las, et les mousses ont eu répit jusqu'au premier calme, qu'ils seront fouettés d'importance pour faire venir le vent (8).
M. Vachet a fait l'exhortation après dîner. Il a été un peu long, mais en vérité il a dit de bonnes choses, et de bon cur. Il n'est pas éloquent, mais à l'entendre et à le voir, on ne doute pas qu'il ne pense tout ce qu'il dit. Et quel avantage pour un prédicateur d'être cru de bonne foi !9 avril.
La hauteur n'a pas été bonne. Il faut avoir recours à l'estime (9) qui nous met à 2 degrés. Nous n'avons plus que quinze ou seize cents lieues jusqu'au Cap : non en droiture : il n'y en aurait que la moitié. Mais il faut aller vers les côtes du Brésil pour y trouver les vents d'ouest qui nous conduiront vent arrière dans le Cap. Quoiqu'il en soit, nous avons fait le quart du chemin.10 avril.
Les brouillards ont empêché de prendre hauteur. Nous avons un petit frais qui nous mène bien. Ce qu'on n'a jamais vu sous la ligne, c'est le nord-est qui règne : c'est ordinairement des sud-est, des sud-ouest. Mais jusqu'ici nous avons les vents quasi dans notre manche. Nous ne naviguons pas comme les autres navigateurs. Vous savez que les relations ne sont pleines que des horreurs de la ligne. Où sont-elles ces horreurs ? Notre vin a toute sa force, l'eau est admirable, et, ce qu'on aurait de la peine à croire, nous buvons frais, non pas à la glace, mais comme si l'eau avait été au fond du puits. Le fond de cale est bien aussi creux qu'un puits (10). Du pain frais tous les jours. Des poissons de cent espèces différentes. J'exagère, mais enfin on en voit, on en mange de beaucoup de sortes. Nous fîmes hier la dissection d'un albucor (11). Il ressemble à un thon et est bien meilleur : presque point de boyaux, de grosse chair rouge et ferme, de petites dents blanches et bien rangées. En cela fort différent du marsouin, qui a quatre ou cinq râteliers les uns sur les autres, avec lesquels il coupe comme un rasoir.11 avril.
Nous voici à 3 degrés 10 minutes. Toujours le nord-est. On n'a jamais ouï parler de cela. Nous allons au sud-est, et si les mêmes vents continuent, nous ne serons point obligés d'aller vers le Brésil chercher les vents d'ouest. Nous irons prendre des tortues à l'île de l'Ascension (12) et de l'eau à Sainte-Hélène (13), et nous doublerons le cap de Bonne-Espérance sans nous y arrêter. Ce serait gagner un mois de temps.12 avril.
La mer est couverte de poissons. Les uns nagent, les autres volent. Ceux qui nagent sautent pour attraper ceux qui volent, et tous se font la guerre et se mangent quand ils peuvent. Nous les mangeons aussi quand nous pouvons. Ce sont jusqu'ici les albucors qui ont remporté le prix. Les dorades ont des parieux : nous en jugerons.13 avril.
Les vents sont sud-est, c'est l'ordinaire de ces pays-ci. Ce ne sont plus les grains qui les amènent, ce sont vents frais et alizés. Nous allions déjà croire qu'en notre faveur l'ordre de la nature s'allait renverser. Mais non, l'île de Sainte-Hélène est devenue pour nous inaccessible, et nous allons vers le Brésil chercher les vents d'ouest qui nous porteront au Cap. La hauteur s'est trouvée de 3 degrés 5 minutes.14 avril.
Nous allons bien, mais comme est vent est sud-est, il faut le pincer, aller au plus près. Franche bouline (14). Nos pauvres têtes le sentent bien et ne peuvent qu'à peine se conduire. La frégate n'oserait porter ses perroquets dès qu'il y a un peu de mer et nous sommes obligés de l'attendre. Elle avait grande réputation : c'était un bâtiment de courses (15), et il faut que son doublage (16) l'ait appesantie.
A 5 degrés de hauteur.15 avril.
Même vent. La mer assez haute. Force poissons volants. On ne peut ni pêcher, ni harponner. Le navire a trop d'air (17). La hauteur s'est trouvée de 6 degrés 9 minutes. Nous allons pourtant assez vite. Mais quand la lame nous prend par le travers et qu'on dérive, on n'élève pas tant (18).
Le père de Fontanay a fait l'exhortation. Peut-être que je suis prévenu en sa faveur : il me semble qu'il a dit de bonnes choses, simples, intelligibles, de pratique. Je l'aime tout à fait : avec beaucoup d'esprit et de capacité, il sait avoir tort quand il le faut et ne se pique point, comme beaucoup d'autres, d'avoir toujours raison. Car il y en a dans notre petite république qui ont en main une raison toujours dominante. On meurt d'envie de se révolter contre eux et de leur refuser même la justice.16 avril.
La Maligne tira hier au soir un coup de canon pour nous avertir qu'elle se trouvait mal. On fit carguer les voiles pour l'attendre (19), et bientôt nous vîmes qu'elle avait démâté de son petit hunier (20). La mer n'était pourtant pas fort grosse. Ce bâtiment est bien délicat et nous fait perdre beaucoup de temps. Ainsi la vie est-elle mêlée de bien et de mal. Nous irions plus vite sans elle, mais nous irions tout seuls, et serions les uns sur les autres.
A 7 degrés. Nous ne craignons plus les calmes : nous aurons toujours du vent, et vers les 23 degrés nous espérons trouver les vents d'ouest, et vent arrière au Cap.17 avril.
Il n'y a que quatre jours que la mer était couverte de poissons : nous n'en voyons plus. La morue est bien mauvaise, l'huile bien puante, l'eau bien jaune, le biscuit bien aigre. Le vin se soutient encore, l'eau-de-vie est meilleure que jamais. Pâques approche, nous nous consolons. Nos poules donnent des ufs frais, mais les deux petits agneaux sont morts. Voilà de grandes nouvelles. Elles sont grandes pour nous. Voyez sur la carte où nous sommes, et avouez que si nous n'avions pas de quoi frire, nous serions assez embarrassés où en aller chercher. Laissez donc passer nos lamentations sur la perte nos agneaux, et mangez tant qu'il vous plaira de bonne salade. Heureux ceux qui voient de l'herbe, plus heureux ceux qui en mangent !
La hauteur est de 8 degrés 30 minutes. C'est bien allé.18 avril.
Nous voici où M. Vachet (21) s'est toujours souhaité, à 10 degrés de latitude méridionale. Il dit qu'il ne faut plus craindre les calmes, que nous aurons vent sud-est jusqu'au tropique, et que là, nous trouverons les vents d'ouest. On ne voit plus de poissons, que des volants et quelques oiseaux qui viennent se reposer sur nos hunes. On les appelle fous (22), margots (23) et paillancus (24). Si le beau temps continue, nous arriverons au Cap dans un mois, et quel plaisir de se câliner sur l'herbe verte ! Il faudra pourtant prendre les habits d'hiver. Il y fera fort froid et notre mois de mai nous fera voir de la glace. Le soleil sera à 50 degrés de nous.19 avril.
Onze degrés et demi. C'est faire bon chemin. Nous avons chanté Ténèbres (25) et il se trouve parmi nous de fort bonnes voix. Le vent n'est pas fort et la mer est grosse. Il y en a qui auraient presque envie d'être malades. Les viandes de carême y contribuent beaucoup, et je crois que quand les moutons et les poules seront revenus sur notre table, nous nous moquerons des houles, quelques coupées qu'elles soient.20 avril.
Le père de Fontanay a prêché la Passion à la Bourdaloue (26) : peu de mystère et beaucoup de morale. En vérité, il est touchant : et quoiqu'il soit attaché depuis longtemps à un métier bien différent de celui d'un prédicateur (27), il ne laisse pas d'y réussir, et je ne sais s'il remue le ciel aussi aisément que le cur.
La hauteur est de 13 degrés.21 avril.
Sans la hauteur, je manquerais à ma parole. Mais au moins c'est y satisfaire que de vous annoncer 14 degrés 30 minutes. Nous avons un peu roulé cette nuit.22 avril.
Que nous avons chanté avec plaisir, Alléluia ! Que les poules étaient dodues ! Que le mouton était gras ! Le temps va bien vite : nous voici déjà à Pâques, et à 15 degrés 49 minutes. De bonne foi je ne me suis pas encore ennuyé un moment. Le terme approche. Ces grands évènements se vont démêler : nous saurons bientôt ce qui en arrivera. Un roi se faire chrétien, un million d'âmes suivre son exemple, voilà peut-être ce que nous allons voir. Voilà au moins ce que nous allons tenter. Y eut-il jamais un plus beau dessein ? Et peut-il entrer dans l'esprit de l'homme une idée plus noble, une pensée plus magnifique ? Nous avons déjà fait deux mille lieues et plus. Il nous en reste encore à faire trois mille cinq cents. Mais franchement, plus nous avançons, plus nous traitons le voyage de bagatelle. Nous contemplons le terme sans prendre garde aux moyens. Il est vrai que jusqu'ici nous marchons sur les roses : notre vaisseau est le meilleur vaisseau de la mer, et les vents nous ont été favorables. On dit qu'auprès de ce cap nous trouverons à qui parler. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle le cap des Tourmentes (28) : et moi je crois que nous le passerons comme celui du Finistère. Il y a tant de bonnes gens qui prient Dieu pour nous. Dieu veut qu'on le prie, et quelquefois nous le prions aussi de tout notre cur.23 avril.
On fait ici le service comme à Notre-Dame. On chante, on prêche et si l'on voulait croire tous nos ecclésiastiques, ils prêcheraient quatre fois par jour. Ils voudraient bien s'exercer, mais notre pauvre équipage n'en peut mais, et quand un matelot a chanté de toute sa force les litanies et la prière pour le roi, il est content et demande sa gamelle. Le vent est toujours bon. On a trouvé aujourd'hui 17 degrés 9 minutes. Nous sommes bien emmarinés (29). Nous dansons au roulis, et quand la mer est grosse nous en avons meilleur appétit. Dès qu'on mange bien, on se porte bien. Je suis tout accoutumé à dormir à reprises. La pompe (30), le changement de quart font des bruits inévitables : j'y suis fait. Nos têtes sont affermies et nous étudions deux heures de suite. On lit tout courant le portugais : e se Deos for servido, em pouco tempo falerase (31). Nous lisons le soir dans votre grand livre des étoiles. La manuvre s'apprend insensiblement : on se promène sur le gaillard (32). Les officiers ordonnent ; on a des oreilles. On demande, Qu'est-ce que cela veut dire, Hisse le perroquet de fougue (33) : on demande une fois, deux fois, et puis on le sait, et ainsi du reste. Ce n'est pas que nous en soyons plus habiles, mais enfin nous en savons plus que vous ; car autant que je m'en puis souvenir, vous n'avez pas fait de grands voyages sur mer.24 avril.
Il a fait assez chaud aujourd'hui. La hauteur n'a rien valu. L'horizon était plein de brouillards, que nous appelons brumes. Nos pilotes se croient par le travers de certaines îles. On a fait monter des hommes aux girouettes (34) : ils n'ont vu que de l'eau. M. Manuel (35) a prêché sur la résurrection de la Chair et nous a presque fait envie de mourir pour avoir plus tôt le plaisir de ressusciter. Il a, je vous assure, dit d'assez bonnes choses. Il n'y a plus que le père Tachard que nous n'avons point entendu : mais en récompense, l'équipage l'entend souvent. Il fait le catéchisme : il est toujours avec les matelots, les empêche de jurer, fait embrasser ceux qui font mal ensemble, propose des prix à ceux qui disent le mieux. Faire cela tous les jours vaut bien prêcher une fois par an.25 avril.
Les vents commencent à varier. Ils sont présentement est. Cela nous fait espérer qu'ils feront le tour et deviendront ouest. Ce sont ceux que nous demandons pour aller au Cap. Il a fait fort chaud tout aujourd'hui, et la hauteur n'a rien valu.26 avril.
Assurément les bons vents vont venir. Nous sommes en plein calme, et les matelots disent que les vents tiennent conseil. On voit des grains de tous côtés sur l'horizon. L'air se trouble, la mer est brouillée et les lames viennent tantôt d'un côté et tantôt d'un autre. On a cargué les voiles et nous attendons notre destinée. Il y a quelquefois des vaisseaux qui demeurent six semaines en pareil parage (36). Les calmes sont assez ordinaires sous les tropiques et nous ne sommes pas loin du Capricorne. On a trouvé à midi 20 degrés 49 minutes. On a trouvé aussi à fond de cale deux barriques de vin où il n'y avait plus rien. Sujet de crainte pour les autres. Il faudra vivre de ménage (37). On a retranché le déjeûner : nous ne laissons pas d'y boire cinq ou six grosses bouteilles de vin, et avec nos habits noirs, cela s'avale en un moment. Nous dînerons à dix heures et souperons à cinq. Deux grands repas de bonne viande fraîche bien meilleure que sur terre. Les moutons sont bien plus gras, et les poules dans leurs petites cages deviennent des cailles. Avec cela serons-nous bien à plaindre ? Et de plus tous les jours de la crème et des ufs frais tant qu'on peut. Il me semble que je vous parle souvent de mangeaille. Excusez de pauvres gens, qui se voient en calme à cinq cents lieues de toute terre, avec quelques provisions à la vérité. Mais enfin ce calme pourrait durer longtemps, et si longtemps que les provisions manqueraient. Et que faire ? Un vaisseau le meilleur du monde, avec les plus habiles pilotes, ne fait que virer quand il n'a point de vent. Il n'est pas possible que de pareilles idées ne se présentent à l'imagination. On lit dans des relations qu'en pareil cas on mange les rats : là-dessus on parle de farine, de vin, de biscuit, de lard, et moi je vous en écris, car j'écris comme je parle.27 avril.
La nuit a été fort noire. Nous avons perdu la frégate, et je ne sais pas comment cela s'est fait, car nous n'avons presque bougé d'une place. Point de vent, un calme profond. On lui a donné rendez-vous au Cap ; et si elle y arrive avant nous, elle nous attendra. On vient de prendre un requin, signe de calme. Nous voudrions bien voir du vent, et point de poissons.
La hauteur est de 21 degrés quelques minutes.
La frégate vient de paraître sur l'horizon. Elle était devant nous et avait profité d'un petit zéphyr que nous avions méprisé. Il faut peu de vent à un petit bâtiment, et dans le calme, la frégate nous dame le pion. Mais aussi quand le vent donne, nous triomphons, et pendant que la mer la mange, nos sabords (38) sont ouverts et notre sainte-barbe (39) est à l'air.28 avril.
Calme profond. De temps en temps il s'élève un petit vent : on croit que ce sera quelque chose, on lui donne toutes les voiles, et ce n'est rien. Il faut avoir patience, la nouvelle lune nous donnera ce bon ouest après lequel nous soupirons ; et cependant nous étudions à merveilles. Je vous écrirai dans quinze jours en portugais, et si vous me fâchez en siamois. Nos missionnaires l'apprennent. Pour moi je ne l'apprendrai qu'en cas que je demeure à Siam, et ce ne sera pas une affaire (40). Ils disent que la langue est assez aisée. Il y a trente-trois lettres (41), pas de conjugaisons, et beaucoup d'adverbes. Nous en parlerons à Siam : car je vous promets qu'à Siam même je vous écrirai régulièrement tous les jours. Je sens le plaisir que cela vous fera, et à moi aussi. Vous garderez précieusement le journal, et quand nous serons bien vieux, nous le relirons auprès des tisons. Il ne sera pas toujours si sec. Nos trompettes et violon (42) font des concerts fort agréables. Nous avons le bal trois ou quatre fois la semaine. On y mène d'autres divertissements, comme vous diriez, le cheval fondu, le cochon cochonnet (43) : c'est un fort beau jeu, où l'on se donne de bonnes tapes, et les matelots savent bien taper.29 avril.
Point de hauteur. Les vents de sud-est sont revenus un peu violents, et la mer est fort grosse. Quelques-uns de nos gens sont malades : pour moi je vous avoue que je suis un peu triste.30 avril.
Nous avons passé aujourd'hui le tropique du Capricorne et nous revoici dans la zone tempérée. Il faut reprendre les vestes. Les soirs, il fait froid. Les jours raccourcissent à vue d'il et nous essuyons en peu de temps des saisons bien différentes. La mer s'est un peu abaissée et le vent continue. Nous irons peut-être jusqu'au 30ème degré sans trouver les vents d'ouest.
Ce soir on a commencé à parler portugais bien ou mal. On l'écorchera d'abord, mais à force de battre le fer, on le polira. Nous prenons un sujet la veille : on se prépare, on lit le dictionnaire, on cherche des mots portugais, tantôt sur les étoiles, tantôt sur la marine, aujourd'hui sur l'histoire, demain sur la géographie. Ainsi en apprenant le portugais, nous apprendrons encore quelque autre chose.
24 feuilles format A4
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NOTES :
1 - Le marsouin était surnommé pourceau des mers. Il ne s'agit bien sûr pas d'un poisson, mais d'un mamifère proche du dauphin.
Il est ainsi décrit par Robert Challe : C'est un poisson long d'environ cinq pieds ; il vient tout proche du vaisseau, d'où on lui lance un dard armé d'un fer fait en langue de serpent. Si on le darde bien, on l'enlève de l'eau, et les autres ne s'écartent pas pour cela, car ces poissons vont toujours à très grande bande. Si on ne fait que le blesser, ils vont tous à la trace du sang, et ne le quittent point qu'ils ne l'aient dévoré.
Ce poisson est gros à proportion de sa longueur ; il a la tête fort grosse, la gueule large et garnie de petites dents bien pointues aux deux côtés, la langue large, courte et épaisse. Il a les testicules en dehors du corps. On n'y remarque pourtant pas ce que les Latins nomment Inguen, et que l'honnêteté défend de nommer en français. Le dedans du corps est composé comme celui d'un porc, sans aucune différence sensible. Son sang se fige et se congèle de même. Il n'a point d'écailles et est revêtu d'une peau qui serait serait bonne à corroyer, tant elle est dure. Il a, entre cette peau et sa chair, environ l'épaisseur du petit doigt d'une espèce de lard dur et si ferme qu'il fond dans la bouche comme un clou, et devient, par le broiement des dents, comme une pelote de coton. Nous en avons eu à la broche et en ragoût et M. l'abbé de Choisy a, pour le coup, raison de dire que le goût des marins est dépravé, du moins de ceux qui le trouvent bon, car certainement ce poisson ne vaut rien du tout à quelque sauce qu'on l'accommode ; et selon moi, du marsouin pour manger, du café pour boisson et une pipe de tabac pour dessert serait un véritable régal du diable, et convenable à sa couleur. (Robert Challe - Journal d'un voyage fait aux Indes orientales - Mardi 26 mars 1690 - Mercure de France - Collection le Temps Retrouvé - 2002)
Plusieurs poissons ont mérité ce nom de porcs ou pourceaux marins, ainsi que le note Pierre Belon du Mans dans son Histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture & description du daulphin, & de plusieurs autres de son espece, a Paris, de l'imprimerie de Regnaud Chaudiere - 1551 : Pour ce que j'avais auparavant écrit, que ce mot marsouin rendu en notre langue, ne signifie autre chose qu'un porc marin et qu'il y avait d'autres poissons en la mer auquel il convenait, il m'a semblé nécessaire d'en bailler la peinture, en peuve de ce que j'en ai déjà dit. Mais le nom de porc marin n'a pas été constant et arrêté à un seul poisson : car plusieurs ont obtenu ce nom selon diverses régions, comme est advenu à Constantinople en nommant l'Hippopotamus, que les uns nommaient le porc marin, les autres le buf marin.
Le portrait du poisson nommé aper, autrement nommé le sanglier.
Gesnerus dit qu'en la mer Océane naît un poisson ayant la tête d'un porc sanglier, lequel est de merveilleuse grandeur, étant couvert d'écailles mises par grand ordre de nature, ayant les dents canines fort longues, tranchantes et aigues, semblables à celles d'un grand porc sanglier, lesquelles on estime être bonnes contre les venins, comme la licorne. (Discours d'Ambroise Paré, conseiller et premier chirurgien du roi. A sçavoir de la mumie, des venins, de la licorne, et de la peste. A Paris, chez Gabriel Buon, au clos Bruneau, à l'enseigne S. Claude - 1582) retour
2 - Cette instabilité climatique jointe à l'absence de vent a été décrite par Pyrard de Laval dans la relation du voyage qu'il fit aux Indes orientales au début du XVIIe siècle : Depuis les 7° ou 8° approchant de la ligne du côté du nord et autant du côté du sud, on est fort incommodé de l'inconstance du temps et injures de l'air. La chaleur est si violente et étouffante que rien plus, ce qui corrompt la plupart des vivres. L'eau devient puante et pleine de gros vers ; toutes sortes de chairs et poissons se corrompent, même les mieux salés, le beurre que nous avions porté était tout liquéfié en huile, la chandelle de suif fondue. Les navires s'ouvraient aux endroits où ils ne trempaient point en la mer, la poix et le goudron se fondaient partout, et il était presque impossible de demeurer dans le bas du navire non plus que dans un four. Il n'y a rien de si inconstant que l'air, mais là c'est l'inconstance et l'incertitude même ; en un instant, il fait si calme que c'est merveille, et à une demi-heure de là, on ne voit et on n'entend de tous côtés qu'éclairs, tonnerres et foudres les plus épouvantables qu'on saurait s'imaginer, principalement quand le soleil est près de l'équinoxe, car lors on les remarque plus véhéments et plus impétueux. Incontinent le calme revient, puis l'orage recommence et ainsi continuellement. Il se lève tout-à-coup un vent si impétueux que tout ce que l'on peut faire est d'amener en diligence toutes les voiles, et vous diriez que mâts et vergues se vont briser et le navire se perdre. Souvent on voit venir de loin de grands tourbillons que les mariniers appellent dragons. Si cela passait par-dessus les navires, il les briserait et les coulerait à fond. Quand on les voit venir, les mariniers prennent des épées nues et les battent les unes contre les autres sur la proue, ou vers le côté où ils voient cet orage, et tiennent que cela les empêche de passer par-dessus le navire, le détournant à côté.
Au reste, sous cet air, les pluies y sont fort dangereuses , car si une personne en est mouillée et qu'il ne change pas promptement d'habits, il est bientôt après tout couvert de bulbes et pustules sur son corps, et dans ses habits s'engendrent des vers, tellement que cela donne beaucoup de peine à ceux qui ont des habits à changer et cause bien du mal à ceux qui n'en ont point. Nous étions contraints de couvrir nos navires de toile cirée, à servir de tentes et pavillons pour nous sauver et garantir tant de la pluie que du soleil ; encore ne laissâmes-nous d'avoir force peine. Il me serait impossible de raconter par le menu toutes les extrémités, travaux, incommodités et fatigues que nous endurâmes par l'espace de trois mois à cause des tels calmes et travades (car ainsi s'appellent ces bourrasques, bien plus que si c'eût été en grand vent et même en tourmente, et les navires s'en usent aussitôt. Le navire branle et va chancelant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, à cause de la violence du grand louesme [houle, grosse vague] qui est en ces mers-là, mais lors du vent en poupe les voiles tiennent le navire ferme, et s'il est à la bouline il ne penche que d'un côté. Donc ces calmes ébranlent fort un vaisseau, lui donnent bien des efforts, principalement de ceux qui sont grands et chargés, et le plus souvent le font entr'ouvrir tellement que par-après, s'il survient quelque tourmente, il ne peut pas résister longuement. (Voyage de Pyrard de Laval aux Indes orientales - 1601-1611 - Texte établi par Xavier de Casto et présenté par Geneviève Bouchon - Editions Chandeigne - Librairie Portugaise - 10, rue Tournefort - 75005 Paris - 1998) retour
3 - Egalement appelée dragon d'eau. Voici la description de ce phénomène telle que la brosse La Harpe, dans son Histoire Générale des Voyages, en s'appuyant sur les textes du père Tachard : Ce sont comme de longs tubes ou de longs cylindres formés de vapeurs épaisses, qui touchent les nues d'une de leurs extrémités, et de l'autre la mer, qui paraît bouillonner alentour. On voit d'abord un gros nuage noir, dont il se sépare une partie ; et comme c'est un vent impétueux qui pousse cette portion détachée, elle change insensiblement de figure, et prend celle d'une longue colonne, qui descend jusque sur la surface de la mer, demeurant d'autant plus en l'air que la violence du vent l'y retient, ou que les parties inférieures soutiennent celles qui sont dessus : aussi, lorsqu'on vient à couper ce long tube d'eau par les vergues et les mâts du vaisseau, qu'on ne peut quelquefois empêcher d'entrer dedans, ou à interrompre le mouvement du vent en raréfiant l'air voisin par des décharges redoublées d'artillerie, l'eau, n'étant plus soutenue, tombe en très grande abondance, et tout le dragon se dissipe aussitôt. Cette rencontre est fort dangereuse, non seulement à cause de l'eau qui tombe dans le navire, mais encore par la violence subite et par la pesanteur extraordinaire du tourbillon qui l'emporte, et qui est capable de démâter ou de faire tomber les plus grands vaisseaux. Quoique de loin ces dragons d'eau ne paraissent pas avoir plus de six ou sept pieds de diamètre, ils ont beaucoup plus d'étendue. Tachard en vit deux ou trois à la portée du pistolet, auxquels il trouva plus de cent pieds de circonférence.
La pompe de mer dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. retour
4 - voir le Journal du 25 mars 1685 particulièrement la note 52 retour
5 - Tirade de Pheres, père d'Admète, roi de Thessalie, dans Alceste ou le triomphe d'Alcide, acte II, Scène V.
Courage enfants, je suis à vous ;
Mon bras va seconder vos coups :
Mais c'en est déjà fait, et l'on a pris la ville,
La faiblesse de l'âge a retardé mes pas :
La valeur devient inutile
Quand la force n'y répond pas.
Que la vieillesse est lente.
Les efforts qu'elle tente
Sont toujours impuissant ;
C'est une charge bien pesante
Qu'un fardeau de quatre-vingts ans.Premier fruit de la collaboration entre Lully et Quinault, l'opéra Alceste s'annonce, dès les répétitions, comme une entreprise de grande envergure, tant pour la musique et le livret que pour la très imposante machinerie qu'imposent les effets scéniques. Madame de Sévigné, dans une lettre à Mme de Grignan, évoque dès le 20 novembre 1673 les répétitions d'un opéra qui dépassera tous les autres. Ces répétitions se poursuivent jusqu'au 11 janvier 1674, date de la première représentation d'Alceste dans la salle du Palais Royal, donnée à Lully après la mort de Molière le 17 février 1673. On peut juger de l'intérêt que suscite déjà l'opéra à travers la correspondance de Mme de Sévigné : On répète souvent la symphonie de l'opéra ; c'est une chose qui passe tout ce qu'on a jamais ouï. Le roi disait l'autre jour que s'il était à Paris quand on jouera l'opéra, il irait tous les jours. Ce mot vaudra cent mille francs à Baptiste [Lully]. (Lettre à Mme de Grignan - Vendredi 1er décembre 1673) et trois jours avant la première : On joue jeudi l'opéra, qui est un prodige de beauté : il y a déjà des endroits de la musique qui ont mérité mes larmes ; je ne suis pas seule à ne les pouvoir retenir ; l'âme de Mme de la Fayette en est alarmée. (Lettre à Mme de Grignan - Lundi 8 janvier 1674).
Mais Alceste ne connaît pas d'emblée le triomphe attendu. Les premières représentations sont perturbées par une cabale organisée par les très nombreux ennemis de Lully. Parmi les épigrammes qui fleurissent alors, on peut lire celui-ci :
Dieux le bel opéra, rien n'est plus pitoyable
Cerbère y vient japer d'un aboi lamentable
O quelle musique de chien !
Chaque démon d'une joie effroyable
Y fait aussi le musicien,
O quelle musique de diable !Toutefois Louis XIV, fidèle à ses goûts, continue à soutenir l'opéra et le fait représenter officiellement à Versailles le 6 octobre 1674. On peut penser que le succès fut alors considérable, et une dizaine d'années plus tard, l'abbé de Choisy se rappelle encore des airs qui ont charmé sa jeunesse... retour
6 - Ou baille, ou baille-boute, c'est parmi les marins une moitié de tonneau en forme de baquet. Les vaisseaux de guerre ont une baille amarrée à chaque hune, pour y enfermer des grenades et autres artifices que l'on couvre de peaux fraîches, s'il est possible, pour les garantir du feu.
On met dans des bailles le breuvage que l'on distribue tous les jours aux gens de l'équipage. Il y a aussi des bailles à tremper les écouvillons dont on se sert pour rafraîchir le canon. Il y a des bailles pour mettre tremper le poisson et la viande salée. On se sert quelquefois des bailles pour puiser l'eau qui entre dans le rum ou fond de cale. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) retour.7 - Vivres frais que reçoit un bâtiment au départ ou dans les relâches. Prendre des rafraîchissements, c'est prendre du pain frais, de la viande et de l'eau fraîche, des fruits, des légumes, etc. (Littré) retour
8 - Dans son Journal du Voyage des Indes Orientales écrit en 1690 et publié en 1998 par Jacques Popin et Frédéric Deloffre (Textes Littéraires Français - DROZ - Genève), Robert Challe nous fait une description assez similaire de cette cérémonie : Premièrement les matelots avaient préparé dès le matin des baquets pleins d'eau pour y plonger les nouveaux catéchumènes, ou ceux qui n'avaient pas encore passé la Ligne et qui ne donneraient rien pour leur passage. Comme ils étaient persuadés que les officiers étaient honnêtes et généreux, aussi bien que les passagers qui sont de la Chambre, nous avons été mouillés sur la dunette, c'est à dire qu'une goutte d'eau dans la main, une promesse de faire observer la même cérémonie par ceux qui ne seraient jamais venus ici et un écu chacun dans le bassin nous en ont acquittés. Pour l'équipage chacun a fait ce qu'il a pu et donné selon ses forces. Il n'y a eu que quatre matelots mouillés, tout le reste a payé son passage, jusques aux mousses ou valets qui ainsi n'ont point été fouettés comme on dit que c'est une coutume incontestablement établie et que par là finit la fête. Le bassin s'est trouvé riche de vingt-cinq écus et de deux barils d'eau-de-vie, outre le baptême du navire qui n'était jamais venu sous la Ligne. (...) Ceux qui avaient été sous la Ligne et qui ont fait cette bizarre cérémonie, étaient vêtus le plus grotesquement qu'ils avaient pu pour faire rire les autres et rire eux-mêmes. Les ustensiles de la cuisine leur servaient d'armes ; ils s'étaient barbouillés avec le noir du cul d'une poêle. Il y en avait un qui marquait au front les nouveaux baptisés afin que personne n'en fût exempt. (...) Notre contremaître était vêtu en pélerin de Saint Jacques, ayant pour chapelet un racage de perroquet autour du col dont les grains sont plus gros que les deux poings. Celui qui écrivait ce qu'on promettait avait une toile noire cirée qu'il avait accommodée en bonnet à corne le mieux qu'il avait pu, un rabat de papier, un capot brun le long du corps, deux planches pour bureau, un bassin devant lui pour recevoir les offrandes et enfin ne ressemblait pas mal à un paysan marguillier de quelque confrérie gravement assis dans son oeuvre le jour de son saint, et c'est celui qui a le mieux fait son rôle. Après le baptême fini, il faut songer à se cacher, car sans distinction on mouille tout le monde, c'est un plaisir de voir les matelots se coiffer l'un l'autre de seilleaux d'eau : cela nous a divertis plus de trois heures. Tout le monde profite de cet argent car on achète des rafraîchissements pour les gens à la première terre où on descend, et l'eau-de-vie sert pour faire boire un coup de temps en temps après le travail. (Journal du Voyage des Indes Orientales - Mardi 25 avril jour de saint Marc)
Dans l'édition de 1721 de son journal, Robert Challe revient sur cette cérémonie pour reprendre et corriger les propos de l'abbé de Choisy : Les matelots ne s'épargnent point, et ceux qui tenaient les bouts de la barre d'anspect les laissaient tomber dans la baille et les sauçaient et noircissaient, selon le plus ou le moins de bonne volonté qu'ils avaient pour ceux qui leur tombaient sous la main. Ainsi finit la cérémonie, et non pas par fouetter les mousses, comme le dit M. l'abbé de Choisy. Il y a huit ans que je vais à la mer, et je ne l'ai jamais vu pratiquer autrement qu'aujourd'hui.
M. de Choisy a omis une circonstance qui méritait bien d'être rapportée, puisque c'est ce qui mérite le plus d'attention dans cette comédie. C'est que ceux qui mettent la main sur la mappemonde sont nommés du nom d'un promontoire, d'un cap, d'un golfe, d'un port, d'une île, ou d'autre chose qui se trouve à la mer, et cette imposition de nom exerce et excite la petite vengeance des matelots, qui en font une espèce de pasquinades [raillerie bouffonne], qui ne laissent pas d'avoir leur sel. Je n'en citerai que trois exemples. Un de nos passagers a une femme qui a fait parler d'elle, et qui ne passe pas encore pour une vestale. Ils l'ont nommé le cap Fourchu, qui est une pointe de l'île de Terre-Neuve. Nous avons un autre passager qui a de l'esprit comme un démon, mais qui ne paraît pas avoir beaucoup de religion. Il l'ont nommé le Ressac du Diable, qui est un remous dans l'île de Saint-Domingue. Une dame un peu galante venait avec nous en Canada. Ils l'ont nommée la baie des Chaleurs, et cette baie est à l'entrée du fleuve de Saint-Laurent. (Journal d'un Voyage fait aux Indes orientales - 28 avril 1690 - Mercure de France, collection Le Temps Retrouvé - 2002) retour
9 - L'estime, c'est le calcul que fait le pilote de la route et de la quantité du chemin du vaisseau. La route d'un vaisseau étant, comme elle l'est presque toujours, oblique au méridien du lieu, il se forme un triangle rectangle dont elle est l'hypothénuse ; les deux autres côtés sont le chemin fait dans le même temps en longitude et en latitude. La latitude est connue par l'observation de la hauteur de quelque astre. On a par la boussole l'angle de la route, avec un côté du triangle ; on a la route en estimant la vitesse du vaisseau pendant un temps donné, d'où se tire très-aisément la quantité de la longitude.
La difficulté consiste dans l'estime de la vitesse du vaisseau. Pour l'avoir, on jette le loch, pièce de bois attachée à une ficelle, que l'on dévide à mesure que le vaisseau s'éloigne ; car la mer n'ayant point de mouvement vers aucun endroit, le loch y demeure flottant et immobile, et devient un point fixe par rapport auquel le vaisseau a plus ou moins de vitesse. Mais cette supposition cesse si l'on est dans un courant : alors on est exposé à prendre pour vitesse absolue ce qui n'est que vitesse relative, savoir la différence en vitesse du loch et du vaisseau. Erreur dangereuse. Cependant quand on aurait les longitudes par l'observation céleste, le ciel se couvrant quelquefois pour plusieurs jours, il en faudrait toujours venir à la pratique de l'estime et du loch, qui ne sera jamais qu'un tâtonnement. (Mémoires de l'académ. 1702. Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) retour10 - Cinq ans plus tard, Robert Challe qui suit le même trajet, dément formellement l'abbé de Choisy : N'en déplaise à M. l'abbé de Choisy, je ne lui passerai point ce qu'il dit dans son journal, que le fond de cale de l'Oiseau sur lequel il a fait le voyage de Siam était frais comme une cave, et conséquemment ne se ressentait point des chaleurs de la Ligne. C'est qu'il n'est point descendu dans ce fond de cale, qu'il a écrit comme bon lui a semblé, sans daigner seulement s'instruire s'il écrivait vrai. Duval, notre maître d'hôtel, qui a fait le même voyage que lui et sur le même vaisseau, et que je viens d'envoyer quérir et d'interroger, m'a répondu que le fond de cale de l'Oiseau était tout aussi chaud qu'est présentement le nôtre, où on ne peut respirer.
Il dit encore que la chaleur sous le soleil et sous la Ligne ne fut pas assez forte pour les obliger à quitter leurs habits de drap. Que ne dit-il, comme Duval, que c'était la gravité de leur ministère, à M. le chevalier de Chaumont et à lui, qui les empêchait de se dépouiller ; qu'ils aimaient mieux suer que de donner à connaître qu'ils étaient des hommes pétris de la même pâte que les autres qui, par respect pour eux, n'osaient paraître en leur présence qu'en habit décent, mais qui se mettaient en chemise sitôt qu'ils les perdaient de vue, et qui avaient posé comme des sentinelles pour être avertis du moment qu'ils allaient paraître, afin d'avoir le temps de reprendre, ou leurs vestes, ou leurs justaucorps. Cela aurait été conforme à la vérité, et ne donnerait pas lieu de croire qu'il a voulu faire entendre que le soleil et le climat se sont démentis, ou que Dieu a fait un miracle en leur faveur, soit en les tirant du niveau des autres ou en leur adressant les paroles du prophète royal : Sol per diem non uret te [Per diem sol non te uret, neque luna per noctem : le jour, le soleil ne te brûlera pas, ni la lune pendant la nuit - Psaume CXX, v.6]. Je n'accuse point M. de Choisy d'amour-propre, cette basse passion ne convient point à un homme d'honneur et de son caractère, mais il me permettra de dire qu'une petite pointe de vanité fait faire souvent des faux pas, quand nous voulons nous tirer de notre humanité et nous élever à l'héroïsme. (Journal d'un Voyage fait aux Indes orientales - 1er mai 1690 - Mercure de France, collection Le Temps Retrouvé - 2002). retour
11 -
ou albicore ou albacore, il s'agit d'un poisson qui a, dit-on, la figure et le goût du maquereau, mais qui est plus grand. On le trouve vers les latitudes méridionales de l'océan, où il fait la guerre aux poissons volants. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) retour
12 - Cette île aurait été découverte dès 1501 par Juan de Nova Castella, toutefois c'est Alfonso d'Albuquerque qui lui donna son nom en y abordant le jour de l'Ascension 1503. Aride et quasi-dépourvue de végétation, elle s'avère de peu d'intérêt pour des escales vers les Indes orientales. L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, qui attribue par erreur la découverte de cette île à Tristan da Cunha, navigateur portugais qui donna son nom à l'île Tristan, apporte cette précision : dans l'Océan, entre l'Afrique et le Brésil, découverte en 1508 par Tristan d'Acugna le jour de l'Ascension. Le manque de bonne eau a empêché qu'on ne s'y établît. On l'appelle le Bureau de la Poste. Lorsque les vaisseaux qui viennent des Indes orientales s'y rafraîchissent, ils y laissent une lettre dans une bouteille bouchée, s'ils ont quelque chose à faire savoir à ceux qui viendront après eux : ceux-ci cassent la bouteille, et laissent leur réponse dans une autre bouteille. Long. 5. lat. mér. 8.
Les îles Madère, Canaries, Cap-Vert, Ascension, Sainte-Hélène et Tristan retour
13 - Ile de l'Atlantique à 1900 kilomètres de l'Afrique et à 3500 km du Brésil. Découverte en 1502 par le navigateur portugais Juan de Nova Castella, l'île fut annexée par les Hollandais en 1633, et cédée aux Anglais le 5 mai 1659. De par sa position géographique, Sainte-Hélène constituait une escale fort importante sur la route des Indes orientales, ainsi que le note Pyrard de Laval : Cette île est si petite que rien plus, mais elle est de très grande commodité pour ce voyage des Indes orientales, qu'il serait fort difficile, voire quasi-impossible, de faire sans cette rencontre. Et je pense qu'à cette fin Dieu l'a voulu poser en cet endroit, qui est presque à mi-chemin et au milieu du grand océan, pour donner connaissance de la foi à tous les peuples indiens et apprendre les choses admirables que l'on voit en ces pays si éloignés. Et pour cela, la providence l'a accomplie de la meilleure température d'air, de terre et d'eau qu'il est possible, car je crois qu'il ne s'en pourrait trouver une telle au reste du monde pour sa grandeur. (Voyage de Pyrard de Laval aux Indes orientales - 1601-1611 - Texte établi par Xavier de Casto et présenté par Geneviève Bouchon - Editions Chandeigne - Librairie Portugaise - 10, rue Tournefort - 75005 Paris - 1998) retour
14 - Les boulines sont de longues cordes qui tiennent la voile de biais, lorsqu'on fait route avec un vent de côté. Aller à la bouline, c'est se servir d'un vent de biais qui n'est pas favorable à la navigation. retour
15. Les courses étaient les expéditions des corsaires, à qui il fallait des navires capables de naviguer vite et loin. retour
16 - Le doublage est un second bordage ou revêtement de planches qu'on met par-dehors aux fonds des vaisseaux qui vont dans des voyages de long cours, où l'on craint que les vers qui s'engendrent dans ces mers ne percent le fond des vaisseaux. Ces planches ont ordinairement un pouce et demi d'épaisseur ; on les prend de chêne, mais plus communément de sapin. Lorsqu'on pose le doublage, on met entre lui et le franc-bord du navire une composition qui est une espèce de courroi qu'on appelle plac, pour bien défendre le vaisseau contre la piqûre des vers, on y met quelquefois des plaques de cuivre. Il faut que le doublage soit bien arrêté, et que les clous n'y soient point épargnés. Mais il y a une incommodité, c'est qu'il rend le vaisseau plus pesant, en gâte les façons, et retarde beaucoup le sillage. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) retour
17 - ou trop d'aire. Acquérir de l'air ou de l'aire, se dit d'un vaisseau qui passe de l'état de non-mouvement à celui d'une certaine vitesse quelconque. Doit-on dire air ou aire ? C'est une question. Aire me paraîtrait mieux dit : air semble être seul en usage. Dans le premier sens, acquérir de l'air serait acquérir ou parcourir de l'espace : dans le second, acquérir de l'air, doit signifier parcourir ou rencontrer une plus grande quantité d'air. On dit qu'un vaisseau a beaucoup d'air, pour dire qu'il fait un grand sillage. On dit donner de l'air au bâtiment, en parlant d'un vaisseau qui est au plus près du vent, pour dire faire porter un peu largue, afin que le vent, frappant les voiles d'une maniere plus directe, donne plus de vitesse au vaisseau.
Air se prend aussi pour la vitesse que conserve un bâtiment, après que la force qui lui a communiqué cette vitesse, a cessé. Une chaloupe qui veut aborder à une cale, cesse de faire usage de ses avirons, à une certaine distance de cette cale, parce que son air suffit pour la lui faire accoster. On dit que l'air d'un vaisseau est amorti, pour dire que la force qu'il conservait, et qui le faisait mouvoir dans un certain sens, a été détruite, et n'a plus lieu. Plus un vaisseau a de masse, et plus longtemps proportionnellement conserve-t-il la vitesse communiquée après l'anéantissement de la puissance communicative. (M. le chevalier de la Coudraye - Encyclopédie de Diderot et d'Alembert). retour18 - un vaisseau qui s'élève, c'est-à-dire qu'il fait route pour s'éloigner de la côte et prendre le large. Il se dit aussi lorsqu'on veut tenir le vent et aller au plus près. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) retour
19 - carguer la voile, bourcer la voile, c'est la trousser et l'accourcir par le moyen des cargues qui la lèvent en-haut, et qui l'approchent de la vergue jusqu'à mi-mât, ou jusqu'au tiers du mât plus ou moins, selon qu'on veut porter plus ou moins de voile ayant égard à la force du vent et à la diligence qu'on veut faire. Trousser la voile entièrement, c'est la ferler ou la mettre en fagot, et quand elle n'est ni ferlée ni carguée, cela s'appelle mettre la voile au vent ou la mettre dehors. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) retour
20 - Démâter, c'est avoir perdu ses mâts ou une partie de ses mâts, soit dans un combat par le canon de l'ennemi, ou dans le mauvais tems par la violence du vent et de la mer (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert). Le petit hunier désigne ici le mât de misaine. retour
21 - Missionnaire. Voir le Journal du 4 mars 1685 et particulièrement la note 15 retour
22 - Ces oiseaux très répandus doivent leur nom à une étrange indifférence au danger, ainsi que l'explique Buffon : Dans tous les êtres bien organisés, l'instinct se marque par des habitudes suivies, qui toutes tendent à leur conservation ; ce sentiment les avertit et leur apprend à fuir ce qui peut nuire, comme à chercher ce qui peut servir au maintien de leur existence et même aux aisances de la vie. Les oiseaux dont nous allons parler semblent n'avoir reçu de la nature que la moitié de cet instinct : grands et forts, armés d'un bec robuste, pourvus de longues ailes et de pieds entièrement et largement palmés, ils ont tous les attributs nécessaire à l'exercice de leurs facultés, soit dans l'air ou dans l'eau, ils ont donc tout ce qu'il faut pour agir et pour vivre, et cependant ils semblent ignorer ce qu'il faut faire ou ne pas faire pour éviter de mourir. Répandus d'un bout du monde à l'autre, et des mers du Nord à celles du Midi, nulle part ils n'ont appris à connaître leur plus dangereux ennemi. L'aspect de l'homme ne les effraie ni ne les intimide ; ils se laissent prendre non seulement sur les vergues des navires en mer, mais à terre, sur les îlets et les côtes où on le tue à coups de bâton, et en grand nombre, sans que la troupe stupide sache fuir ni prendre son essor, ni même se détourner des chasseurs qui les assomment l'un après l'autre jusqu'au dernier. Cette indifférence au péril ne vient ni de fermeté, ni de courage, puisqu'ils ne savent ni résister, ni se défendre, et encore moins attaquer quoiqu'ils en aient tous les moyens, tant par la force de leur corps que par celle de leurs armes. Ce n'est donc que par l'imbécillité qu'ils ne se défendent pas, et de quelque cause qu'elle provienne, ces oiseaux sont plutôt stupides que fous, car l'on ne peut donner à la plus étrange privation d'instinct, un nom qui ne convient tout au plus qu'à l'abus qu'on en fait.
Buffon cite par ailleur le Père Feuillée, qui écrit dans ses Observations (édition 1725) : On a donné le nom de fols à ces oiseaux, à cause de leur grande stupidité, de leur air niais, et de l'habitude de secouer continuellement la tête, et de trembler lorsqu'ils sont posés sur les vergues d'un navire ou ailleurs, où ils se laissent aisément prendre avec les mains. (Buffon - Histoire naturelle des oiseaux - A Paris, de l'Imprimerie Royale - 1781) retour
23 - Margot désignait les pies en général, et nous n'avons pas trouvé précisément à quel oiseau l'abbé de Choisy fait ici allusion. Peut-être s'agit-il de l'huîtrier, ou mangeur d'huîtres, auquel on a aussi donné le nom de pie de mer, non seulement à cause de son plumage noir et blanc, mais encore parce qu'il fait comme la pie un bruit ou cri continuel, surtout lorsqu'il est en troupe. Ce cri aigre et court est répété sans cesse, en repos et en volant. (Buffon - Histoire naturelle des oiseaux - A Paris, de l'Imprimerie Royale - 1781) retour
24 - Paille-en-queue, ou paille-en-cul, ou fétu-en-cul, fléche-en-queue, queue-de-flèche, etc Celui-ci, nous dit Buffon, semble être attaché au char du soleil sous la zone brûlante que bornent les tropiques : volant sans cesse sous ce ciel enflammé, sans s'écarter des deux limites extrêmes de la route du grand astre, il annonce aux navigateurs leur prochain passage sous ces lignes célestes, aussi tous lui ont donné le nom d'oiseau du tropique, parce que son apparition indique l'entrée de la zone torride, soit qu'on arrive par le côté du nord ou par celui du sud, dans toutes les mers du monde que cet oiseau fréquente.
C'est même aux îles les plus éloignées et jetées le plus avant dans l'océan équinoxial des deux Indes, telles que l'Ascension, Sainte-Hélène, Rodrigue et celles de France et de Bourbon, que ces oiseaux semblent surgir par choix, et s'arrêter de préférence. Le vaste espace de la mer atlantique du côté du nord, paraît les avoir égarés jusqu'aux Bermudes, car c'est le point du globe où ils se sont le plus écartés des limites de la zone torride ; ils habitent et traversent toute la largeur de cette zone, et se retrouvent à son autre limite vers le midi, où ils peuple cette suite d'îles que M. Cook nous a découvert sous le tropique austral, aux Marquises, à l'île de Pâques, aux îles de la Société et à celles des Amis. MM. Cook et Forster ont aussi rencontré ces oiseaux en divers endroits de la pleine mer vers ces mêmes latitudes ; car quoique leur apparition soit regardée comme un signe de la proximité de quelque terre, il est certain qu'ils s'en éloignent quelquefois à des distances prodigieuses, et qu'ils se portent ordinairement au large, à plusieurs centaines de lieues. Indépendamment d'un vol puissant et très rapide, ces oiseaux ont, pour fournir ces longues traites, la faculté de se reposer sur l'eau, et d'y trouver un point d'appui au moyen de leurs larges pieds entièrement palmés, et dont les doigts sont engagés par une membrane comme ceux des cormorans, des fous, des frégates, auxquels le paille-en-queue ressemble par ce caractère, et aussi par l'habitude de se percher sur les arbres ; cependant il a beaucoup plus de rapports avec les hirondelles de mer qu'avec aucun de ces oiseaux ; il leur ressemble par la longueur des ailes qui se croisent sur la queue lorsqu'il est en repose ; il leur ressemble encore par la forme du bec qui néanmoins est plus fort, plus épais, et légèrement dentelé sur les bords.
Sa grosseur est à-peu-près celle d'un pigeon commun ; le beau blanc de son plumage suffirait pour le faire remarquer, mais son caractère le plus frappant est un double long brin qui ne paraît que comme une paille implantée à sa queue, ce qui lui a fait donner le nom de paille-en-queue. (Buffon - Histoire naturelle des oiseaux - A Paris, de l'Imprimerie Royale - 1781) retour25 - Dans la liturgie catholique, matines qui se chantent l'après-dînée du mercredi, du jeudi et du vendredi de la semaine sainte (Littré). Le 19 avril 1685 était le jeudi saint. retour
26 - Louis Bourdaloue (1632-1704) Jésuite et prédicateur, célèbre par son éloquence, la vigueur logique de ses prêches et la minutie de ses analyses morales. retour
27 - Le père de Fontaney était mathématicien et astronome, discipline qu'il avait enseignée en 1676 au collège de Clermont. retour
28 - Barthélemy Diaz atteignit en 1488 le cap des Tourmentes ou cap des Tempêtes que Jean II nomma Cap-de-Bonne-Espérance, après le passage de Vasco de Gama en 1497. Il paraît que Barthélémi Diaz, amiral portugais, est le premier Européen qui ait découvert le cap de Bonne-Espérance. Ce fut l'an 1493, sous le règne de Jean II, roi de Portugal. L'amiral lui donna le nom de cap des Tourmentes. Ce n'était pas sans raison qu'il l'appela d'un nom si odieux, puisqu'il n'y a peut-être pas d'endroit au monde qui soit aussi exposé à la fureur des orages. Mais le roi changea un nom si injurieux en celui de cap de Bonne-Espérance, parce que, dit ce prince, nous pouvons espérer à présent de faire d'heureux voyages aux Indes orientales. C'est aussi sous ce dernier nom qu'il est connu en Europe.
Diaz n'avait cependant pas pris terre au cap ; content d'en approcher d'assez près pour examiner ses côtes, il avait observé sa situation, ses baies et ses ports. A son retour, il en fit une relation qui plût extrêmement au roi son maître, et à tout le royaume. L'amiral Vasco de Gama, qui en 1497 fut envoyé aux Indes avec le commandement de la flotte portugaise, n'osa pas non plus risquer un descente à ce cap ; il tâcha seulement de se mettre en état de confirmer les observations que Diaz avait déjà faites. (DESCRIPTION DU CAP DE BONNE-ESPERANCE ; Où l'on trouve tout ce qui concerne L'HISTOIRE-NATURELLE DU PAYS ; La Religion, les Murs & les Usages des HOTTENTOTS ; ET L'ETABLISSEMENT DES HOLLANDOIS. TIREE DES MEMOIRES De Mr. PIERRE KOLBE, Maitre ès Arts, Dressés pendant un séjour de dix Années dans cette Colonie, où il avait été envoyé par faire des Observations Astronomiques & Physiques. TOME PREMIER. A AMSTERDAM, Chez JEAN CATUFFE - 1741) retour
29 - accoutumés à la mer. retour30 - Instrument dont la fonction est d'épuiser l'eau qui s'introduit dans la cale d'un navire (Littré) retour
31 - Le portugais de l'abbé n'est pas très académique, cela doit signifier et s'il plaît à Dieu, dans peu de temps nous le parlerons. retour
32 - Les gaillards, ou châteaux, sont des étages ou des ponts qui ne s'étendent point de toute la longueur du vaisseau, mais qui se terminent à une certaine distance de l'étrave et de l'étambot. Les gaillards d'avant et d'arrière sont placés sur le pont le plus élevé, et la dunette est au-dessus du gaillard d'arrière. L'étendue des gaillards et dunette varie suivant la grandeur des vaisseaux. On communique du gaillard d'arrière au gaillard d'avant par une espèce de couroir qu'on établit bâbord et tribord, et qu'on appelle le passe-avant. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert). Le gaillard d'avant était l'endroit du navire où se réunissaient les matelots à leurs (rares) moments de loisirs, pour chanter, jouer, ou fumer leur bouffarde. L'abbé de Choisy veut certainement parler du gaillard d'arrière, réservé aux officiers et aux passagers de marque. retour
33 - Voile carrée établie au-dessus du mât que porte le mât d'artimon, et qu'on nomme le mât de perroquet de fougue. (Littré) retour
34 - Ce sont de petites pieces d'étoffe, soit toile ou étamine, qu'on met au haut des mâts des vaisseaux ; elles servent à marquer d'où vient le vent. Ordinairement les girouettes ont plus de battant que de guindant, c'est-à-dire qu'elles sont plus longues que larges, en prenant le guindant pour la largeur, et le battant pour la longueur. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) retour
35 - Missionnaire. Voir le Journal de l'abbé de Choisy au 24 mars 1685 et plus particulièrement la note 49. retour
36 - En terme de marine, parage désigne un espace ou étendue de mer sous quelque latitude que ce puisse être. On dit, dans ce parage on voit beaucoup de vaisseaux. Il fait bon croiser à la vue de Belle-Île et de l'Île-Dieu ; c'est un bon parage pour croiser sur les vaisseaux qui veulent entrer dans les ports de Bretagne, de Poitou, de Saintonge. Vaisseaux qui sont en parage, c'est-à-dire que ces vaisseaux sont en certains endroits de la mer où ils peuvent trouver ce qu'ils cherchent. Changer de parage ; vaisseau mouillé en parage, c'est-à-dire, que ce vaisseau est mouillé dans un lieu où il peut appareiller quand il voudra. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) retour
37 - Conduite économique que l'on tient dans l'administration des biens, de l'argent. (Littré). retour
38 - embrasure ou canonnière dans le bordage d'un vaisseau, par laquelle passe un canon. La grandeur de cette embrasure est proportionnée au calibre du canon. Il y a sur un vaisseau autant de rangs de sabords qu'il y a de ponts. Leur distance dans ces rangs est d'environ sept pieds, et ils ne sont jamais percés les uns au-dessus des autres. Au reste on appelle feuillets leur partie inférieure et supérieure. (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) retour
39 - Sainte Barbe était la patronne des canonniers. Dans un bateau, la sainte-barbe également appelée gardiennerie était l'endroit où l'on rangeait les ustensiles d'artillerie, et non, comme on le croit généralement, celui où l'on entreposait la poudre, qu'on conservait dans une soute distincte. retour
40 - C'est sans difficulté, sans importance. Il semble que l'abbé de Choisy sous-estime très largement la difficulté de cette langue qu'il ne parlera d'ailleurs jamais. retour
41 - L'alphabet thaï comporte aujourd'hui 44 consonnes. Le chiffre de 33 consonnes que donne l'abbé est confirmé par Jean-Baptiste Tavernier. La Loubère, pour sa part, indique 37 consommes.
L'alphabet thaï reproduit dans la relation du voyage de La Loubère.
Les 44 consonnes de l'alphabet thaï actuel. retour
42 - Violon est bien au singulier. Labbé le précise dans son journal du 20 mars 1685 : Les trompettes animent les repas. Un jour on danse aux chansons, le lendemain au violon, car non nen avons quun. retour
43 - Le cheval fondu était un jeu d'enfant très populaire jusqu'au XIXe siècle, dans lequel les joueurs, répartis en deux camps, remplissent alternativement le rôle de chevaux et de cavaliers. Les chevaux se placent à la suite les uns des autres, à demi courbés et appuyant les bras et la tête sur le dos du précédent, le premier du rang appuyant sur les genoux d'un joueur de son camp, le gardien. A tour de rôle, les cavaliers sautent sur les chevaux et doivent descendre aussitôt que le dernier en donne le signal; si l'un des cavaliers tombe de cheval ou touche le sol même d'un pied, les cavaliers deviennent chevaux à leur tour. Quand les chevaux fondent, c'est-à-dire fléchissent sous le poids des cavaliers, ils conservent leur rôle. Le cheval fondu est un jeu denfant. Pour ne pas être pris et ne pas devenir chat, on imite le cheval fondu, le cheval qui seffondre. Nous n'avons pas trouvé les règles du cochon cochonnet, mais à en juger par les bonnes tapes que l'on s'y donne, on peut supposer qu'il était assez physique. Il est tout à fait invraisemblable que les passagers tellement guindés de l'Oiseau, le chevalier de Chaumont emprisonné dans son caractère ou le père Tachard, gonflés de son importance, aient participé à de tels amusements, qu'ils devaient juger pour le moins puérils et contraires à leur dignité. Pour l'abbé de Choisy, en revanche, nous nous plaisons à imaginer qu'il aurait volontiers abandonné son rôle de spectateur pour se mêler activement à ces divertissements... retour
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Page mise à jour le 27/10/02