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Sermon pour la fête de l'Épiphanie
Sur la vocation des Gentils

François de Salignac de la Mothe-Fénelon (1651-1715) prononça ce célèbre sermon le 6 janvier 1687 dans la crypte de l'Église des Missions-Étrangères. La légende veut que les ambassadeurs siamois assistaient à cette cérémonie. Rien n'est moins sûr. Cette présence n'est pas mentionnée dans le Voyage des Ambassadeurs en France que Donneau de Visé publia dans le Mercure Galant. Dans une lettre du 6 janvier 1687 adressée par Laurent de Brisacier, directeur du séminaire des Missions-Étrangères, à Luc Fermanel, aucune allusion non plus n'est faite quant à la présence des ambassadeurs : Je sors du sermon de Monsieur l'abbé de Fénelon, qui nous a fait un discours tel que nous le désirions depuis longtemps par rapport à nous. Le père Tachard et trois des pères qui doivent partir y étaient, jamais il n'y a eu un plus nombreux auditoire ecclésiastique et séculier. Donneau de Visé, dans le Mercure Galant, énumère les noms des jésuites qui doivent s'embarquer avec l'escadre Vaudricourt : Le roi de Siam ayant souhaité de voir des jésuites établis à Siam, ceux qui ont été choisis pour s'embarquer avec les ambassadeurs sont les pères Le Royer (Abraham), Richaud (Jean), Rochette (Louis), Thionville (François), De Best (Claude de Bèze), Corville (Patrice Comilh), Colnisson (Jean Collusson), Du Bouchet (Vénance Bouchet), Ducha (Jacques Duchatz), Dolu (Henri), Le Blanc (Marcel), de Saint Martin (Pierre), Despagnac (Pierre d'Espagnac), et du Breuil (Charles de la Breuille). Le père Tachard doit être leur supérieur. (Le Voyage des ambassadeurs de Siam en France - Donneau de Visé - Editions Chalermnit 1985). Les ambassadeurs siamois auront leur audience de congé à Versailles le 14 janvier 1687, et ils quitteront la France avec l'ambassade Céberet - La Loubère le 1er mars.

Le sermon de Fénelon est un vibrant plaidoyer pour les missions apostoliques, doublé d'une violente critique des frères errants protestants.

Béni soit Dieu, mes frères, puisqu'il met aujourd'hui sa parole dans ma bouche pour louer l'oeuvre qu'il accomplit par cette maison ! Je souhaitais il y a longtemps, je l'avoue, d'épancher mon coeur devant ces autels, et de dire à la louange de la grâce tout ce qu'elle opère dans ces hommes apostoliques pour illuminer l'Orient. C'est donc dans un transport de joie que je parle aujourd'hui de la vocation des Gentils (1), dans cette maison d'où sortent les hommes par qui les restes de la gentilité entendent l'heureuse nouvelle.

A peine Jésus, l'attente et le désiré (2) des nations, est né, et voici les mages, dignes prémices des Gentils, qui, conduits par l'étoile, viennent le reconnaître.

Bientôt les nations ébranlées viendront en foule après eux ; les idoles seront brisées, et la connaissance du vrai Dieu sera abondante comme les eaux de la mer qui couvrent la terre. Je vois les peuples, je vois les princes qui adorent dans la suite des siècles celui que les mages viennent adorer aujourd'hui. Nations de l'Orient, vous y viendrez à votre tour ; une lumière, dont celle de l'étoile n'est qu'une ombre, frappera vos yeux, et dissipera vos ténèbres. Venez, venez, hâtez-vous de venir à la maison du Dieu de Jacob.

O Église ! Ô Jérusalem ! Réjouissez-vous, poussez des cris de joie. Vous qui étiez stérile dans ces régions ; vous qui n'enfantiez pas, vous aurez dans cette extrémité de l'univers des enfants innombrables. Que votre fécondité vous étonne : levez les yeux tout autour, et voyez : rassasiez vos yeux de votre gloire ; que votre coeur admire et s'épanche : la multitude des peuples se tourne vers vous, les îles viennent, la force des nations vous est donnée : de nouveaux mages, qui ont vu l'étoile du Christ en Orient, viennent du fond des Indes pour le chercher. Levez-vous, ô Jérusalem ! Surge, illuminare, Jerusalem, quia venit lumen tuum, et gloria Domini super te orta est. (Isaiae LX - Levez-vous, soyez éclairée, ô Jérusalem, car votre lumière vient, et la gloire du Seigneur s'est levée sur vous.)

Mais je sens mon coeur ému (3) au dedans de moi-même ; il est partagé entre la joie et la douleur. Le ministère de ces hommes apostoliques et la vocation de ces peuples est le triomphe de la religion : mais c'est peut-être aussi l'effet d' une secrète réprobation qui pend sur nos têtes. Peut-être sera-ce sur nos ruines que ces peuples s'élèveront, comme les gentils s'élevèrent sur celles des juifs à la naissance de l'Église. Voici une oeuvre que Dieu fait pour glorifier son évangile : mais n'est-ce point aussi pour le transférer ?

Il faudrait n'aimer point le seigneur Jésus, pour n'aimer pas son ouvrage ; mais il faudrait s'oublier soi-même, pour n'en trembler pas.

Réjouissons-nous donc au seigneur, mes frères, au seigneur qui donne gloire à son nom ; mais réjouissons-nous avec tremblement. Voilà les deux pensées qui rempliront ce discours.

Esprit promis par la vérité même à tous ceux qui vous cherchent, que mon coeur ne respire que pour vous attirer au-dedans de lui ; que ma bouche demeure muette, plutôt que de s'ouvrir, si ce n'est à votre parole ! Que mes yeux se ferment à toute autre lumière qu'à celle que vous versez d'en haut !

O esprit saint, soyez vous-même tout en tous : dans ceux qui m'écoutent, l'intelligence, la sagesse, le sentiment ; en moi, la force, l'onction, la lumière ! Marie, priez pour nous. Ave Maria...

Premier point.

Quelle est, mes frères, cette Jérusalem dont le prophète parle (4); cette cité pacifique dont les portes ne se ferment ni jour ni nuit, qui suce le lait des nations, dont les rois de la terre sont les nourriciers et viennent adorer les sacrés vestiges ? Elle est si puissante, que tout royaume qui ne lui sera pas soumis périra ; et si heureuse, qu'elle n'aura plus d'autre soleil que Dieu, qui fera luire sur elle un jour éternel. Qui ne voit que ce ne peut être cette Jérusalem rebâtie par les juifs ramenés de Babylone, ville faible, malheureuse, souvent en guerre, toujours en servitude sous les Perses, les Grecs, les Romains ; enfin sous ces derniers réduite en cendres, avec une dispersion universelle de ses enfants, qui dure encore depuis seize siècles ?

C'est donc manifestement hors du peuple juif qu'il faut chercher l'accomplissement des promesses dont il est déchu. Il n' y a plus d'autre Jérusalem que celle d'en haut, qui est notre mère, selon Saint Paul : elle vient du ciel, et elle enfante sur la terre (5).

Qu'il est beau, mes frères, de voir comment les promesses se sont accomplies en elle ! Tel était le caractère du messie, qu'il devait, non pas subjuguer par les armes, comme les juifs charnels le prétendaient grossièrement, mais, ce qui est infiniment plus noble, et plus digne de la magnificence des promesses, attirer, par sa puissance sur les coeurs, sous son règne d'amour et de vérité, toutes les nations idolâtres.

Jésus-Christ naît, et la face du monde se renouvelle (6). La loi de Moïse, ses miracles, ceux des prophètes, n'avaient pu servir de digue contre le torrent de l'idolâtrie, et conserver le culte du vrai Dieu chez un seul peuple resserré dans un coin du monde : mais celui qui vient d'en haut est au-dessus de tout ; à Jésus est réservé de posséder toutes les nations en héritage. Il les possède, vous le voyez. Depuis qu'il a été élevé sur la croix, il a attiré tout à lui. Dès l'origine du christianisme, Saint Irénée et Tertullien ont montré que l'Église était déjà plus étendue que cet empire même qui se vantait d'être lui seul tout l'univers. Les régions sauvages et inaccessibles du Nord, que le soleil éclaire à peine, ont vu la lumière céleste. Les plages brûlantes d'Afrique ont été inondées des torrents de la grâce. Les empereurs mêmes sont devenus les adorateurs du nom qu'ils blasphémaient, et les nourriciers de l'Église dont ils versaient le sang. Mais la vertu de l'Évangile ne doit pas s'éteindre après ces premiers efforts ; le temps ne peut rien contre elle : Jésus-Christ, qui en est la source, est de tous les temps ; il était hier, il est aujourd'hui, et il sera aux siècles des siècles (7).

Aussi vois-je cette fécondité qui se renouvelle toujours ; la vertu de la croix ne cesse d'attirer tout à elle.

Regardez ces peuples barbares qui firent tomber l'empire romain. Dieu les a multipliés, et tenus en réserve sous un ciel glacé, pour punir Rome païenne et enivrée du sang des martyrs : il leur lâche la bride, et le monde en est inondé. Mais, en renversant cet empire, ils se soumettent à celui du sauveur ; tout ensemble ministres des vengeances et objets des miséricordes, sans le savoir, ils sont menés, comme par la main, au-devant de l'Évangile ; et c'est d'eux qu'on peut dire à la lettre qu'ils ont trouvé le Dieu qu'ils ne cherchaient pas (8).

Combien voyons-nous encore de peuples que l'Église a enfantés à Jésus-Christ depuis le huitième siècle, dans ces temps même les plus malheureux, où ses enfants révoltés contre elle n'ont point de honte de lui reprocher qu'elle a été stérile et répudiée par son époux ! Vers le dixième siècle, dans ce siècle dont on exagère trop les malheurs, accourent en foule à l'Église, les uns sur les autres, l'Allemand, de loup ravissant devenu agneau, le Polonais, le Poméranien, le Bohémien, le Hongrois conduit aux pieds des apôtres par son premier roi Saint Étienne. Non, non, vous le voyez, la source des célestes bénédictions ne tarit point.

Alors l'époux donna de nouveaux enfants à l'épouse, pour la justifier, et pour montrer qu'elle ne cesse point d'être son unique et sa bien-aimée.

Mais que vois-je depuis deux siècles ? Des régions immenses qui s'ouvrent tout-à-coup ; un nouveau monde inconnu à l'ancien, et plus grand que lui.

Gardez-vous bien de croire qu'une si prodigieuse découverte ne soit due qu'à l'audace des hommes.

Dieu ne donne aux passions humaines, lors même qu'elles semblent décider de tout, que ce qu'il leur faut pour être les instruments de ses desseins : ainsi l' homme s'agite, mais Dieu le mène. La foi plantée dans l'Amérique, parmi tant d'orages (9), ne cesse pas d'y porter des fruits.

Que reste-t-il ? Peuples des extrémités de l'Orient, votre heure est venue. Alexandre, ce conquérant rapide, que Daniel dépeint comme ne touchant pas la terre de ses pieds, (10) lui qui fut si jaloux de subjuguer le monde entier, s'arrêta bien loin au-deçà de vous : mais la charité va plus loin que l'orgueil. Ni les sables brûlants, ni les déserts, ni les montagnes, ni la distance des lieux, ni les tempêtes, ni les écueils de tant de mers, ni l'intempérie de l'air, ni le milieu fatal de la ligne, où l'on découvre un ciel nouveau, ni les flottes ennemies, ni les côtes barbares, ne peuvent arrêter ceux que Dieu envoie.

Qui sont ceux-ci qui volent comme les nuées (11) ?

Vents, portez-les sur vos ailes (12). Que le Midi, que l'Orient, que les îles inconnues les attendent, et les regardent en silence venir de loin. Qu'ils sont beaux les pieds de ces hommes qu'on voit venir du haut des montagnes apporter la paix, annoncer les biens éternels, prêcher le salut, et dire : ô Sion, ton Dieu règnera sur toi ! (13) Les voici ces nouveaux conquérants, qui viennent sans armes, excepté la croix du sauveur. Ils viennent, non pour enlever les richesses et répandre le sang des vaincus, mais pour offrir leur propre sang et communiquer le trésor céleste.

Peuples qui les vîtes venir, quelle fut d'abord votre surprise, et qui peut la représenter ? Des hommes qui viennent à vous sans être attirés par aucun motif ni de commerce, ni d'ambition, ni de curiosité ; des hommes qui, sans vous avoir jamais vus, sans savoir même où vous êtes, vous aiment tendrement, quittent tout pour vous, et vous cherchent au travers de toutes les mers avec tant de fatigues et de périls, pour vous faire part de la vie éternelle qu'ils ont découverte ! Nations ensevelies dans l'ombre de la mort, quelle lumière sur vos têtes (14) !

A qui doit-on, mes frères, cette gloire et cette bénédiction de nos jours ? à la Compagnie de Jésus, qui, dès sa naissance, ouvrit, par le secours des Portugais, un nouveau chemin à l'évangile dans les Indes. N'est-ce pas elle qui a allumé les premières étincelles du feu de l'apostolat dans le sein de ces hommes livrés à la grâce ? Il ne sera jamais effacé de la mémoire des justes le nom de cet enfant d'Ignace (15), qui, de la même main dont il avait rejeté l'emploi de la confiance la plus éclatante, forma une petite société de prêtres, germes bénis de cette communauté.

O Ciel, conservez à jamais la source d'une grâce si abondante, et faites que ces deux corps portent ensemble (16) le nom du seigneur Jésus à tous les peuples qui l'ignorent !

Parmi ces différents royaumes où la grâce prend diverses formes selon la diversité des naturels, des moeurs et des gouvernements, j'en aperçois un qui est le canal de l'Évangile pour les autres. C'est à Siam que se rassemblent ces hommes de Dieu (17) ; c'est là que se forme un clergé composé de tant de langues et de peuples sur qui doit découler la parole de vie ; c'est là que commencent à s'élever jusque dans les nues des temples qui retentiront des divins cantiques (18).

Grand roi (19), dont la main les élève, que tardez-vous à faire au vrai Dieu, de votre cœur même, le plus agréable et le plus auguste de tous les temples ? Pénétrants et attentifs observateurs, qui nous montrez un goût si exquis, fidèles ministres, qu'il a envoyés du lieu où le soleil se lève jusqu'à celui où il se couche, pour voir Louis, rapportez-lui ce que vos yeux ont vu : ce royaume fermé, non comme la Chine, par une simple muraille, mais par une chaîne de places fortifiées qui en rendent les frontières inaccessibles (20) ; cette majesté douce et pacifique qui règne au dedans ; mais surtout cette piété qui cherche bien plus à faire régner Dieu que l'homme. Sache par nos histoires la postérité la plus reculée, que l'Indien est venu mettre aux pieds de Louis les richesses de l'aurore en reconnaissance de l'Évangile reçu par ses soins ! Encore n'est-ce pas assez de nos histoires ; fasse le ciel qu'un jour, parmi ces peuples, les pères attendris disent à leurs enfants pour les instruire : autrefois, dans un siècle favorisé de Dieu, un roi nommé Louis, jaloux d'étendre les conquêtes de Jésus-Christ bien loin au-delà des siennes, fit passer de nouveaux apôtres aux Indes ; c'est par là que nous sommes chrétiens ; et nos ancêtres accoururent d'un bout de l'univers à l'autre pour voir la sagesse, la gloire et la piété qui étaient dans cet homme mortel !

Sous sa protection, que la distance des lieux ne peut affaiblir, ou plutôt (car à Dieu ne plaise que nous mettions notre espérance ailleurs qu'en la croix !) ou plutôt, par la vertu toute-puissante du nom de Jésus-Christ, évêques, prêtres, allez annoncer l'Évangile à toute créature. J'entends la voix de Pierre (21) qui vous envoie et qui vous anime. Il vit, il parle dans son successeur ; son zèle et son autorité ne cessent de confirmer ses frères. C'est de la chaire principale, c'est du centre de l'unité chrétienne que sortent les rayons de la foi la plus pure et la plus féconde, pour percer les ténèbres de la gentilité. Allez donc, anges prompts et légers ; que sous vos pas les montagnes descendent, que les vallées se comblent, que toute chair voie le salut de Dieu (22) .

Frappe, cruel Japon (23) ; le sang de ces hommes apostoliques ne cherche qu'à couler de leurs veines, pour te laver dans celui du sauveur que tu ne connais pas. Empire de la Chine, tu ne pourras fermer tes portes (24). Déjà un saint pontife, marchant sur les traces de François-Xavier, a béni cette terre par ses derniers soupirs (25). Nous l'avons vu, cet homme simple et magnanime, qui revenait tranquillement de faire le tour entier du globe terrestre. Nous avons vu cette vieillesse prématurée et si touchante, ce corps vénérable, courbé, non sous le poids des années, mais sous celui de ses pénitences et de ses travaux ; et il semblait nous dire à nous tous, au milieu desquels il passait sa vie, à nous tous qui ne pouvions nous rassasier de le voir, de l'entendre, de le bénir, de goûter l'onction et de sentir la bonne odeur de Jésus-Christ qui était en lui ; il semblait nous dire : maintenant me voilà, je sais que vous ne verrez plus ma face (26). Nous l'avons vu qui venait de mesurer (27) la terre entière : mais son coeur, plus grand que le monde, était encore dans ces régions si éloignées. L'esprit l'appelait à la Chine ; et l'Évangile, qu'il devait à ce vaste empire, était comme un feu dévorant au fond de ses entrailles, qu'il ne pouvait plus retenir.

Allez donc, saint vieillard, traversez encore une fois l'océan étonné (28) et soumis ; allez au nom de Dieu. Vous verrez la terre promise ; il vous sera donné d'y entrer, parce que vous avez espéré contre l'espérance même (29). La tempête, qui devait causer le naufrage, vous jettera sur le rivage désiré. Pendant huit mois votre voix mourante fera retentir les bords de la Chine du nom de Jésus-Christ. Ô mort précipitée ! Ô vie précieuse, qui devait durer plus longtemps ! Ô douces espérances tristement enlevées !

Mais adorons Dieu, taisons-nous.

Voilà, mes frères, ce que Dieu a fait en nos jours pour faire taire les bouches profanes et impies. Quel autre que Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, aurait osé promettre qu'après son supplice tous les peuples viendraient à lui, et croiraient en son nom ?

Environ dix-sept siècles après sa mort, sa parole est encore vivante et féconde dans toutes les extrémités de la terre. Par l'accomplissement d'une promesse inouie et si étendue, Jésus-Christ montre qu'il tient dans ses mains immortelles les coeurs de toutes les nations et de tous les siècles.

Par là nous montrons encore la vraie Église à nos frères errants (30), comme Saint Augustin la montrait aux sectes de son siècle. Qu'il est beau, mes frères, qu'il est consolant de parler le même langage, et de donner précisément les mêmes marques de l'Église que ce père donnait il y a treize cents ans ! C'est cette ville située sur le sommet de la montagne, qui est vue de loin par tous les peuples de la terre ; c'est ce royaume de Jésus-Christ, qui possède toutes les nations ; c'est cette société la plus répandue, qui seule a la gloire d'annoncer Jésus-Christ aux peuples idolâtres ; c'est cette Église, qui non seulement doit être toujours visible, mais toujours la plus visible et la plus éclatante : car il faut que la plus grande autorité extérieure et vivante qui soit parmi les chrétiens, mène sûrement et sans discussion les simples à la vérité : autrement la providence se manquerait à elle-même ; elle rendrait la religion impraticable aux simples ; elle jetterait les ignorants dans l'abîme des discussions et des incertitudes des philosophes ; elle n'aurait donné le texte des écritures, manifestement sujet à tant d'interprétations différentes, que pour nourrir l'orgueil et la division. Que deviendraient les ames dociles pour autrui, et défiantes d'elles-mêmes, qui auraient horreur de préférer leur propre sens à celui de l'assemblée la plus digne d'être crue qu'il y ait sur la terre ? Que deviendraient les humbles, qui craindraient avec raison bien davantage de se tromper eux-mêmes, que d'être trompés par l'Église ? C'est par cette raison que Dieu, outre la succession non interrompue des pasteurs, naturellement si propre à faire passer la vérité de main en main dans la suite de tous les siècles, a mis cette fécondité si étendue et si singulière dans la vraie Église, pour la distinguer de toutes les sociétés retranchées, qui languissent obscures, stériles et resserrées dans un coin du monde. Comment osent-elles dire, ces sectes nouvelles, que l'idolâtrie régnait partout avant leur réforme ? Toutes les nations ayant été données par le père au fils, Jésus-Christ a-t-il laissé perdre son héritage ? Quelle main plus puissante que la sienne le lui a ravi ? Quoi donc, sa lumière était-elle éteinte dans l' univers ?

Peut-être croyez-vous, mes frères, que c'est moi : non, c'est saint Augustin qui parle ainsi aux donatistes (31), aux manichéens (32), et, en changeant seulement les noms, à nos protestants.

Cette étendue de l'Église, cette fécondité de notre mère dans toutes les parties du monde, ce zèle apostolique qui reluit dans nos seuls pasteurs, et que ceux des nouvelles sectes n'ont pas même entrepris d'imiter, embarrassent les plus célèbres défenseurs du schisme. Je l'ai lu dans leurs derniers livres, ils n'ont pu le dissimuler. J'ai vu même les personnes les plus sensées et les plus droites de ce parti, avouer que cet éclat, malgré toutes les subtilités dont on tâche de l'obscurcir, les frappe jusqu'au coeur, et les attire à nous.

Qu'elle est donc grande cette oeuvre qui console l'Église, qui la multiplie, qui répare ses pertes, qui accomplit si glorieusement les promesses, qui rend Dieu sensible aux hommes, qui montre Jésus-Christ toujours vivant et régnant dans les coeurs par la foi, selon sa parole, au milieu même de ses ennemis ; qui répand en tous lieux son Église, afin que tous les peuples puissent l'écouter ; qui met en elle ce signe éclatant que tout oeil peut voir, et auquel les simples sont assurés, sans discussion, que la vérité de la doctrine est attachée ! Qu'elle est grande cette oeuvre ! Mais où sont les ouvriers capables de la soutenir ? Mais où sont les mains propres à recueillir ces riches moissons dont les campagnes de l'Orient sont déjà blanchies ? Jamais la France, il est vrai, n'a eu de plus pressants besoins pour elle qu'aujourd'hui. Pasteurs, rassemblez vos conseils et vos forces pour achever d'abattre ce grand arbre, dont les branches orgueilleuses montaient jusqu'au ciel, et qui est déjà ébranlé jusqu'à ses plus profondes racines. Ne laissez aucune étincelle cachée du feu de l'hérésie prêt à s'éteindre ; ranimez votre discipline ; hâtez-vous de déraciner par la vigueur de vos canons le scandale et les abus ; faites goûter à vos enfants les chastes délices des saintes lettres ; formez des hommes qui soutiennent la majesté de l'Évangile, et dont les lèvres gardent la science. O mère, faites sucer à vos enfants les deux mamelles de la science et de la charité. Que par vous la vérité luise encore sur la terre. Montrez que ce n'est pas en vain que Jésus-Christ a prononcé cet oracle pour tous les temps sans restriction : qui vous écoute, m'écoute(33) . Mais que les besoins du dedans ne fassent pas abandonner ni oublier ceux du dehors. Église de France, ne perdez pas votre couronne.

D'une main, allaitez dans votre sein vos propres enfants ; étendez l'autre sur cette extrémité de la terre, où tant de nouveaux nés, encore tendres en Jésus-Christ, poussent de faibles cris vers vous, et attendent que vous ayez pour eux des entrailles de mère.

O vous, qui avez dit à Dieu, vous êtes mon sort et mon héritage (34), ministres du seigneur, qui êtes aussi son héritage et sa portion, foulez aux pieds la chair et le sang. Dites à vos parents : je vous ignore. Ne connaissez que Dieu, n'écoutez que lui.

Que ceux qui sont déjà attachés ici dans un travail réglé, y persévèrent ; car les dons sont divers, et il suffit que chacun suive le sien : mais qu'ils donnent du moins leurs voeux et leurs prières à l'oeuvre naissante de la foi. Que chacun de ceux qui sont libres se dise à soi-même : malheur à moi si je n'évangélise (35)! Hélas ! Peut-être que tous les royaumes de l'Orient ensemble n'ont pas autant de prêtres qu'une paroisse d'une seule ville. Paris, tu t'enrichis de la pauvreté des nations, ou plutôt, par de malheureux enchantements, tu perds pour toi-même ce que tu enlèves aux autres : tu prives le champ du seigneur de sa culture ; les ronces et les épines le couvrent : tu prives les ouvriers de la récompense due au travail. Que ne puis-je aujourd'hui, mes frères, m'écrier, comme Moïse aux portes du camp d'Israël : si quelqu' un est au seigneur, qu'il se joigne à moi (36) ! Dieu m'en est témoin, Dieu devant qui je parle, Dieu à la face duquel je sers chaque jour, Dieu qui lit dans les coeurs, et qui sonde les reins (37).

Seigneur, vous le savez que c'est avec confusion et douleur qu'admirant votre oeuvre, je ne me sens ni les forces ni le courage d'aller l'accomplir. Heureux ceux à qui vous donnez de le faire ! Heureux moi-même, malgré ma faiblesse et mon indignité, si mes paroles peuvent allumer dans le coeur de quelque saint prêtre cette flamme céleste dont un pécheur comme moi ne mérite pas de brûler.

Par ces hommes chargés des richesses de l'Évangile, la grâce croît, et le nombre des croyants se multiplie de jour en jour ; l'Église refleurit, et son entière et ancienne beauté se renouvelle. Là on court pour baiser les pieds d'un prêtre quand il passe ; là on recueille avec soin, avec un coeur affamé et avide, jusqu'aux moindres parcelles de la parole de Dieu qui sort de sa bouche. Là on attend avec impatience, pendant toute la semaine, le jour du seigneur, où tous les frères dans un saint repos se donnent tendrement le baiser de paix, n'étant tous ensemble qu'un coeur et qu'une ame. Là on soupire après la joie des assemblées, après les chants des louanges de Dieu, après le sacré festin de l'agneau. Là on croit voir encore les travaux, les voyages, les dangers des apôtres, avec la ferveur des Églises naissantes. Heureuses, parmi ces Églises, celles que le feu de la persécution éprouve pour les rendre plus pures !

Heureuses ces Églises, dont nous ne pouvons nous empêcher de regarder la gloire d'un oeil jaloux ! On y voit des catéchumènes qui désirent de se plonger, non-seulement dans les eaux salutaires, mais dans les flammes du Saint-Esprit et dans le sang de l'agneau, pour y blanchir leurs robes (38); des catéchumènes qui attendent le martyre avec le baptême. Quand aurons-nous de tels chrétiens, dont les délices soient de se nourrir des paroles de la foi, de goûter les vertus du siècle futur, et de s'entretenir de leur bienheureuse espérance ? Là ce qui est regardé ici comme excessif, comme impraticable, ce qu'on ne peut croire possible sur la foi des histoires des premiers temps, est la pratique actuelle de ces Églises. Là, être chrétien, et ne plus tenir à la terre, est la même chose. Là on n'ose montrer à ces fidèles enflammés nos tièdes chrétiens d'Europe, de peur que cet exemple contagieux ne leur apprenne à aimer la vie, et à ouvrir leurs coeurs aux joies empoisonnées du siècle. L'Évangile dans son intégrité fait encore sur eux toute son impression naturelle. Il forme des pauvres bienheureux, des affligés qui trouvent la joie dans les larmes, et des riches qui craignent d'avoir leur consolation en ce monde ; tout milieu entre le siècle et Jésus-Christ est ignoré ; ils ne savent que prier, se cacher, souffrir, espérer. Ô aimable simplicité ! Ô foi vierge ! Ô joie pure des enfants de Dieu ! Ô beauté des anciens jours que Dieu ramène sur la terre, et dont il ne reste plus parmi nous qu'un triste et honteux souvenir ! Hélas ! Malheur à nous ! Parce que nous avons péché, notre gloire nous a quittés, elle s'envole au-delà des mers, un nouveau peuple nous l'enlève. Voilà, mes frères, ce qui doit nous faire trembler.

Second point.

Si Dieu, terrible dans ses conseils sur les enfants des hommes, n'a pas même épargné les branches naturelles de l'olivier franc, comment oserions-nous espérer qu'il nous épargnera, nous, mes frères, branches sauvages et entées, nous branches mortes, et incapables de fructifier (39) ? Dieu frappe sans pitié son ancien peuple, ce peuple héritier des promesses, ce peuple race bénite d'Abraham, dont Dieu s'est déclaré le Dieu à jamais ; il le frappe d'aveuglement, il le rejette de devant sa face, il le disperse comme la cendre au vent ; il n'est plus son peuple, et Dieu n'est plus son Dieu ; et il ne sert plus, ce peuple réprouvé, qu'à montrer à tous les autres peuples qui sont sous le ciel, la malédiction et la vengeance divine qui distille sur lui goutte à goutte, et qui y demeurera jusqu'à la fin.

Comment est-ce que la nation juive est déchue de l'alliance de ses pères et de la consolation d'Israël ? Le voici, mes frères.

Elle s'est endurcie au milieu des grâces, elle a résisté au Saint-Esprit, elle a méconnu l'envoyé de Dieu. Pleine des désirs du siècle, elle a rejeté une rédemption, qui, loin de flatter son orgueil et ses passions charnelles, devait au contraire la délivrer de son orgueil et de ses passions.

Voilà ce qui a fermé les coeurs à la vérité, voilà ce qui a éteint la foi, voilà ce qui a fait que la lumière luisant au milieu des ténèbres, les ténèbres ne l'ont point comprise. La réprobation de ce peuple a-t-elle anéanti les promesses ?

A dieu ne plaise ! La main du Tout-Puissant se plaît à montrer qu'elle est jalouse de ne devoir ses oeuvres qu'à elle-même ; elle rejette ce qui est, pour appeler ce qui n'est pas. Le peuple qui n'était pas même peuple, c'est-à-dire, les nations dispersées, qui n'avaient jamais fait un corps ni d'État ni de religion, ces nations qui vivaient enfoncées dans une brutale idolâtrie, s'assemblent, et sont tout-à-coup un peuple bien-aimé. Cependant les juifs, privés de la science de Dieu jusqu'alors héréditaire parmi eux, enrichissent de leurs dépouilles toutes les nations. Ainsi Dieu transporte le don de la foi selon son bon plaisir, et selon le profond mystère de sa volonté.

Ce qui a fait la réprobation des juifs (prononçons ici, mes frères, notre jugement, pour prévenir celui de Dieu), ce qui a fait leur réprobation ne doit-il pas faire la nôtre ? Ce peuple, quand Dieu l'a foudroyé, était-il plus attaché à la terre que nous, plus enfoncé dans la chair, plus enivré de ses passions mondaines, plus aveuglé par sa présomption, plus rempli de lui-même, plus vide de l'amour de Dieu ?

Non, non, mes frères ; ses iniquités n'étaient point encore montées jusqu'à la mesure des nôtres.

Le crime de crucifier de nouveau Jésus-Christ, mais Jésus-Christ connu, mais Jésus-Christ goûté, mais Jésus-Christ régnant parmi nous ; le crime de fouler aux pieds volontairement notre unique hostie de propitiation et le sang de l'alliance, n'est-il pas plus énorme et plus irrémissible que celui de répandre ce sang, comme les juifs, sans le connaître ?

Ce peuple est-il le seul que Dieu a frappé ?

Hâtons-nous de descendre aux exemples de la loi nouvelle ; ils sont encore plus effrayants. Jetez, mes frères, des yeux baignés de larmes sur ces vastes régions d'où la foi s'est levée sur nos têtes, comme le soleil. Que sont-elles devenues ces fameuses Églises d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérusalem, de Constantinople, qui en avaient d'innombrables sous elles ? C'est là que pendant tant de siècles les conciles assemblés ont étouffé les plus noires erreurs, et prononcé ces oracles qui vivront éternellement ; c'est là que régnait avec majesté la sainte discipline, modèle après lequel nous soupirons en vain. Cette terre était arrosée du sang des martyrs ; elle exhalait le parfum des vierges ; le désert même fleurissait par ses solitaires : mais tout est ravagé sur ces montagnes découlantes de lait et de miel, où paissaient sans crainte les troupeaux d'Israël. Là maintenant sont les cavernes inaccessibles des serpents et des basilics. (40)

Que reste-t-il sur les côtes d'Afrique, où les assemblées d'évêques étaient aussi nombreuses que les conciles universels, et où la loi de Dieu attendait son explication de la bouche d'Augustin ? Je ne vois plus qu'une terre encore fumante de la foudre que Dieu y a lancée.

Mais quelle terrible parole de retranchement Dieu n'a-t-il pas fait entendre sur la terre dans le siècle passé ! L'Angleterre, rompant le sacré lien de l'unité, qui peut seul retenir les esprits, s'est livrée à toutes les visions de son coeur. Une partie des Pays-Bas, l'Allemagne, le Danemarck, la Suède, sont autant de rameaux que le glaive vengeur a retranchés, et qui ne tiennent plus à l'ancienne tige.

L'Église, il est vrai, répare ces pertes : de nouveaux enfants, qui lui naissent au-delà des mers, essuient ses larmes pour ceux qu'elle a perdus. Mais l'Église a des promesses d'éternité ; et nous, qu'avons-nous, mes frères, sinon des menaces qui nous montrent à chaque pas l'abîme ouvert sous nos pieds ? Le fleuve de la grâce ne tarit point, il est vrai ; mais souvent, pour arroser de nouvelles terres, il détourne son cours, et ne laisse dans l'ancien canal que des sables arides. La foi ne s'éteindra point, je l'avoue ; mais elle n'est attachée à aucun des lieux qu'elle éclaire ; elle laisse derrière elle une affreuse nuit à ceux qui ont méprisé le jour, et elle porte ses rayons à des yeux plus purs.

Que ferait plus longtemps la foi chez des peuples corrompus jusqu'à la racine, qui ne portent le nom de fidèles que pour le flétrir et le profaner ?

Lâches et indignes chrétiens, par vous le christianisme est avili et méconnu ; par vous le nom de Dieu est blasphémé chez les Gentils ; vous n'êtes plus qu'une pierre de scandale à la porte de la maison de Dieu, pour faire tomber ceux qui y viennent chercher Jésus-Christ.

Mais qui pourra remédier aux maux de nos Églises, et relever la vérité qui est foulée aux pieds dans les places publiques ? L'orgueil a rompu ses digues et inondé la terre ; toutes les conditions sont confondues ; le faste s'appelle politesse, la plus folle vanité une bienséance ; les insensés entraînent les sages, et les rendent semblables à eux ; la mode, si ruineuse par son inconstance et par ses excès capricieux, est une loi tyrannique à laquelle on sacrifie toutes les autres ; le dernier des devoirs est celui de payer ses dettes. Les prédicateurs n'osent plus parler pour les pauvres, à la vue d'une foule de créanciers dont les clameurs montent jusqu'au ciel. Ainsi la justice fait taire la charité, mais la justice elle-même n'est plus écoutée. Plutôt que de modérer les dépenses superflues, on refuse cruellement le nécessaire à ses créanciers. La simplicité, la modestie, la frugalité, la probité exacte de nos pères, leur ingénuité, leur pudeur, passent pour des vertus rigides et austères d' un temps trop grossier. Sous prétexte de se polir, on s'est amolli pour la volupté, et endurci contre la vertu et contre l'honneur. On invente chaque jour et à l'infini de nouvelles nécessités pour autoriser les passions les plus odieuses. Ce qui était d'un faste scandaleux dans les conditions les plus élevées, il y a quarante ans, est devenu une bienséance pour les plus médiocres. Détestable raffinement de nos jours ! Monstre de nos moeurs ! La misère et le luxe augmentent comme de concert ; on est prodigue de son bien, et avide de celui d'autrui ; le premier pas de la fortune est de se ruiner. Qui pourrait supporter les folles hauteurs que l'orgueil affecte, et les bassesses infâmes que l'intérêt fait faire ? On ne connaît plus d'autre prudence que la dissimulation, plus de règle des amitiés que l'intérêt, plus de bienfaits qui puissent attacher à une personne dès qu'on la trouve ou inutile ou ennuyeuse. Les hommes, gâtés jusque dans la moelle des os par les ébranlements et les enchantements des plaisirs violents et raffinés, ne trouvent plus qu'une douceur fade dans les consolations d'une vie innocente ; ils tombent dans les langueurs mortelles de l'ennui dès qu'ils ne sont plus animés par la fureur de quelque passion. Est-ce donc là être chrétien ? Allons, allons dans d'autres terres, où nous ne soyons plus réduits à voir de tels disciples de Jésus-Christ !

Ô Évangile ! Est-ce là ce que vous enseignez ?

Ô foi chrétienne ! Vengez-vous ; laissez une éternelle nuit sur la face de la terre, de cette terre couverte d'un déluge d'iniquité.

Mais, encore une fois, voyons nos ressources sans nous flatter. Quelle autorité pourra redresser des moeurs si dépravées ? Une sagesse vaine et intempérante, une curiosité superbe et effrénée emporte les esprits. Le Nord ne cesse d'enfanter de nouveaux monstres d'erreur : parmi ces ruines de l'ancienne foi, tout tombe, tout tombe comme par morceaux ; le reste des nations chrétiennes en sent le contre-coup ; on voit les mystères de Jésus-Christ ébranlés jusqu'aux fondements. Des hommes profanes et téméraires ont franchi les bornes, et ont appris à douter de tout. C'est ce que nous entendons tous les jours ; un bruit sourd d'impiété vient frapper nos oreilles, et nous en avons le coeur déchiré. Après s'être corrompus dans ce qu'ils connaissent, ils blasphèment enfin ce qu'ils ignorent (41). Prodige réservé à nos jours ! L'instruction augmente, et la foi diminue. La parole de Dieu, autrefois si féconde, deviendrait stérile, si l'impiété l'osait. Mais elle tremble sous Louis, et, comme Salomon, il la dissipe de son regard (42). Cependant, de tous les vices, on ne craint plus que le scandale ; que dis-je ? Le scandale même est au comble ; car l'incrédulité, quoique timide, n'est pas muette ; elle sait se glisser dans les conversations, tantôt sous des railleries envenimées, tantôt sous des questions où l'on veut tenter Jésus-Christ, comme les pharisiens. En même temps, l'aveugle sagesse de la chair, qui prétend avoir droit de tempérer la religion au gré de ses désirs, déshonore et énerve ce qui reste de foi parmi nous. Chacun marche dans la voie de son propre conseil ; chacun, ingénieux à se tromper, se fait une fausse conscience. Plus d'autorité dans les pasteurs, plus d'uniformité de discipline. Le dérèglement ne se contente plus d'être toléré, il veut être la règle même, et appelle excès tout ce qui s'y oppose. La chaste colombe, dont le partage ici-bas est de gémir, redouble ses gémissements. Le péché abonde, la charité se refroidit, les ténèbres s'épaississent, le mystère d'iniquité se forme ; dans ces jours d'aveuglement et de péché, les élus mêmes seraient séduits, s'ils pouvaient l'être. Le flambeau de l'Évangile, qui doit faire le tour de l'univers, achève sa course.

Ô dieu ! Que vois-je ? Où sommes-nous ? Le jour de la ruine est proche, et les temps se hâtent d'arriver. Mais adorons en silence et avec tremblement l'impénétrable secret de Dieu.

Ames recueillies, ames ferventes, hâtez-vous de retenir la foi prête à nous échapper. Vous savez que dix justes auraient sauvé la ville abominable de Sodome que le feu du ciel consuma. C'est à vous à gémir sans cesse au pied des autels pour ceux qui ne gémissent pas de leurs misères. Opposez-vous, soyez le bouclier d'Israël contre les traits de la colère du seigneur ; faites violence à Dieu, il le veut ; d'une main innocente arrêtez le glaive déjà levé.

Seigneur, qui dites dans vos écritures : Quand même une mère oublierait son propre fils, le fruit de ses entrailles, et moi, je ne vous oublierai jamais (43), ne détournez point votre face de dessus nous. Que votre parole croisse dans ces royaumes où vous l'envoyez ; mais n'oubliez pas les anciennes Églises dont vous avez conduit si heureusement la main pour planter la foi chez ces nouveaux peuples. Souvenez-vous du siège de Pierre, fondement immobile de vos promesses. Souvenez-vous de l'Église de France, mère de celle d'Orient, sur qui votre grâce reluit. Souvenez-vous de cette maison, qui est la vôtre ; des ouvriers qu'elle forme ; de leurs larmes, de leurs prières, de leurs travaux. Que vous dirai-je, Seigneur, pour nous-mêmes ? Souvenez-vous de notre misère et de votre miséricorde. Souvenez-vous du sang de votre fils, qui coule sur nous, qui vous parle en notre faveur, et en qui seul nous nous confions.

Bien loin de nous arracher, selon votre justice, ce peu de foi qui nous reste encore, augmentez-la, purifiez-la, rendez-la vive ; qu'elle perce toutes nos ténèbres ; qu'elle étouffe toutes nos passions ; qu'elle redresse tous nos jugements, afin qu'après avoir cru ici-bas, nous puissions voir éternellement dans votre sein ce que nous aurons cru. (...).


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NOTES :

1 - Les gentils désignaient les païens. C'est ainsi que les juifs appelaient tous ceux qui n'étaient pas de leur religion. Les Romains ont aussi appelé Gentils les étrangers qui, de leur bon gré, se venaient donner à eux. (Furetière). Ici, les Gentils désignent les étrangers.

primo tempore adleviata est terra Zabulon et terra Nepthalim et novissimo adgravata est via maris trans Iordanem Galileae gentium - Mais les ténèbres ne règneront pas toujours sur la terre où il y a maintenant des angoisses : si les temps passés ont couvert d'opprobre le pays de Zabulon et le pays de Nephthali, les temps à venir couvriront de gloire la contrée voisine de la mer, au-delà du Jourdain, le territoire des Gentils. (Esaïe IX, 1)

Selon l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert, les gentils sont les païens qui adorent les idoles. Les Hébreux appelaient gentes, nations, tous les autres peuples de la terre, tout ce qui n'était pas israélite ou hébreu. Il y en a qui disent que les Gentils ont été appelés de ce nom par opposition aux Juifs et aux Chrétiens, qui ont une loi positive qu'ils suivent dans leur religion ; au lieu que les Gentils n'ont que la loi naturelle, et celle qu'ils s'imposent librement à eux-mêmes : Gentiles quia sunt et geniti fuerunt.
Les Juifs se servaient du mot de gentil dans le sens que les Chrétiens emploient celui d'infidèle. Saint Paul est appelé le docteur et l'apôtre des Gentils ; c'est ainsi qu'il s'appelle lui-même, Rom. XI, 13 : vobis enim dico gentibus quamdiu quidem ego sum gentium apostolus ministerium meum honorificabo - tant que je serai l'apôtre des Gentils, je travaillerai à rendre illustre mon ministère.
La vocation des Gentils à la foi a été prédite dans l'ancien Testament, comme elle s'est accomplie dans le nouveau.
Dans le droit et dans l'histoire romaine, le nom de gentil, gentilis, signifie quelquefois ceux que les Romains appelaient barbares, soit qu'ils fussent leurs alliés ou non. Dans Ammien, dans Ausone, et dans la notice de l'Empire, il est parlé des Gentils dans le sens qui vient d'être expliqué.
Les Romains ont aussi appellé Gentils, les étrangers qui n'étaient pas sujets de l'Empire, comme on le voit dans le code théodosien, au traité de nuptiis Gentilium, où gentiles est opposé à provinciales, c'est-à-dire aux habitants des provinces de l'Empire.
Ce mot ne s'est introduit dans le latin et dans le grec, où il est aussi en usage, que depuis l'établissement du christianisme, et il est pris de l'Écriture
. (Dictionn. de Trévoux & de Chambers). retour

2 - non auferetur sceptrum de Iuda et dux de femoribus eius donec veniat qui mittendus est et ipse erit expectatio gentium - Le sceptre ne s'éloignera point de Juda, ni le bâton souverain d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne le Schilo [celui qui tient le sceptre, le Messie] , et que les peuples lui obéissent. (Genèse XLIX, 10)   retour

3 - Emu a un sens très fort au XVIIe siècle, il faut comprendre soulevé, transporté, excité.   retour

4 - Isaïe.   retour

5 - illa autem quae sursum est Hierusalem libera est quae est mater nostra scriptum est enim laetare sterilis quae non paris erumpe et exclama quae non parturis quia multi filii desertae magis quam eius quae habet virum - Mais la Jérusalem d'en haut est libre, c'est notre mère, car il est écrit : Réjouis-toi, stérile, toi qui n'enfantes point ! Éclate et pousse des cris, toi qui n'as pas éprouvé les douleurs de l'enfantement! Car les enfants de la délaissée seront plus nombreux Que les enfants de celle qui était mariée. (Galate IV, 26-27)   retour

6 - ebullivit terra eorum ranas in cubiculis regum eorum - Tu envoies ton souffle : ils sont créés, et tu renouvelles la face de la terre. (Psaumes CIV, 30)   retour

7 - Iesus Christus heri et hodie ipse et in saecula - Jésus Christ est le même hier, aujourd'hui, et éternellement. (Hébreux XIII, 8)   retour

8 - Esaias autem audet et dicit inventus sum non quaerentibus me palam apparui his qui me non interrogabant - Et Ésaïe pousse la hardiesse jusqu'à dire : J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, je me suis manifesté à ceux qui ne me demandaient pas. (Romains X, 20)   retour

9 - Les relations entre la France et le continent américain commencent dès 1503-1504, lorsque le navire l'Espoir atteint les côtes du Brésil. C'est vers cette région, sous domination portugaise, que se porte alors l'intérêt des Français. En 1531, Jean Dupéret y accoste avec deux vaisseaux et 120 hommes et entreprend de construire un fort et un comptoir sur l'île de Santo Aleixo. Cette établissement ne résiste que quelques mois, et en décembre 1531, les Portugais assiègent la place et contraignent les Français à la reddition.

Les autres tentatives d'établissement à Rio de Janeiro, Ibiapaba-Ceara ou Sao Luis do Maranhao ne connaissent pas plus de succès. Il convient de signaler la plus longue, celle de Nicolas Durand de Villegagnon, qui s'embarqua pour les côtes brésiliennes le 14 août 1555 avec trois vaisseaux chargés de 600 marins et colons. Arrivés sur une petite île de la baie de Guanabara (Rio de Janeiro), ils construisent Fort Coligny. Cet établissement, appelé la France antartique dure cinq années. Après un affrontement meurtrier, il est détruit le 16 mars 1560 par le commandant portugais du Brésil Mem de Sà. Seuls 70 Français survivent.

Une tentative vers la Floride se solde également par un échec. Menée à partir 1562 par le Dieppois Jean Ribault, elle se heurte à l'hostilité espagnole, et est anéantie le 12 octobre 1565 par le massacre de Mantanzas Inlet.

La France connaît davantage de réussite vers le Canada. Déjà en 1524, mandaté par des financiers lyonnais, le navigateur italien Giovanni da Verrazzano navigue vers l'ouest dans le but de découvrir de nouvelles terres. Il explore la côte américaine de la Floride à Terre-Neuve et nomme ces terres Nova Franca. Jacques Cartier à son tour atteint l'embouchure du Saint-Laurent en 1534, et y fonde en 1541 la place fortifiée de Charlesbourg Royal. Toutefois, l'activité de ce comptoir reste très réduite jusqu'à l'arrivée du fondateur de Québec et de Montréal, Samuel de Champlain. Entre 1603 et 1635, date de sa mort, avec l'appui d'Henri IV puis de Richelieu, Champlain va donner une impulsion décisive à la Nouvelle-France qui devient province française en 1663.

Descripsion des costs, pts., rades, illes de la Nouvele France par Samuel de Champlain.

Parmi les orages évoqués par Fénelon, il convient de citer entre autres le sort des martyrs jésuites Isaac Jogues (18 octobre 1646), Jean de Brébeuf (16 mars 1649), Antoine Daniel (4 juillet 1648), Gabriel Lallemant (17 mars 1649), Charles Garnier (7 décembre 1649) et Noël Chabanel (8 décembre 1649) qui seront massacrés par les tribus huronnes et iroquoises.

Dans son Histoire du Canada, de son Église et de ses missions depuis la découverte de l'Amérique jusqu'à nos jours, écrite sur des documents inédits publiée par Sagnier et Bray en 1852, l'abbé Brasseur de Bourbourg donne un récit terrifiant de ces persécutions : Le père de Brébeuf, séparé de son compagnon, fut attaché sur une espèce d'échaufaud, où les ennemis s'acharnèrent de telle sorte sur lui, qu'ils paraissaient hors d'eux-mêmes de rage et de désespoir, à la vue de son courage et de sa fermeté. Du milieu de son supplice, il encourageait les Hurons à souffrir pour l'amour de Dieu et cherchait à faire craindre la colère céleste à ses bourreaux. Ne pouvant lui imposer silence, ils lui coupèrent la lèvre inférieure et le bout du nez, lui appliquèrent par tout le corps des torches allumées, lui brûlèrent les gencives, et enfin lui enfoncèrent un fer rouge dans le gosier. L'invincible missionnaire, se voyant ainsi privé de la parole, continuait à jeter un regard assuré sur ces barbares.

Bientôt on lui amena Lallemand qui, plus jeune et plus délicat, avait été dépouillé de ses habits, et enveloppé de la tête aux pieds d'écorces de sapin auxquelles on se préparait à mettre le feu. Le jeune missionnaire frémit en voyant l'état affreux où l'on avait mis le père de Brébeuf, puis il lui dit, de sa voix douce ; Nous avons été donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. Brébeuf lui répondit par une douce inclination de tête, et le père Lallemand, se trouvant libre un moment, courut baiser ses plaies et le conjurer de prier pour lui. Les Iroquois reprirent aussitôt le jeune missionnaire et mirent le feu aux écorces dont il était couvert. Ces divers supplices ne parvenant pas encore à ébranler le courage des deux martyrs, un Huron apostat cria qu'il fallait leur jeter de l'eau bouillante sur la tête, en punition de ce qu'ils en avaient jeté tant de froide sur celles des autres, et causé par-là tous les malheurs de sa nation. L'avis fut trouvé bon ; on fit bouillir de l'eau, et on la répandit lentement sur la tête des deux confesseurs de Jésus-Christ. Cependant la fumée épaisse qui sortait des écorces dont le père Lallemand était revêtu lui remplissait la bouche, et il fut assez longtemps sans pouvoir articuler une seule parole. Mais le feu ayant brûlé ses liens, il leva les mains au ciel, pour implorer le secours de celui qui est la force des faibles ; on les lui fit baisser à grands coups de corde. On leur coupa à l'un et à l'autre de grands lambeaux de chair, qu'on dévora devant eux.

Brébeuf fut scalpé vivant, et son supplice dura trois heure. Un Iroquois y mit fin, en lui ouvrant le côté, et en lui arrachant le cœur, qu'il dévora tout chaud. Les torture du père Lallemand durèrent dix-sept heures ; on lui arracha un œil, à la place duquel on mit un charbon ardent. Plusieurs de ses bourreaux, qui se convertirent depuis, racontèrent que ses souffrances avaient surpassé toute imagination ; elles lui faisaient jeter quelquefois des cris capables de percer les cœurs les plus durs : mais aussitôt après on le voyait s'élever au-dessus de la douleur, et offrir à Dieu ses tourments avec une ferveur admirable. Si quelquefois la chair était faible, l'esprit était toujours prompt à la relever et à la soutenir. La vie des deux missionnaires avait été un héroïsme continuel ; leur mort, et surtout celle de Brébeuf, fut l'étonnement de leurs bourreaux eux-mêmes.

En 1663, François Laval, premier évêque de Québec, fonde le séminaire de Québec.

En 1682, Cavelier de La Salle atteint l'embouchure sud du Mississippi. Le 9 avril, ayant revêtu un manteau écarlate, il prend officiellement possession du territoire découvert au nom du roi de France et le nomme Louisiane en l'honneur du roi Louis XIV. On y érige une croix sur laquelle on a placé les armes royales. Le 30 avril 1803, Napoléon cède la Louisiane aux Américains pour 80 millions de francs.  retour

10 - Daniel, VIII, 5 : Comme je regardais attentivement, voici, un bouc venait de l'Occident, et parcourait toute la terre à sa surface, sans la toucher ; ce bouc avait une grande corne entre les yeux. Ce bouc désignait Alexandre le Grand.   retour

11 - qui sunt isti qui ut nubes volant et quasi columbae ad fenestras suas : Qui sont ceux-là qui volent comme des nuées, comme des colombes vers leur colombier ? (Isaïe LX, 8)   retour

12 - exultate in nomine sancto eius laetetur cor quaerentium Dominum - Il forme avec les eaux le faîte de sa demeure ; il prend les nuées pour son char, il s'avance sur les ailes du vent. (Psaumes CIV, 3)   retour

13 - vox speculatorum tuorum levaverunt vocem simul laudabunt quia oculum ad oculum videbunt cum converterit Dominus Sion - Qu'ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui publie la paix ! De celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui publie le salut ! De celui qui dit à Sion : ton Dieu règne ! (Isaïe LII, 7)   retour

14 -populus qui ambulabat in tenebris vidit lucem magnam habitantibus in regione umbrae mortis lux orta est eis - Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière; Sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre de la mort une lumière resplendit. (Isaïe IX, 2)   retour

15 - Il s'agit de Jean Bagot, jésuite né à Rennes en 1580 et mort à Paris le 22 août 1664. Jean Bagot fut le confesseur de Louis XIV en 1653, et également le père spirituel de l'association des Bons Amis, à l'origine des Missions-Etrangères. (voir page Les missionnaires)   retour

16 - On sait que les tensions et les inimitiés étaient fortes entre les jésuites et les missionnaires. L'obligation faite aux jésuites de prêter serment aux vicaires apostoliques, le reproche souvent fait par les missionnaires aux jésuites de commercer et de chercher des avantages financiers dans les missions, ce sont quelques sujets de discorde parmi bien d'autres qui justifient l'appel de Fénelon.    retour

17 - La mission de Siam fut créée en 1666 sur un terrain et avec des matériaux fournis par le roi Naraï. Nous avons un écho de cette création dans le Journal de la mission, conservé aux archives des Missions-Etrangères (volume 121, page 687) : Les missionnaires, ne pouvant douter que la volonté de Dieu ne fût qu'ils demeurassent en ce royaume par mille témoignages de ses bontés, firent bâtir un assez grand corps de logis sur le lieu qui leur avait été donné. Le premier étage est de brique, et le second de bois, dont on fait une ample chapelle, sous laquelle pourront demeurer plusieurs missionnaires. On a été contraint, à cause du débordement des eaux qui arrive tous les ans, de le faire élever de la hauteur d'une brasse, et plus de vingt brasses en carré : près de ce bâtiment sont le cimetière et le jardin. Comme dans ce royaume toutes les nations étrangères sont divisées par villages séparés les uns des autres qu'on appelle camps, on a donné à celui des missionnaires français le nom du camp de Saint-Joseph, par reconnaissance des faveurs reçues par l'intercession de ce glorieux patron de nos missions.

Dans une lettre adressée à François Pallu le 17 octobre 1666, Lambert de la Motte évoque également la création de cette mission : Le roi nous a donné un lieu à notre choix pour nous y établir, avec promesse de nous faire délivrer des matériaux pour bâtir notre église. Je l'ai choisi depuis le quartier de nos Cochinchinois, jusqu'auprès des deux petits temples d'idoles qui font la pointe de notre île ; on eut eu plus d'inclination que nous eussions été nous établir avec les autres nations chrétiennes, et l'on m'a fait passer cette concession particulière d'être en ce lieu-là, comme une faveur extraordinaire du roi. La place est belle, nous y avons fait accommoder deux chambres de bois couvertes de tuiles, pour tâcher de garantir nos livres et nos ornements d'église ; plusieurs nous demandent à venir demeurer en ce lieu-là, à quoi je me rends assez difficilement, ne voulant que de bonnes gens. (archives des ME, volume 858 page 131)   retour

18 - La mission de Siam se révèlera un cuisant échec. Malgré leurs actions inlassables dans les domaines de l'éducation, de la médecine, malgré même le port de la robe safran des bonzes que les missionnaires n'hésitent pas à enfiler jusqu'à ce que Rome l'interdise en 1685, rien ne parviendra à détourner les Siamois du bouddhisme.   retour

19 - Il s'agit du roi Phra Naraï   retour

20 - Allusion aux fortifications de Vauban, que les ambassadeurs siamois ont été amenés à découvrir lors de leur périple en France.   retour

21 - Désigne ici le pape Innocent XI, Benedetto Odescalchi, né à Côme le 16 mai 1611 et mort à Rome le 11 août 1689. Il fut élu pape le 21 septembre 1676, après un revirement de Louis XIV qui avait dans un premier temps usé de toute son influence pour faire obstacle à cette élection, et avait fini par s'y rallier à contre-coeur devant la popularité du futur souverain pontife. retour

22 - omnis vallis implebitur et omnis mons et collis humiliabitur et erunt prava in directa et aspera in vias planas. Et videbit omnis caro salutare Dei - Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ; ce qui est tortueux sera redressé, et les chemins raboteux seront aplanis. Et toute chair verra le salut de Dieu. (Saint Luc III, 5-6)   retour

23 - Fernao Mendes Pinto fut le premier Européen à découvrir le Japon en 1545. Rapidement, le pays s'ouvre au commerce international, et les Portugais, les Hollandais puis les Anglais y installent des comptoirs.

Le 15 août 1549, Saint François-Xavier (1506-1552) missionnaire jésuite espagnol y débarque à son tour et entreprend une oeuvre d'évangélisation qui porte rapidement ses fruits. On estime qu'en quarante ans, 200.000 japonais se convertissent, y compris parmi les hauts dignitaires du régime. Cette situation ne manque pas d'inquiéter les puissantes sectes bouddhistes et shintoïstes. Quelques persécutions ont lieu d'abord de façon endémique, puis plus systématique à partir de 1611, sous le règne du shogun Tokugawa Ieyasu puis son fils Tokugawa Hidetada. En 1635, la religion catholique est interdite, et toutes les relations religieuses, commerciales et culturelles entre le Japon et les pays étrangers sont suspendues.

Parmi les martyrs du Japon, il faut citer le père dominicain Guillaume Courtet (1589-1637), arrivé clandestinement dans le pays et découvert par les Japonais, il est condamné à mort et exécuté avec quatre autres prêtres en septembre 1637 : Le vingt-septième du même mois, les autres cinq prisonniers furent conduits au dernier supplice en la forme suivante. Les ministres de la justice les ayant sortis de la prison, il se fit un grand concours de peuple qui remplissait l'air de voix confuses, non plus à la louange de Dieu ou des martyrs, comme autrefois on soulait, mais de voix injurieures, de dérision et de brocards contre les martyrs. On les fit monter à cheval. Le premier en ordre fut le Japonais, natif de Macao, qui, ayant accompagné les pères pour leur servir de guide au voyage du Japon, leur servit alors de conducteur pour se rendre au lieu du dernier combat, pour aller non plus en terre, mais au ciel. Après lui suivait Laurent Ruiz, honorant sa nation et son pays de Minondoe, pour avoir déjà pâti beaucoup, et s'acheminant joyeusement à la mort pour la foi. Ensuite suivait le père Vincent de la Croix, Japonais, qui confessait généreusement le nom de Dieu non pas de parole, car on leur avait mis des baillons à la bouche, mais de fait, allant joyeusement au supplice pour l'amour de lui. En quatrième lieu suivait le père Guillaume si défait et si faible de corps qu'il ne pouvait même pas se tenir sur le cheval, et néanmoins si courageux d'esprit, que toute sa pensée étant dans les cieux, il y tenait les yeux toujours fichés, et paraissait extasié, appréhendant déjà vivement la gloire qui le ravissait par sa beauté. Le père Michel fermait cet escadron, avec un visage si content et si plein d'allégresse, qu'il en communiquait à tous ceux qui le regardaient.

Passant devant le quartier des Portugais qui, de leurs maisons, regardaient et admiraient cette sainte procession, il les salua courtoisement par trois diverses inclinations de tête, ne le pouvant pas de paroles pour le baillon qu'il avait à la bouche ; les Portugais lui rendirent un pareil salut qu'ils accompagnèrent de plusieurs larmes, et la ferveur emporta quelques-uns à leur chanter hautement le premier psaume de David, Bienheureux est celui, etc. De quoi les patients furent fort consolés. On leur avait fait raire [raser, tondre] par dérision la moitié de la tête et du visage, et teinte avec d'ocre rouge, afin de servir de risée aux petits enfants qui criaient après eux, comme après des monstres, escorte bien différente de ces processions d'enfants et de filles qui en très bel ordre soulaient accompagner les prédicateurs au martyre, chantant les litanies et autres oraisons dévotes à l'honneur de Dieu, qui donnait la force aux hommes de soutenir les tourments, quand le peuple de cette ville était pour la plus grande part chrétien.

Nos patients furent donc menés en cet ordre au dernier supplice, passant par les principales rues de la ville comme triomphateurs de l'infidélité de ceux qui croyaient par ce moyen triompher de la foi et furent conduits en la montagne que nous pouvons appeler sainte, ayant été déjà consacrée par le sang et par les cendres de tant de glorieux martyrs qui ont été là sacrifiés au Seigneur. On avait déjà creusé cinq fosses, la sienne pour chacun, qui avaient environ sept pans de profondeur, et sur icelle on avait planté des fourches courbées du côté de la fosse en sorte qu'attachant par les pieds les patients, ils se trouvaient enfoncés dans la terre jusqu'à la ceinture, après quoi on couvrit toutes les ouvertures des fosses avec de grands ais qu'on chargea encore de pierres, afin que les corps fussent comme dans une presse sans se pouvoir remuer, et de peur aussi que les voix qu'ils donneraient dans ce creux à la louange de Dieu ou pour l'instruction du peuple, ne fussent entendues, et que n'étant vues que de la ceinture en haut, et du tout point entedus, ils ne fussent pas si capables de donner de la compassion aux assistants. Ces bienheureux serviteurs de Jésus-Christ demeurèrent en cette sorte pendus par les pieds tout ce jour-là, et le lendemain avec la peine qu'on peut imaginer, toutes les humeurs du corps se jetant sur le gosier et sur la tête, qui leur coulaient par la bouche et par les yeux, qui est une sorte de tourment que ces barbares ont pratiqué depuis quelques années pour donner plus grande terreur aux chrétiens japonais, que le fer des bourreaux et les flammes d'un feu violent et d'un lent si souvent réitérés contre les martyrs, n'ont pu épouvanter. Durant ces deux jours et deux nuits qu'ils furent ainsi pendus par les pieds sans secours humains, le ciel versait toutes ses faveurs sur leurs personnes. Ils croyaient être déjà dans les cieux avec les anges, car ils bénissaient Dieu continuellement à si haute voix qu'ils se pouvaient entendre l'un l'autre, et s'animaient réciproquement à mourir pour l'honneur de celui qui leur donnait tant de douceurs pour tempérer le fiel de leurs tourments, et tant de générosité pour fortifier la fragilité humaine. Les gardes, voyant que c'était un entretien mutuel des patients en langue latine ou espagnole qu'ils n'entendirent pas, en donnèrent avis aux juges, qui envoyèrent un interprète pour les écouter, et leur offrir de nouveau la vie s'ils voulaient renoncer à la foi, et sur ce que ce truchement leur demanda s'ils avaient quelque chose à désirer là-dessus, ils répondirent constamment que non, et qu'ils étaient en possession de ce qu'ils avaient désiré et demandé tant de fois à Dieu si instamment et à leurs supérieurs, et qu'il ne leur restait qu'à demander pardon à eux-mêmes et aux autres ministres de la peine qu'ils prenaient pour eux, et de celle qu'ils avaient prise tandis qu'ils étaient dans les prisons ; réponse qui, rapportée aux juges, les remplit d'étonnement et leur arrcha de la bouche des paroles d'approbation et d'honneur pour une patience si invincible. Perdant donc espérance de les pervertir, et désirant d'aller à la chasse le matin du troisième jour de ce supplice, ils ordonnèrent qu'on les tirât de ces fosses pour les décapiter. Les fosses découvertes, on trouva les deux séculiers déjà morts, et les trois religieux vivants, auxquels on intima leur dernière sentence, de laquelle ils reçurent une excessive joie sachant que c'était le dernier échelon pour monter à la gloire. Le père Vincent se trouva déjà si agonisant que ne pouvant se tenir à genoux pour offrir à Dieu sa tête par une posture plus dévote, on la lui trancha tout couché en terre comme il était. Le père Michel dit au père Guillaume que les forces lui manquaient pour lui dire l'adieu tant désiré, mais que s'en allant tous deux au ciel, ils se parleraient tout à loisir dans la liberté des enfants de la gloire ; et ceux-ci eurent la force de se soutenir à genoux, et se sacrifièrent ainsi à Dieu les mains jointes et les yeux attachés au ciel d'où ils espéraient la force et la couronne. En cette posture, ils eurent les têtes tranchées et, affranchis des misères de cette vie mortelle, entrèrent en l'immortelle et furent reçus dans le ciel triomphants, pour jouir de la couronne promise à ceux qui pour la gloire de Dieu, combattent et vainquent. Les corps de tous les cinq furent incontinent brûlés, et leurs cendres avec la poussière même qui avait été sanctifiée de leur sang, furent portées et jetées dans la mer à trois lieues du port de Nagasaki, le même jour vingt-neuf de septembre de l'an 1637. (Relation envoyée nouvellement des Indes, de la mort glorieuse du R.P. Guillaume Courtet, natif du Languedoc, religieux de l'ordre des Frères Prescheurs, et d'autres trois pères du même ordre, et de deux Japponois occis cruellement dans le Jappon pour la confession de la foy, Traduite de l'espaignol par un religieux du mesme ordre. In Nouvelles Annales des Voyages et des Sciences Géographiques, année 1845, tome troisième)  retour

24 - La Chine ne se fermera officiellement au christianisme qu'en 1724, sous le règne de Yong Zheng ; toutefois les mathématiciens des différents ordres resteront tolérés dans le royaume. En 1687, année où Fénelon prononce son sermon, la situation des missionnaires chrétiens dans l'empire est florissante.

A la fin du XIIIe siècle, Marco Polo suscite la curiosité (et le scepticisme) de l'Occident en décrivant les richesses inouies du Cathay, ainsi qu'on appelle alors la Chine. Comme partout en Asie, les Portugais sont les premiers à y ouvrir des comptoirs dès le début du XVIe siècle, à Macao et à Guangzhou (Canton), suivis par les Espagnols, les Anglais et les Français.

Bien qu'on trouve des chrétiens en Chine depuis le Moyen-âge, (une stèle découverte à Ch'ang-ngan (Si-ngan-fu) atteste que des Nestoriens sont entrés dans le pays au VIIe siècle) c'est dans la seconde moitié du XVIe siècle que les missionnaires de tous ordres se pressent dans l'empire. Sur les pas de François-Xavier, mort en 1552 sans avoir atteint la Chine, Melchior Nunez Baretto est le premier jésuite à arriver à Canton en 1555, suivi par Matteo Ricci (1552-1610) par l'Allemand Johann Adam Schall von Bell (1591-1666), et surtout par Ferdinand Verbiest (1623-1688). La vie de ces missionnaires en Chine aura pour toile de fond les guerres entre dynasties pour le contrôle du pouvoir politique et l'interminable querelle des rites qui déchirera jésuites, dominicains, franciscains entre 1628 et 1742, pour la plus grande joie du féroce Voltaire qui verra dans ces interminables palabres les raisons du bannissement des jésuites. Pendant plus d'un siècle, en effet, on discutera pour savoir quelle traduction chinoise du mot Dieu est la meilleure et la plus adaptée, et surtout si les Chinois convertis au christianismes ont le droit de continuer à célébrer le culte des ancêtres confucianiste. Deux écoles s'affrontent chez les jésuites, celle de Matteo Ricci qui prêche la tolérance, et celle de Niccolo Longobardi (1559-1654) qui appelle à l'intransigeance. Dominicains et franciscains se rallient à Longobardi. De décrets en décrets, la querelle durera jusqu'à la bulle Ex quo singulari du 11 juillet 1742 qui se prononce définitivement contre l'autorisation pour les chrétiens de pratiquer les rites confuciasnistes. Définitivement ? Pas tout à fait. Une décision de ...1939 revient sur celle de 1742. A suivre...

La dynastie Ming au pouvoir depuis 1368 s'effrondre en 1644, et la dynastie Mandchoue Qing lui succède. Ce sera d'ailleurs la dernière dynastie chinoise qui règnera jusqu'en 1911. Le premier empereur Qing, Shun Che, continue de se montrer fort tolérant envers les chrétiens, comme ses prédécesseurs Ming (Adam Schall avait été appelé à Pékin en 1630 pour prendre en main la réforme du calendrier). Les choses changent à la mort de l'empereur, alors qu'un conseil de régence prend le pouvoir en attendant que le jeune prince Khang Hi soit en âge de régner. Hostile à la religion chrétienne, et sans doute largement inspiré par un astronome musulman jaloux de la science des occidentaux, le conseil de régence ordonne le procès des missionnaires dominicains, franciscains et jésuites. Parmi eux, le père Adam Schall, naguère admiré et respecté, est condamné à être mis à mort, coupé en mille morceaux. Les autres sont condamnés à être fouettés et bannis. Un tremblement de terre fort opportun intervenu en 1665 réveille les terreurs superstitieuses des Chinois et permet aux accusés d'échapper à la sentence. Il sont toutefois bannis et exilés à Canton. La régence prend fin en 1666, et le tout jeune empereur Khang Hi qui accède au pouvoir s'avère être un monarque de grande valeur. La disgrâce des missionnaires prendra fin en 1671, grâce à Ferdinand Verbiest. Astronome et mathématicien de tout premier plan, il démontre les nombreuses erreurs contenues dans le calendrier lunaire officiel et devient président du tribunal des mathématiques sous le nom de Nan Hoai Jen. Fort du prestige que lui confèrent ses succès scientifiques aux yeux de l'empereur, Verbiest demande et obtient par un décret de mars 1671 la réhabilitation de la religion chrétienne et le retour des missionnaires.

Commence alors pour les missionnaires une période de paix. Les envoyés de Louis XIV, jésuites et prêtres des Missions-Etrangères peuvent se mettre à l'oeuvre dans la sérénité.

Dans le Génie du Christianisme, (1,4,c,3) Chateaubriand écrit : Le missionnaire français qui partait pour la Chine s'armait du télescope et du compas. Il paraissait à la cour de Pékin avec l'urbanité de la cour de Louis XIV et environné du cortège des sciences et des arts. Déroulant des cartes, tournant des globes, traçant des sphères, il apprenait aux mandarins étonnés et le véritable cours des astres et le véritable nom de celui qui les dirige dans leurs orbites. Il ne dissipait les erreurs de la physique que pour attaquer celles de la morale ; il replaçait dans le cœur, comme dans son véritable siège, la simplicité, qu'il bannissait de l'esprit, inspirant à la fois, par ses mœurs et son savoir, une profonde vénération pour son Dieu et une haute estime pour sa patrie.

Mais, pour rester impartial, on ne peut passer sous silence le violent et magistral réquisitoire que Voltaire place dans la bouche du fils de Khang Hi, l'empereur Yong Zheng, qui prononcera quelques années plus tard le bannissement des jésuites : Nous ne savons que trop les maux horribles que vous avez causés au Japon. Douze religions y florissaient avec le commerce, sous les auspices d’un gouvernement sage et modéré; une concorde fraternelle régnait entre ces douze sectes : vous parûtes, la discorde bouleversa le Japon ; le sang coula de tous côtés ; vous en fîtes autant à Siam et aux Manilles ; je dois préserver mon empire d’un fléau si dangereux. Je suis tolérant, et je vous chasse tous, parce que vous êtes intolérants. Je vous chasse, parce qu’étant divisés entre vous, et vous détestant les uns les autres, vous êtes prêts d’infecter mon peuple du poison qui vous dévore. Je ne vous plongerai point dans les cachots, comme vous y faites languir en Europe ceux qui ne sont pas de votre opinion. Je suis encore plus éloigné de vous faire condamner au supplice, comme vous y envoyez en Europe ceux que vous nommez hérétiques. Nous ne soutenons point ici notre religion par des bourreaux ; nous ne disputons point avec de tels arguments. Partez ; portez ailleurs vos folies atroces, et puissiez-vous devenir sages ! Les voitures qui vous doivent conduire à Macao sont prêtes. Je vous donne des habits et de l’argent des soldats veilleront en route à votre sûreté. Je ne veux pas que le peuple vous insulte : allez, soyez dans votre Europe un témoignage de ma justice et de ma clémence.

Ils partirent ; le christianisme fut entièrement aboli à la Chine, ainsi qu’en Perse, en Tartarie, au Japon, dans l’Inde, dans la Turquie, dans toute l’Afrique: c’est grand dommage ; mais voilà ce que c’est que d’être infaillibles. (Voltaire - Relation du bannissement des jésuites de la Chine, par l'auteur du compère Matthieu - Mélange 1768)

Ferdinand Verbiest

L'observatoire de Ferdinand Verbiest à Pékin. Astronomia Europaea. Dilingae 1687  retour

25 François Pallu (1626-1684) fut l'un des fondateurs des Missions-Étrangères. Sacré évêque d'Héliopolis, puis nommé administrateur général des missions de Chine, et spécialement chargé des provinces de Kiang-si, Kouang-tong, Tche-kiang, Kouang-si, Se-tchoan, Hou-kouang, Kouy-tcheou, Yun-nan, des îles Formose et Haï-nan, enfin vicaire apostolique du Fo-kien, il mourut dans cette province le 29 octobre 1684. On trouvera une fiche biographique très complète sur le site des Archives des Missions-Étrangères.    retour

26 - et nunc ecce ego scio quia amplius non videbitis faciem meam vos omnes per quos transivi praedicans regnum Dei - Et maintenant voici, je sais que vous ne verrez plus mon visage, vous tous au milieu desquels j'ai passé en prêchant le royaume de Dieu. (Actes XX, 25)   retour

27 - Dans le sens de parcourir   retour

28 - Dans le sens de frappé d'admiration    retour

29 - qui contra spem in spem credidit ut fieret pater multarum gentium secundum quod dictum est sic erit semen tuum. Espérant contre toute espérance, il crut, en sorte qu'il devint père d'un grand nombre de nations, selon ce qui lui avait été dit: Telle sera ta postérité. (Romains IV,18)   retour

30 - Les protestants.   retour

31 - Donat, évêque de Cases-Noires, en Numidie, prit à partie l'évêque de Carthage, auquel il reprochait de n'avoir pas condamné sévèrement les chrétiens qui avaient livré des livres saints aux païens, et entra en conflit avec le pape, qui soutenait l'évêque de Carthage et son successeur, Cécilien. Donat fut condamné (313 et 314); la secte des donatistes subsista avec virulence jusqu'à l'invasion arabe. Comme les novatiens, ils représentent le courant pur, dur, pauvre de l'Église primitive.
http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/ni/ni_1267_p0.html#ni_1267.19
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32 - Les manichéens étaient les disciples de Mani (216-277), pour qui le monde était partagé entre le Bien et le Mal, et les ténèbres de la Matière obscurcissant la lumière de l'Esprit. Saint Augustin adhérera pendant neuf ans à cette secte.   retour

33 - qui vos audit me audit et qui vos spernit me spernit qui autem me spernit spernit eum qui me misit. Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous rejette me rejette; et celui qui me rejette rejette celui qui m'a envoyé. (Luc, X, 16)   retour

34 - quando dividebat Altissimus gentes quando separabat filios Adam constituit terminos populorum iuxta numerum filiorum Israhel pars autem Domini populus eius Iacob funiculus hereditatis eius - Quand le Très Haut donna un héritage aux nations, quand il sépara les enfants des hommes, il fixa les limites des peuples d'après le nombre des enfants d'Israël, car la portion de l'Éternel, c'est son peuple, Jacob est la part de son héritage. (Deu. XXXII, 8-9).   retour

35 - et dixi vae mihi quia tacui quia vir pollutus labiis ego sum et in medio populi polluta labia habentis ego habito et Regem Dominum exercituum vidi oculis meis - Alors je dis: Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l'Éternel des armées. (Esaïe VI, 5)   retour

36 - et stans in porta castrorum ait si quis est Domini iungatur mihi congregatique sunt ad eum omnes filii Levi - Moïse se plaça à la porte du camp, et dit : A moi ceux qui sont pour l'Éternel ! Et tous les enfants de Lévi s'assemblèrent auprès de lui. (Ex. XXXII, 26)   retour

37 - ego Dominus scrutans cor et probans renes qui do unicuique iuxta viam et iuxta fructum adinventionum suarum - Moi, l'Éternel, j'éprouve le coeur, je sonde les reins, pour rendre à chacun selon ses voies, selon le fruit de ses oeuvres. (Jér. XVII, 10)   retour

38 - et dixi illi domine mi tu scis et dixit mihi hii sunt qui veniunt de tribulatione magna et laverunt stolas suas et dealbaverunt eas in sanguine agni - Je lui dis : Mon seigneur, tu le sais. Et il me dit : ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation ; ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l'agneau. (Apo. VII, 14)   retour

39 - quod si aliqui ex ramis fracti sunt tu autem cum oleaster esses insertus es in illis et socius radicis et pinguidinis olivae factus es
noli gloriari adversus ramos quod si gloriaris non tu radicem portas sed radix te
dices ergo fracti sunt rami ut ego inserar
bene propter incredulitatem fracti sunt tu autem fide stas noli altum sapere sed time
si enim Deus naturalibus ramis non pepercit ne forte nec tibi parcat
vide ergo bonitatem et severitatem Dei in eos quidem qui ceciderunt severitatem in te autem bonitatem Dei si permanseris in bonitate alioquin et tu excideris
sed et illi si non permanserint in incredulitate inserentur potens est enim Deus iterum inserere illos
nam si tu ex naturali excisus es oleastro et contra naturam insertus es in bonam olivam quanto magis hii secundum naturam inserentur suae olivae

Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, qui était un olivier sauvage, tu as été enté à leur place, et rendu participant de la racine et de la graisse de l'olivier, ne te glorifie pas aux dépens de ces branches. Si tu te glorifies, sache que ce n'est pas toi qui portes la racine, mais que c'est la racine qui te porte. Tu diras donc: Les branches ont été retranchées, afin que moi je fusse enté. Cela est vrai; elles ont été retranchées pour cause d'incrédulité, et toi, tu subsistes par la foi. Ne t'abandonne pas à l'orgueil, mais crains ; car si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, il ne t'épargnera pas non plus. Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité envers ceux qui sont tombés, et bonté de Dieu envers toi, si tu demeures ferme dans cette bonté ; autrement, tu seras aussi retranché. Eux de même, s'ils ne persistent pas dans l'incrédulité, ils seront entés ; car Dieu est puissant pour les enter de nouveau. Si toi, tu as été coupé de l'olivier naturellement sauvage, et enté contrairement à ta nature sur l'olivier franc, à plus forte raison eux seront-ils entés selon leur nature sur leur propre olivier. (Romains XI, 17-24)   retour

40 - quia ecce ego mittam vobis serpentes regulos quibus non est incantatio et mordebunt vos ait Dominus - Car j'envoie parmi vous des serpents, des basilics, contre lesquels il n'y a point d'enchantement ; ils vous mordront, dit l'Éternel. (Jérémie VIII, 17)   retour

41 - hii autem quaecumque quidem ignorant blasphemant quaecumque autem naturaliter tamquam muta animalia norunt in his corrumpuntur - Eux, au contraire, ils parlent d'une manière injurieuse de ce qu'ils ignorent, et ils se corrompent dans ce qu'ils savent naturellement comme les brutes. (Jude 10)   retour

42 - dissipat impios rex sapiens et curvat super eos fornicem - Un roi sage dissipe les méchants, et fait passer sur eux la roue. (Prov. XX, 26)   retour

43 - numquid oblivisci potest mulier infantem suum ut non misereatur filio uteri sui et si illa oblita fuerit ego tamen non obliviscar tui - Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle allaite? N'a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles? Quand elle l'oublierait, Moi je ne t'oublierai point. (Esaïe XLIX, 15)  retour


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Page mise à jour le 15/09/02