Retour page d'accueil ? Cliquez sur l'éléphant !

Les Missionnaires

Avis pour les missionnaires durant leur séjour dans le séminaire de Siam

L'écusson de la compagnie des Missions Étrangères1 - Le séminaire de Siam doit être considéré comme une école de la vie parfaite, qui représente la compagnie des apôtres sous la discipline de Jésus-Christ, lorsqu'il les préparait à l'apostolat. C'est là où tous ceux qui ont été choisis et disposés en Europe pour les Missions étrangères, doivent recevoir le dernier trait, et comme le sceau aux dispositions qui leur sont nécessaires pour suivre Jésus-Christ dans toutes les fonctions de sa vie publique.

2 - Comme ce divin maître n'a admis ses apôtres à son école qu'en renonçant à toutes choses, la première qu'on insinuera à ceux qui viendront dans le séminaire, c'est de se dépouiller de tout ce qu'ils auront apporté de l'Europe d'or, d'argent, de livres, et d'autres effets et curiosités, comme aussi d'images, chapelets, médailles, agnus dei, reliques et autres choses semblables ; non seulement de ce qui leur aura été confié par les procureurs de nos missions en Europe, mais aussi de ce qui leur aura été donné en particulier et de ce qui pourra leur appartenir en quelque façon que ce soit : ce qu'ils seront exhortés de faire d'autant plus volontiers qu'ils seront convaincus et persuadés qu'il est de la nécessité de leur état de n'avoir rien de propre et d'être dépouillés de toutes choses ; et qu'ils sauront (ce qu'on leur fera bien entendre) que le Procureur général aura toujours les égards convenables dans la répartition de toutes ces choses aux besoins des missions, et aux qualités et aux circonstances des personnes qui seront envoyées.

3 - Après qu'ils se seront délassés durant quelques semaines des fatigues de leur voyage, ils feront une retraite spirituelle de dix jours, et même davantage, où après s'être recueillis durant quelque temps contre la grande dissipation que portent avec soi les longues courses, et s'être purgés par une confession extraordinaire des fautes qu'on y commet souvent, ils s'appliqueront devant Dieu avec une attention particulière à bien connaître et pénétrer la fin de la vie apostolique, les tentations qui l'accompagnent, les vertus qui lui sont nécessaires, et comme il plaît à Dieu quelquefois, pour récompenser les travaux de ses serviteurs, de les exercer par les adversités, ce que le père Gandier de la Compagnie de Jésus traite fort solidement dans ses exercices.

4 - Ils pourront aussi lire sur ces sujets quelques chapitres du livre du père Acosta : De conversione Indorum, si ce n'est qu'ils n'aiment mieux remettre la lecture de tous ces livres au sortir de leurs exercices, dont ils doivent faire un très grand cas, étant des plus forts et des plus solides qu'il y ait pour former l'esprit d'un missionnaire apostolique, et pour son instruction.

5 - Ils attendront de la bouche du directeur général le choix et la détermination des lieux où ils doivent être envoyés, sans vouloir y influer aucunement, pouvant néanmoins représenter de bonne foi tant à lui qu'à ceux de son conseil ce qu'ils jugeront à propos là-dessus.

6 - Nonobstant leur première détermination, ils seront toujours prêts et disposés à être envoyés ailleurs, suivant les besoins extraordinaires des missions qu'on ne peut pas prévoir.

7 - Ils s'appliqueront soigneusement à l'étude des langues des royaumes et des provinces où ils doivent être employés, suivant l'ordre et la manière de ceux qui leur seront donnés pour maîtres, et non pas suivant leurs idées particulières, qu'ils pourront néanmoins exposer pour être suivies si on le juge à propos.

8 - Ils apprendront avec une égale diligence tout ce qui pourra regarder leurs missions, suivant les mémoires qui leur seront fournis.

9 - Ils s'acquitteront fidèlement des emplois qui leur seront donnés pour la conduite du séminaire, et pour satisfaire aux obligations dont il est chargé à l'égard des séminaristes et des domestiques.

10 - Ils n'entreprendront rien d'extraordinaire sans l'avoir communiqué avec le Supérieur, et sans en avoir pris l'ordre de lui.

11 - Ils feront deux conférences toutes les semaines, l'une de piété les lundis, et l'autre des cas de conscience les mercredis.

12 - Ils ne sortiront jamais sans prendre la licence, et la bénédiction du Supérieur, et sans lui dire où ils veulent aller.

13 - Ils renonceront à toutes les visites qui ne servent qu'à dissiper l'esprit et débaucher le cœur. Nous pouvons dire avec grande raison de nos jours, et des lieux où nous sommes ce que le bienheureux Justinien déplorait de son temps :
« O quot temporibus nostris fuerunt, qui tanquam ardentes lampades et mundi luminaria lucebant coram hominibus, et paulatim ex conversatione saecularium et confabulatione tepefacti ad pristina opera saecularis vitae miserabiliter redierunt. »

14 - Ils seront encore plus religieux à ne manger jamais hors le séminaire, et s'il arrive qu'on les convie quelquefois à dîner, ils s'en excuseront toujours civilement ; si ce n'est qu'ils aient des raisons fort particulières qui semblent obliger d'en user autrement dont ils laisseront le jugement au Supérieur.

15 - Ils garderont toujours la louable coutume qu'on a introduite dès le commencement dans le séminaire, de s'abstenir d'y boire d'aucun vin que ce soit, l'expérience ayant fait connaître combien cette pratique est utile aux particuliers, et avantageuse pour la mission ; si néanmoins quelqu'un croit qu'il ait besoin d'en boire quelques fois, on lui en accordera l'usage comme fait saint Paul à Timothée ; non pas néanmoins dans la communauté, mais en sa chambre, ou en quelqu'autre lieu particulier.

16 - Comme on s'est toujours servi jusqu'à présent de l'huile de coco, on se donnera de garde d'introduire jamais dans le séminaire l'usage de la graisse de porc ès jours maigres au défaut de beurre, ou l'huile d'olive sous prétexte que les Portugais s'en servent communément ici, à Macao et ailleurs. Il est honorable et très avantageux à des missionnaires apostoliques d'être singuliers en ces sortes de pratiques : « Bonum est mihi magis mori, quam ut gloriam meam quis evacuet ! »disait saint Paul dans une semblable rencontre (I Cor. IX, 15) Cela leur servira de rempart pour ne pas tomber dans des licences moins excusables que celle-ci, où plusieurs s'abandonnent également.

17 - L'abstinence de viande dans le repas du soir étant une chose commune en ces quartiers, et même nécessaire pour la conservation de la santé, comme aussi d'être fort sobre en ce repas, ils ne se feront servir au soir pour le commun qu'un peu de poisson et de dessert tout ensemble.

18 - Outre cette abstinence, ils jeûneront les vendredis en l'honneur de la passion de Notre-Seigneur, et toutes les veilles des fêtes de Notre-Dame qui sont de précepte.

19 - Quand ils se sentiront pressés de quelque maladie à laquelle ils ne pourront plus résister, et qui les obligera de se rendre, après avoir abandonné le succès entre les mains de Dieu qui dispense les maux et les biens selon son bon plaisir, et qui est le maître de la vie et de la mort, ils se laisseront absolument conduire aux médecins, aux infirmiers, et à tous ceux qui leur seront donnés pour les servir, prenant sans réflexion tous les remèdes qui leur seront offerts, et ce qui leur sera présenté pour leur nourriture, s'oubliant entièrement d'eux mêmes pour ne s'occuper que de Dieu, sans plus penser en quelque façon que ce soit à ce qui leur pourrait être utile et profitable, si ce n'est en quelque circonstance où ils croiraient être obligés d'en user autrement. Mais ils se donneront bien garde de prendre l'alarme aux moindres petits maux, et que le trop grand soin de leur santé et les vaines craintes de tomber malades ne leur fassent extorquer des dispenses, ne les portent à des singularités qui scandalisent et ne les retirent peu à peu de leur devoir et de leurs plus étroites obligations. Pour se précautionner contre le désordre qui est une des plus grandes pestes des missionnaires et des missions, ils feront souvent réflexion sur les paroles suivantes que saint Charles écrivait autrefois au pape Grégoire XIII : « Veterum Patrum et sancti Ambrosii in primis fuit sententia, divinae cognitioni contraria esse praecepta medicinae, a jejunio revocare, a lucubrationibus, ab omni intentione mentis abducere ; eum qui se medicis daret se ipsum sibi abnegare ; omnino cura corporis hujus averti neminem a studio disciplinae debere ». (Lib VI Vitae. Cap. 6) et à ce que ce grand archevêque dit ailleurs : « Nullum episcopum muneri suo posse satisfacere, si valetudini parcat, et earujm rerum observationibus teneatur quae nocere corpori, prodesseque possunt ». (Lib. VII Vitae cap. 5)

20 - Pour ce qui est des pénitences volontaires auxquelles les missionnaires doivent être toujours très portés, suivant l'exemple des apôtres et de tous les hommes apostoliques, nonobstant les croix continuelles qui accompagnent leur ministère, l'on a jugé plus à propos d'en laisser le choix à un chacun en particulier, que d'en déterminer aucune en commun, ne doutant pas que tous ne fassent ce qu'ils doivent en ce point, suivant ce qui est réglé dans nos Instructions. (Chap. I, arti. 2, et chap. II, art. 2)

21 - Ils seront si religieux à observer tout ce qui a été ordonné dans les Conciles pour la discipline des clercs qu'ils le garderont toujours à la lettre, sans jamais y admettre d'eux-mêmes d'épichie ou interprétation, s'éloignant même toujours de ce qui approche tant soit peu de ce qui est défendu, quoiqu'il ne le soit pas absolument ; par exemple, pour la chasse, ils y renonceront absolument, en quelque espèce que ce soit, non seulement durant leur demeure dans le séminaire et autres lieux de leur mission, mais aussi dans leurs voyages, quand même ils seraient seuls, faisant même difficulté de décharger une arme à feu, soit sur des animaux en passant, soit pour le plaisir, tirant au blanc ou en l'air. Nous ne prétendons point par-là donner du scrupule aux missionnaires, qui eu égard aux circonstances où ils se trouveront ne pourront porter l'habit long, couper leurs cheveux et faire d'autres choses que les canons ordonnent.

22 - Ils se lèveront tous les jours à quatre heures ; ils feront le matin une ou deux heures d'oraison, chacun suivant son attrait et sa grâce, et le soir une autre heure. Ils diront leurs messes aux heures et dans l'ordre qui leur seront marqués. A dix heures ou environ, au son de la cloche pour le dîner comme aussi avant le souper, ils s'assembleront dans l'église pour l'examen particulier. On fera la lecture durant les deux repas, après lesquels on emploiera une heure et plus à la récréation. La lecture du dîner sera toujours de l'Écriture Sainte et ensuite de l'Histoire ecclésiastique, de quelque Relation, ou d'autres livres qui seront déterminés par le Supérieur. Les jours des fêtes de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge on lira quelque chose de leurs mystères pris de la légende des Saints, ou des livres des Saints Pères. La fête des apôtres, et des plus grands Saints, on fera la lecture de leur vie, et on finira cette lecture par celle du Martyrologe.

23 - Pour le reste des choses qui sembleront demander quelque règlement dans le Séminaire, on suppose, ce qui doit toujours être, que les missionnaires apostoliques sont si unis à Dieu, qu'ils peuvent toujours dans le besoin puiser dans leur fond l'esprit et la conduite qu'ils doivent garder en toutes choses, suivant toujours les conseils de Jésus-Christ et la pureté de l'Évangile, sans se soustraire néanmoins jamais de la soumission à cette obéissance qu'ils doivent rendre à leurs supérieurs.

Ce texte est extrait des Documents historiques relatifs à la Société des Missions-Étrangères - par Adrien Launay.


5 feuilles format A4

Retour page d'accueil ? Cliquez sur l'éléphant !


Page mise à jour le 6/1/02