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Thale Chubson


Situé dans un faubourg à environ trois kilomètres du centre de Lopburi, le pavillon Kraisorn-Sriharaj fut construit sur une île au milieu de l'ancien lac de Thale Chubson, pour servir de résidence d'été au roi Naraï (on peut penser que la fraîcheur de l'eau rendait cette retraite agréable pendant les mois chauds, et elle était également connue sous le nom de « pratinang yen », la « résidence fraîche »). Il s'agissait alors d'offrir une une résidence, tant pour les réceptions que pour recevoir le roi lors de ses parties de chasse ou ses promenades en forêt.

Thale Chubson est une sorte de cuvette naturelle et, pendant la saison des pluies, l'eau ruisselle depuis les collines environnantes et remplit si bien le site qu'il ressemble à un lac. Le roi Naraï ordonna à un ingénieur français (Lamarre ?) d'améliorer l'irrigation de ce lac en construisant un canal pour y acheminer l'eau, et de construire un type d'écluse connu sous le nom de « pak jam » (bouche refoulante) pour alimenter en eau un puits nommé « Sea Kaew ». En complément, un chenal de terre fut installé depuis Sea Kaew jusqu'à la ville de Lopburi. Aujourd'hui, Thale Chubson est complètement asséché, et n'est plus guère qu'un faubourg oublié de Lopburi. Edifié en briquettes et en plâtre, dans le style du Phra Naraï Ratchanivet, le pavillon Kraisorn-Sriharaj jouit d'une situation géographique idéale pour les observations astronomiques. Depuis ses quatre côtés, on peut en effet librement examiner le ciel dans les meilleures conditions. Pour cette raison, il est permis de penser que l'observatoire installé par les pères jésuites à partir de 1685, se trouvait à Thale-Chubson plutôt que dans la résidence principale du roi à Lopburi. De la même façon, la scène dépeinte par la gravure reproduite plus bas : « Éclipse de soleil à Siam en 1688 au mois d'avril » et montrant le roi Naraï observant le phénomène depuis une fenêtre de son palais a peut-être pour cadre la résidence de Kraisorn-Sriharaj. Ce site est en tout cas considéré en Thaïlande comme le premier lieu d'études astronomiques du royaume de Siam.

Mais Thale Chubson fut également le théâtre de l'exécution de Phaulkon, et l'ombre de Monsieur Constance plane sur la forêt proche. Le père d'Orléans nous raconte avec force détails édifiants les derniers instants de l'aventurier grec : « ...on le fit monter sur un éléphant et on le mena sous bonne garde dans la forêt de Talé Chubson, comme si le tyran eût choisi l’horreur de cette solitude pour y ensevelir dans l’oubli cette action injuste et barbare.

Ceux qui le conduisirent remarquèrent que pendant tout le chemin il avait paru tranquille ; qu’il avait employé ce temps en prières, prononçant souvent à haute voix les noms de Jésus et de Marie. Quand il fut arrivé au lieu du supplice, on lui fit mettre pied à terre et on lui dit qu’il fallait mourir. La vue de la mort ne l’étonna point ; il la vit de près, comme il l’avait vue de loin, et avec la même intrépidité : il demanda seulement à Soyatan encore quelques moments pour achever sa prière ; ce qu’il fit à genoux, d’un air si touchant que ces infidèles en furent attendris. Sa prière faite, il leva les mains au ciel et protestant de son innocence, assura qu’il mourait volontiers, avec le témoignage intérieur que lui rendait la conscience de n’avoir rien fait dans son ministère que pour la gloire du vrai Dieu, pour le service du roi, et le bien de l’État ; qu’il pardonnait à ses ennemis comme il priait Dieu de lui pardonner. Au reste, Seigneur, ajouta-t-il en se tournant vers Soyatan, quand je serais aussi coupable que mes ennemis le publient, ma femme et mon fils sont innocents ; je vous les recommande tous deux : je ne vous demande pour eux ni biens, ni établissements, mais la vie et la liberté. En achevant ces derniers mots, il leva doucement les yeux au ciel et fit signe par son silence qu’il était prêt à recevoir le coup. Alors un bourreau s’avança et d’un revers de sabre l’ayant fendu en deux, le fit tomber sur le visage, mourant, et poussant un profond soupir qui fut le dernier de sa vie. » (Histoire de Monsieur Constance)


Page mise à jour le 5/1/02